Interview. Euloge Landry Kolelas : « Le programme DDR n’est pas arrêté »

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Dans une interview exclusive aux « Dépêches de Brazzaville« , le Haut commissaire à la réinsertion des ex-combattants, Euloge Landry Kolelas, a indiqué que le programme de Désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) des ex-combattants n’est pas arrêté. Il est dans la phase préparatoire de son lancement officiel de pair avec  le plaidoyer international auprès des partenaires techniques et financiers. 

  Le Conseil national des républicains (CNR) a dénoncé l’arrêt du processus Désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) des ex-combattants dans le département du Pool. Quelles en sont les causes de cet arrêt et où en êtes-vous exactement aujourd’hui ?

Euloge Landry Kolelas (E.L.K.): Je voudrais d’abord vous remercier pour cette  occasion que vous m’offrez afin d’apporter des réponses aux questions relatives au programme DDR dans le département du Pool. Certes, ce programme, signé le 31 août 2018, a connu un retard dans son démarrage mais jamais arrêté, du simple fait de la non disponibilité de la contrepartie nationale à son financement. Aujourd’hui, je peux vous rassurer que le gouvernement congolais a versé la contrepartie nationale selon la programmation souhaitée.

Par le premier versement de cette  contrepartie, notre pays  vient donc de respecter son engagement pour la mise en œuvre effective du programme DDR dans le département du Pool. Ces fonds sont bel et bien disponibles dans le  « Basket found »  du Programme des Nations unies pour le développement et participent au démarrage imminent du programme DDR.  Ainsi, ce programme est dans la phase préparatoire de son lancement officiel de pair avec le plaidoyer international auprès des partenaires techniques et financiers.

  Selon les prévisions de 2018, le DDR était chiffré à plus de 8 milliards FCFA, soit 6,3 milliards FCFA financés par les partenaires et le reste, soit 2 milliards, par le gouvernement. Est-ce que ce budget reste le même ou a-t-il subi un réaménagement ?

E.L.K: En rappel, le budget du programme DDR est estimé à la somme de  huit  milliards trois cents millions F CFA, dont deux milliards pour la contrepartie congolaise. A ce jour, ce budget reste le même mais pourrait être réajusté pendant sa mise en œuvre.

Le CNR estime à quinze mille le nombre d’ex-combattants en attente de réinsertion sociale. A combien vos services chiffrent-ils le nombre exact des ex-combattants dans le Pool ?

E.L.K. : Au cours de l’opération ramassage des armes réalisée par la  Commission ad hoc mixte paritaire et les partenaires, 5665 ex-combattants ont été profilés. Le programme DDR prévoit le désarmement de  7 500 ex-combattants, la démobilisation et la réinsertion de 10 000 bénéficiaires dont 7 500  ex-combattants et 2 500  membres associés  et la réintégration de 20 000 bénéficiaires dont 7 500 ex-combattants, 2 500  membres associés et 10 000 membres des communautés.

 Pensez-vous que les conditions s’y prêtent pour la mise en œuvre effective de ce programme dans les meilleures conditions? Si oui, à quand envisagez-vous son démarrage et quels sont les partenaires impliqués ?

E.L.K. : Je peux affirmer que toutes les conditions sont réunies pour un bon démarrage du programme DDR dans le département du Pool. En effet, après la signature de l’accord de cessez-le feu et de cessation des hostilités du 23 décembre 2017, plusieurs actions significatives de nature à ramener la paix dans le département du Pool ont été entreprises. Je peux  citer,  entre autres, la restauration de l’autorité de l’Etat, la tenue de seize plateformes de dialogue ayant abouti à la mise en place des comités locaux de dialogue et de réconciliation dans tous les districts et les deux communes de pleine exercice, le retour à la vie normale  par la reprise des activités économiques et socioculturelles, la libre  circulation des personnes, biens et services  et l’organisation des scrutins électoraux sur l’ensemble du département du Pool.*

  Vous lanciez, en septembre 2021 à Kinkala, le projet d’assistance « Bisalu bia kidzunu » visant à soutenir les femmes, les jeunes et les anciens combattants pour les aider à se réintégrer dans la société.  Quel bilan faites-vous au terme de son exécution ?

E.L.K. : « Bisalu bia kidzunu » est un projet à  caractère social et  inclusif qui s’exécute principalement dans  quarante villages  de deux districts du département du Pool, notamment Mayama (vingt villages) et Kindamba (vingt villages). Ce projet qui cible les jeunes et les femmes  (ex-combattants et membres des communautés) des villages précités a permis  à mi-parcours les résultats, entre autres, ci-après :  la contribution à la diversification de l’économie rurale à  travers le développement des activités génératrices de revenus; l’amélioration de l’indice de  pauvreté des ménages, avec la méthode de l’auto-épargne appelée Silc,  faisant la promotion de l’épargne locale; le renforcement de la cohésion sociale  et le développement de l’esprit d’initiative et entrepreneuriale.

En guise de conclusion et au regard de ce qui précède, j’affirme avec force et convictions que le programme  DDR dans le département du Pool est bien sur les rails et ne connaît à ce jour aucune entorse, ce qui justifie les préparatifs en cours de son lancement officiel.