Brin d’histoire : Brazzaville et sa presqu’île

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Brazzaville et sa presqu’île ; des mots qui peuvent constituer un exercice soumis à des élèves ou des étudiants. Et ceux-ci ont bavé, sinon tiré la langue ou encore mâché le crayon car n’ayant aucune connaissance en la matière…

C’est une évidence, les différentes cartes de Brazzaville éditées jusqu’à ce jour sont muettes sur un fait : la présence d’une presqu’île non loin de l’île du diable dans la partie des cataractes. Les plus vieux pourraient dire que Brazzaville intra-mouros, Brazzaville de la Tsiemé au pont du Djoué ne possède pas une presqu’île ; c’est aussi juste.  Pour parler de Brazzaville et sa presqu’île, il faut se mettre dans la carte de la ville de Brazzaville de 2002. Il faut aller Outre-Djoué, pour reprendre ce qui devait être le nom de cet arrondissement qui s’appelle Madibou aux termes de la loi.

Jadis, c’était une île ; l’île des caïmans, mais les travaux de construction de l’usine du Djoué, (1949 à 1954) et la nécessité de réguler les eaux du canal de l’usine conduiront la Société générale d’entreprises chargée de la construction de l’usine du Djoué d’ériger la digue en coupant un bras du fleuve Congo. Ainsi, la terre cernée par les eaux du fleuve Congo était désormais rattachée au quartier Mafouta I.A.D, par cette digue, créant par conséquent l’actuelle presqu’île. Mais l’appellation de Kioudi (l’île) ne change pas.

Sur la presqu’île s’installa une société d’exploitation de la carrière de pierre de Mafouta, située sur la berge du fleuve Congo. A cette époque, les habitations étaient éloignées de la carrière. Avec l’extension du village Kikouimba (actuel Mafouta), l’exploitation industrielle de la carrière fut arrêtée. Dans les années 60, précisément en 1961, un phénomène de catastrophe naturelle fut enregistré ; des pluies diluviennes provoquèrent des inondations. La presqu’île fut inondée pendant trois mois. Quand les eaux se retirèrent, la faune et la flore qui faisaient le paysage du site avaient disparu, emportées par les eaux. Les caïmans très visibles dans un étang situé en bordure de la presqu’île et qui constituaient un des éléments du tourisme de vision avaient tous disparu. C’est après cette catastrophe que les propriétaires fonciers du site vont laisser libre cours à l’agriculture sur l’espace déboisé par les érosions. Plus tard, s’en suivra le lotissement des parcelles. Aujourd’hui, on dénombre plus de 100 ménages sur la presqu’île.     

Une presqu’île bien habitée aujourd’hui

Les insulaires-pionniers ont emménagé sur la presqu’île dans les années 1990 dont  MM. Loubou, Madédé, Massoumou, PDG etc. La principale avenue d’accès à la presqu’île part de l’IAD et prend fin à la boutique de la défunte Mama Loubou, un petit bazar où on peut trouver un peu de tout pour passer l’unique repas de la journée. Une avenue de plus d’un kilomètre qui porte le nom de l’ancien Premier ministre, André Milongo, donne accès à la presqu’île. Des petits cabarets existent sur la presqu’île. Par ailleurs, il y a la présence très remarquable d’un château, qui fait face à l’île du diable affrontant ainsi les eaux du fleuve des mois de novembre à janvier.

Pendant cette période, les touristes ont le temps de vérifier les propos de Stanley qui écrivait dans son reportage en 1877 : « La portion du fleuve la plus sauvage que je n’ai jamais vue. Que l’on s’imagine un bras de mer de 4 milles de long sur un demi-mille de large, secoué par un ouragan, et l’on se fera une idée assez juste de ses vagues (…) Partout, en amont et en aval, des vagues en écume et en embrun, des montagnes liquides se heurtant avec rage, tandis qu’un ressac furieux enveloppe la base des deux rives, formés d’une ligne de quartiers de roche empilés les uns sur les autres. Un fracas étourdissant ; je ne peux le comparer qu’au tonnerre d’un train express passant dans un tunnel. Pour me faire entendre de mon voisin, j’étais obligé de hurler à son oreille ce que j’avais à lui dire. (Extrait publié dans Brazzaville 1880-1980 page 117).

Cependant, la période d’étiage (avril-septembre) des pierres, rien que des pierres qui semblent cacher le cours du fleuve Congo inondent la vision du touriste.

Les berges de la presqu’île proposent alors de nombreux attraits tels que : la vue proche de l’île du diable, la grotte sur l’ilot de pierre des pécheurs, la plage de sable de plus d’un km du côté de Tanga dia Tsanga (en forme de golfe). La période d’étiage est la période choisie pour l’exploitation de la carrière. Plus de 300 personnes dont 80% de femmes y travaillent. Ainsi des tonnes de mètres cubes de pierre sortent de cette carrière pour la construction.

Certes, l’exploitation des carrières de Mafouta entretient de nombreux foyers. En revanche, elle détruit le paysage et menace dangereusement l’environnement et les maisons environnantes. Souvent des conflits surgissent entre insulaires et exploitants de la carrière. Malgré l’arbitrage officiel en faveur de la protection de l’environnement fluvial, les « casseurs » reviennent travailler sur le site. On peut juste s’apercevoir que le majestueux fleuve Congo n’échappe pas au constat du colloque sur les fleuves (Orléans en 1990) notamment : « Les fleuves ont subi une pression de l’homme toujours plus forte, plus diversifiée et aux conséquences plus dommageables…).

Mais nous ne devons pas ignorer ce que nous répètent les environnementaux : « la nature ne supporte ni d’être pillée ni d’être ignorée. L’ignorer nous rendrait complices de mesures de dégradation du milieu de vie et de la vie elle-même. Le milieu naturel est le premier et le plus vital de nos biens collectifs. Il faut le préserver et l’entretenir par une politique de l’environnement, un aménagement équilibré du territoire, la préservation et l’entretien des ressources fondamentales. Nous ne devons plus emprunter aux générations à venir le capital écologique, mais le leur transmettre intact et même enrichi ».