Voyage Pointe-Noire-Brazzaville : des « arrêts pipi » aux airs de risques d’accidents

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Le voyage par route de Brazzaville à Pointe-Noire ou de Pointe-Noire à Brazzaville, s’effectue sur une distance d’un peu plus de cinq cent kilomètres en près de huit heures. Un temps long, pour contenir tous les besoins d’excrétion auxquels est habitué l’organisme humain. Faute d’aires de repos appropriées pour les satisfaire et en l’absence de toilettes dans les autocars, les conducteurs sont obligés d’observer des arrêts en rase campagne, dits « arrêts pipi ». Des arrêts non sécurisés, susceptibles d’occasionner de graves accidents de toutes natures.

« Arrêt pipi, cinq minutes. Les hommes à l’avant du bus, les femmes à l’arrière du bus. N’allez pas loin, ne traversez pas la route. »

Cette annonce est faite trois à quatre fois de suite, sur le trajet Brazzaville-Pointe-Noire et vice versa.

Soudain, l’autocar ralenti, puis s’arrête en rase campagne. Beaucoup ont la vessie pleine et le besoin de cet « arrêt pipi » se faisait déjà sentir. Presque tout le monde descend.

La femme avec un enfant en bas âge qui lui aussi veut profiter de « l’arrêt pipi », est obligée de l’emmener avec elle. Pour ce qu’elle va faire et qui en temps normal nécessite de s’extraire de la vue des autres, malgré la situation, la pudeur oblige qu’elle s’enfonce dans le buisson, loin de la vue de son enfant au moins, relâchant ainsi son attention sur le môme qui peut divaguer dangereusement.

Pour les femmes justement, l’exercice est plus difficile dans la nature, car elles doivent presque se découvrir entièrement devant les autres, des inconnues, qui plus est, dans des buissons.

Entre l’envie pressante d’uriner et la réserve qu’impose la décence, voire la pudeur, pour les plus âgées, la vessie pleine conduit à s’exécuter au vu et au su de tous, avec un réel sentiment d’une frustration contenue.

Qu’importe si les rejets des urines fouettent les parties très sensibles du corps, y déposant d’inconnues bactéries sommeillant dans la nature. Ce qui compte c’est d’assouvir le besoin. Il faut surtout veiller à ne pas être écorchée par les ronces ou autres tiges dont la coupure, surtout là-bas, peut être très douloureuse. Sans compter que des fourmis peuvent s’agripper aux vêtements.

Pour les hommes, l’exercice est moins difficile. Entre discussions et rigolades, on s’aligne à peine sur l’accotement ou devant l’autocar pour arroser, chacun cachant de sa main la base de la sortie de l’urine de la vue de l’autre.

Pour ceux dont le besoin est d’une autre nature que le pipi, il faut s’enfoncer davantage dans le buisson pour se vider, avec la prière qu’un serpent ne vous y attend pas.

En dépit de l’interdiction de traverser la route faite par le conducteur, ceux-là n’hésitent pas à l’enfreindre, afin de se garantir cet instant de décence et de pudeur qu’impose l’acte.

Entretemps, le trafic routier continu avec autant d’intensité, comme si de rien n’était. Aucun des véhicules dépassant l’autocar en « arrêt pipi », dans un sens comme dans l’autre, ne réduit sa vitesse pour anticiper un freinage d’urgence, malgré la présence de personnes sur la route. C’est aux passagers « urineurs » de faire attention. 

Dire que le danger est manifeste, le risque d’accident permanent et la catastrophe plâne, tant que tous les passagers n’ont pas réembarqué et que l’autocar ne soit reparti.

Plusieurs années déjà que la route a été mise en exploitation. Elle est désormais gérée par une société dont la présence se fait remarquer par le nombre de postes de péage. Presque un, tous les cent kilomètres.

Peut-être cette société, pourtant gérée par des occidentaux, oublie t- elle que sous d’autres cieux, une partie des frais de péage sert à l’amélioration des commodités que la route offre aux usagers qui l’empruntent, aux nombres desquelles, des aires de repos avec toilettes, voire des bancs et tables pour se restaurer en toute sécurité à défaut de restaurants.

Si cette disposition ne figure pas dans le cahier de charges de l’actuelle société de gestion des routes congolaises, il est plus que temps pour les autorités nationales compétentes d’y songer, avant que le pire n’arrive, car « tant va la cruche à l’eau, qu’à la fin, elle se brise », dit le proverbe.