Présidentielle au Kenya: place au long processus de dépouillement

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Les Kényans étaient appelés aux urnes mardi 9 août pour choisir leur nouveau président, mais aussi leurs élus locaux, députés, gouverneurs ou encore sénateurs. Hormis quelques incidents, l’élection s’est, dans l’ensemble, déroulée de manière pacifique dans le pays. Le scrutin est toutefois marqué par l’abstention qui a progressé en cinq ans.

Il y a eu par endroits des retards dans le déploiement du matériel, des défaillances des kits d’identification, rapporte la correspondante de RFI à Nairobi, Florence Morice. À 22 heures hier soir, on votait donc encore dans certains bureaux, mais « la majorité » d’entre eux avaient fermé, selon la commission électorale kényane. Et dans l’ensemble, la journée s’est déroulée sans heurts.

Au moment d’aller voter, les deux principaux candidats se sont montrés confiants en leur victoire. « Je suis convaincu que le peuple kényan fera un choix d’avenir pour notre pays », a déclaré William Ruto, après avoir voté. « Je suis convaincu que le peuple kényan va s’exprimer en faveur du changement démocratique », a déclaré Raila Odinga, au moment de quitter sa résidence de Karen pour se rendre dans son bureau de vote de Kibera à Nairobi où une marée humaine en liesse l’attendait.

La compilation des résultats est désormais en cours. C’est donc une période d’incertitude qui s’ouvre. La commission électorale a appelé les Kényans à la « patience ». Quant au puissant Conseil national des Églises du Kenya, il appelle « tous les candidats à accepter la volonté du peuple ». Et encourage ceux qui ne seraient pas « satisfaits des résultats » à recourir à la justice « plutôt qu’à la violence ».

Participation en berne

Plus de 22 millions d’électeurs étaient appelés à voter mais seulement 56% s’étaient déplacés à 16 heures, d’après la Commission électorale. En 2017, ils étaient près de 80%.

À Kisumu, ville de l’ouest du pays et fief de Raila Odinga, la même tendance se dessine dans plusieurs bureaux de vote, constate notre envoyée spéciale sur place Albane Thirouard.

Il était ainsi 17 heures mardi quand ce bureau de vote du centre-ville a fermé respectant l’horaire officiel. Le dépouillement a commencé dans la foulée. La déception est palpable : la participation est plus faible qu’attendue. 60% des inscrits ont voté dans ce bureau de vote. Julie Ndinda, observatrice pour un candidat, en attendait plutôt 80, car la journée avait commencé de manière festive, aux sons des sifflets et des vuvuzelas dans les rues de Kisumu. « Ce matin, il y avait beaucoup de monde mais c’est redescendu dans l’après-midi. Je m’attendais à plus, la campagne électorale était tellement vibrante, les gens disaient tous qu’ils allaient venir voter ! »

Les électeurs qui eux ont fait le déplacement saluent le calme du scrutin. Tout le monde se félicite du bon déroulement de la journée. « Tout s’est très bien passé, les gens étaient joyeux, ils criaient, on sent qu’ils ont envie de changement. Tout était très paisible et je pense que ça va le rester, les Kényans en ont assez de verser du sang », témoigne Julie Ndinda.

Pour Lylian, c’est un signe d’optimisme pour la suite. Dans l’attente des résultats officiels, la jeune femme lance un message aux politiques : « Il y aura toujours un perdant et un gagnant. Mais essayez de ne pas nous faire perdre de temps, en incitant les gens à descendre dans la rue ou à travers des appels en justice. Restons en paix. »

À Eldoret, le souvenir des violences de 2007-2008 est encore vif

Les deux principaux candidats, William Ruto et Raila Odinga se sont engagés à plusieurs reprises à respecter les résultats. 

Las, en attendant ces derniers, les autorités se préparent à de possibles violences dans certaines régions, notamment à Eldoret. Cette ville de la vallée du Rift à majorité Kalenjin était le point chaud des violences post-électorales de 2007-2008 qui avaient fait plus d’un millier de morts. 

Dans un quartier populaire où s’est rendue Charlotte Simonart, de longues files se forment dès l’ouverture des bureaux de vote. Le scrutin se déroule sans encombre malgré l’impatience de certains. « Ça ne va pas ! Je ne vois pas mon nom sur le mur. Je ne comprends pas pourquoi. »

Veronica, elle, est satisfaite. « Ça y est, j’ai voté ! Maintenant, je prie pour la paix et que notre pays puisse passer à autre chose. »

Prier pour la paix, car dans ce quartier, les habitants sont pour la plupart Kikuyus, ciblés ici à Eldoret lors des violences post-électorales sanglantes en 2007-2008. Cet homme refuse d’en parler mais n’oublie pas : « Ça, c’est une autre histoire. Maintenant, nous devons faire de notre mieux. Tout va bien. Nous avons besoin de paix. Seulement de paix. Et tout ira bien. »  

Dans cet autre bureau de vote au centre-ville, bien avant la fermeture, les votants ont déjà déserté. « Aujourd’hui, c’était très calme. Dans mon bureau de vote, nous avons un taux de participation d’environ 50%. Nous attendions plus de votants mais je ne sais pas pourquoi ils ne sont pas venus. En 2017 à cette heure-ci, il y avait encore de longues queues. Mais là, vous voyez, il n’y a plus personne », s’étonne Ezra Muthai, l’un des agents de la commission électorale.

À Eldoret, tous ici espèrent que l’annonce des résultats ne mettra pas le feu aux poudres.