Mali : « Le scénario idéal imaginé par l’Elysée a volé en éclats », selon un spécialiste de la région

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Vincent Hugeux, journaliste et enseignant à Science Po, estime que « la France n’a plus la main », après l’annonce de l’expulsion de son ambassadeur au Mali.

« Le scénario idéal imaginé par l’Elysée a volé en éclats, une sorte de désengagement graduel et ordonné, a volé en éclats », a déclaré lundi 31 janvier sur franceinfo Vincent Hugeux, journaliste, enseignant à Sciences Po, après l’annonce par la junte militaire au pouvoir au Mali de l’expulsion sous 72 heures de l’ambassadeur de France. La France a « pris note » de l’expulsion de son ambassadeur, a déclaré lundi le ministère français des Affaires étrangères« On sent bien dans la réponse officielle de la France, une volonté de sortir d’un tête-à-tête mortifère avec Bamako. », a souligné le journaliste.

franceinfo : Quelle est la stratégie de la junte militaire au Mali ?

Vincent Hugeux : Tout indique que les putschistes cèdent à la tentation d’une forme de forcing souverainiste. Ils jouissent d’un soutien manifeste d’une partie très significative de l’opinion malienne, notamment à Bamako.

« La France apparaît comme un punching-ball idéal. our maintenir cette espèce de concorde nationale et pour imposer un calendrier qui leur permette de confisquer les leviers de l’exécutif encore plusieurs années. »

Vincent Hugeux, enseignant à Sciences Po à franceinfo

Comme du côté de Paris il y a une forme de stratégie de tension avec une surenchère rhétorique, on a l’impression d’avoir deux boxeurs qui combattent sur le même ring en espérant tirer parti d’une radicalisation de leurs relations exécrables.

Quel est l’intérêt de la France ?

Le démontage d’une opération comme Barkhane, ne serait-ce que sur le plan logistique est une forme de cauchemar. Ce qui apparaît très clair, c’est que le scénario idéal imaginé par l’Elysée, une sorte de désengagement graduel et ordonné, a volé en éclats. La France n’a plus la main. On sent bien dans la réponse officielle de la France, une volonté de sortir d’un tête-à-tête mortifère avec Bamako.

Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a-t-il raison de dénoncer la présence de plus en plus forte des Russes ?

On sent bien que c’est un angle d’attaque récurrent et que ce n’est pas la première fois qu’un officiel français dénonce l’intrusion des mercenaires de la société privée Wagner que l’on sait infiniment liée au Kremlin sur le territoire malien. On sent qu’avec le déploiement de Wagner, il y a une intensification de la rhétorique française et peut-être aussi s’agit-il d’exercer une pression afin que la junte malienne ne puisse plus invoquer un calendrier qui conduirait à une élection générale dans cinq ans, mais peut-être de trouver un compromis qui ramènerait cet échéancier à 12 ou 16 mois.