Sommet UE-Celac: enjeux et blocages entre les pays européens et latino-américains

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Les pays latino-américains et l’Union européenne se sont donnés rendez-vous à Bruxelles en vue d’un sommet, ces lundi et mardi. L’occasion pour le continent européen de tenter de renforcer ses liens avec les membres de la Communauté d’États latino-américains et Caraïbes (Celac). Des pays dont le principal partenaire commercial est bien souvent la Chine. Le sommet pourrait aussi montrer au grand jour les désaccords qui persistent sur les accords de libre échange entre les deux régions.

C’est déjà un événement que le sommet ait lieu, huit ans après la dernière rencontre de ce type, souligne Lorena Ruano. Elle est spécialiste des relations entre l’Europe et l’Amérique latine, pour le compte du Cidé, un centre de recherches économiques mexicain.

Pour autant, elle ne s’attend pas à des avancées particulières au niveau commercial : « Il y a des discussions, au sujet de l’éventuelle signature de l’accord de libre-échange avec le Mercosur, mais il est peu probable que cela se concrétise cette fois-ci », considère-t-elle.

En cause, notamment, les réticences de certains pays européens comme la France. Paris craint des conséquences négatives pour son secteur agricole face à l’agronégoce brésilien, ou encore celui du voisin argentin.

Les négociations semblent aussi au point mort concernant la signature et ratification de l’accord avec Mexico : « Les relations avec l’Europe sont très tendues, car le Mexique a changé récemment les règles concernant les investissements dans les énergies renouvelables. Cela a affecté des entreprises européennes et créé des tensions », explique Lorena Ruano. Le gouvernement mexicain considère que l’Europe n’est pas une priorité, selon elle.

En revanche, le sommet pourrait être l’occasion d’officialiser la signature d’une nouvelle version de l’accord d’association avec le Chili, concernant le commerce, donc, mais aussi la coopération au sens large.

Un dialogue qui s’est affaibli entre l’Europe et l’Amérique Latine

Il y a huit ans qu’un sommet UE-Celac ne s’était pas tenu. À partir de 2015, une multiplication des crises en Europe et en Amérique latine a distendu les liens entre les deux régions. Analyse de Carlos Quenan, professeur d’économie à l’université IHEAL-Sorbonne Nouvelle.  « L’Europe venait de subir le Brexit. Il y avait même la crise en Espagne – on l’a peut-être oublié – qui a été d’une grande ampleur et la crise en Catalogne. Vers le milieu de la décennie passée, on assiste à quelques changements. Ces dynamiques d’internationalisation et de globalisation commençaient à être entravées : moindre croissance, moindre dynamisme des flux d’investissement et de commerces internationaux, après la grande crise de 2008-2009 et l’apparition même des discours et des positionnements critiques par rapport à la globalisation, à l’ouverture.Trump aux États-Unis, le Brexit en Europe… En Amérique latine, il y a eu des différences politiques, notamment au sujet de la crise vénézuélienne. Tout ça génère des difficultés de coordination dans les deux groupements régionaux. À cela va s’ajouter le gouvernement de JairBolsonaro au Brésil, qui va être également très réticent au développement de ces liens internationaux, y compris avec l’Europe. Finalement, on a reporté ce sommet. Après la pandémie, d’autres facteurs sont passés par là, et le dialogue politique s’est affaibli. »