Affaire Figa : le gouvernement sort du « silence »

0
1844

Devant les sénateurs, le Premier ministre, Anatole Collinet Makosso s’est voulu rassurant, ce mardi 4 avril, sur l’affaire du Fonds d’impulsion, de garantie et d’accompagnement (Figa). Il dit laisser les auditions ouvertes par l’Assemblée nationale se poursuivre, afin d’éviter l’ingérence du gouvernement conformément aux textes en vigueur.

L’exécutif a été interpellé sur la crise au sein du Fonds d’impulsion, de garantie et d’accompagnement (Figa), par la Chambre haute du Parlement, lors d’une séance plénière, consacrée aux questions orales avec débat au gouvernement, ce mardi 4 avril 2023, à l’ hémicycle du Sénat, à Brazzaville. 

Il s’agit d’un établissement public administratif d’appui au développement des très petites, petites et moyennes entreprises et de l’artisanat aux services financiers et non financiers, au cœur d’un scandale de détournement de denier public qui défraie la chronique. 

« Le déferlement actuel des réseaux sociaux et même des médias formels sur notamment l’affaire Figa ne permet pas de penser que le silence du gouvernement de ce point de vue est une chose salvatrice du point de vue de la loi. Parce que tout simplement, le silence à ce moment-là pourrait livrer un ministre ou quelqu’un d’autre à la vindicte populaire », a déclaré le Sénat. 

Les parlementaires se sont dits préoccupés par ce « silence » soulignant que « les réseaux sociaux n’ont pas arrêté et disent un certain nombre de choses vraies ou fausses. Nous n’en savons rien en vérité, mais il y a un déferlement qui fait que la rumeur continue et ces informations sont considérées comme acquises. Et moi en tant qu’Etat je me tais totalement, ça veut dire que je livre la personne concernée à la vindicte populaire. » 

« Le gouvernement ne tient à privilégier que la loi »

S’appuyant sur la loi fondamentale, le Premier ministre, Anatole Collinet Makosso a pris la parole au Sénat pour motiver la position du gouvernement sur le dossier du Figa. 

« L’article 169 de la constitution nous interdit de nous mêler ni des actions du judiciaire, ni des actions du législatif. Une prise de position politique de la part du Premier ministre, chef du gouvernement serait assimilée à une orientation de nature à entraver tant l’action de la justice que du législatif. C’est la loi, toute la loi, rien que la loi. Respectant les textes », a-t-il déclaré.

Pour le chef du gouvernement « la loi de Lynch ne sera pas évitée par le bruit que ferait l’exécutif bien au contraire. »

Toutefois, les autorités gouvernementales disent comprendre les réactions des populations soulignant : « nous comprenons le bruit. Il s’agit quand même d’un instrument [Figa, dlr] que le président de la République a mis au service de la jeunesse. Et on peut comprendre pourquoi cette jeunesse s’emballe, on peut comprendre pourquoi les citoyens s’emballent. »

Anatole Collinet Makosso a appelé les Congolais à être optimistes quant à l’issue de cette affaire.

« Nous disons à la jeunesse, nous disons aux citoyens qu’ils sont gouvernés par un gouvernement responsable qui gouverne les émotions mais qui ne gouverne pas par l’émotion. Qu’ils fassent confiance au gouvernement. Ils auront la réponse et nous travaillerons pour que la loi, toute la loi, rien que la loi, soit appliquée », a souligné le Premier ministre avant d’ajouter : « les textes sont en train d’être appliqués. Les procédures sont engagées. Il y a un travail qui se fait dans la chambre voisine. » 

Clôturant les travaux, le président du Sénat, Pierre Ngolo a, au nom de son institution, dit avoir « pris bonne note des déclarations du Premier ministre. » 

Dans son propos, Pierre Ngolo a martelé sur la lutte contre les antivaleurs, la « restauration de l’autorité de l’Etat. »

« Ce que nous exigeons c’est que la loi soit respectée et qu’elle s’applique à tous et que l’Etat de droit se construise. Voilà l’appel du Parlement, l’appel des sénateurs », a-t-il conclu. 

La ministre des Petites et moyens entreprises et de l’Artisanat, Jacqueline Lydia Mikolo, le comité de direction et le directeur général suspendu du Figa, Armel Fridelin Mbouloukoue, étaient auditionnés par la commission Economie et finances de l’Assemblée nationale, le 27 mars dernier sur la crise au sein du Figa.