Dot : le prix à payer pour être honoré

Prémices du mariage au Congo-Brazzaville, la dot est la marque d’engagement des plus plébiscitées des Congolaises de la part des hommes qui les fréquentent. Si les actes parlent mieux que les paroles, le coût élevé de la dot retarde, voire annule l’entrée dans le mariage de plusieurs d’entre elles. La dot à sept chiffres, à prendre ou à laisser ?

« Une vie sans amour, c’est une vie sans soleil », a dit Hervé Bazin, romancier français. L’amour, tous le connaissent un jour et souhaitent qu’il dure toujours. Passé les stades de la vie de couple, les êtres qui s’aiment éprouvent un jour le désir de sortir de l’ombre et de vivre leur amour à jour frisant, au vu et au su de Dieu et des Hommes. Survient rapidement pour plusieurs d’entre eux l’obstacle du coût de la dot.

Au-delà des élans de cœur, la coutume, la législation et la religion encouragent les partenaires à sceller leur union par un symbole, le symbole du don de la dot portée par l’article 140 du Code de la famille congolais. Dans les faits, le prix de la dot s’est envolé de dix à vingt fois plus que la réglementation en vigueur en fonction des ethnies et selon les familles avec la complicité de la société et l’indifférence du pouvoir exécutif.

Il est de pensée collective que plus le coût de la dot est élevé, plus la femme a de la valeur. Une valeur qui se traduit par un niveau académique, une profession, un nom de famille ou une reconnaissance sociale ou communautaire. La dot passe ainsi tacitement à confusion comme étant « le prix d’acquisition » de la femme à mettre au foyer, à l’égal d’un vulgaire bien matériel. 

Si certains hommes, par ego ou par contrainte, se soumettent volontiers à cette surenchère de la dot, le fait est que pour le Congolais lambda, le concubinage devient la seule alternative avant de pouvoir prétendre épouser une femme. Avec un accès à l’emploi difficile, des salaires d’entrée sur le marché d’emploi parfois du niveau de bourses estudiantines, les besoins fondamentaux passent en priorité sur le besoin d’appartenance selon la pyramide de Maslow.

La difficulté de se marier à l’âge nubile pose ainsi un problème pour le couple, particulièrement pour les femmes qui recherchent l’honneur ou le besoin d’une relation exclusive que seul le mariage garantit la reconnaissance sociale, le soutien matériel et financier, les joies du mariage et de la vie de famille dans le foyer de l’homme qu’elles aiment et avec qui elles ont souvent déjà commencé à fonder une famille sur la base de la seule confiance mutuelle que les deux espèrent inviolable.

Si c’est vrai que le mariage ne garantit pas la pérennité d’un couple, il constitue pourtant un cadre dans lequel la femme, les enfants peuvent évoluer sereinement ; un cadre qui va être un pilier sur lequel l’homme, chef de famille, va s’appuyer pour relever les défis et challenges de la vie, nécessaires à sa propre évolution.

Si certaines femmes tirent fierté d’une dot à sept chiffres et que d’autres familles voient là un moyen de se remplir les poches quitte à préférer des naissances de filles plutôt que de garçons car elles sont un bon placement, seule la vie sait quelle valeur accorder à une telle dot au moment où les grandes tempêtes adviennent.

La force du symbole est qu’il ne s’achète pas, alors il ne se jette pas. La prodigalité est un don qui ne dépend pas des circonstances. A choisir comment entrer dans le mariage, la femme sage doit avoir du discernement quand se présente la personne et l’opportunité car il est un fait, c’est qu’elle ne pourra jamais épouser un propre membre de sa famille et que les exemples sont encore nombreux de ces femmes qui achètent leur propre mariage dans les coulisses.