Présidentielle au Gabon : couvre-feu instauré et internet coupé

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Les Gabonais ont voté samedi pour élire de nouveaux dirigeants locaux, des législateurs et un président.

Le président sortant Ali Bongo Ondimba, 64 ans, qui a remporté son mandat actuel de justesse, cherche à obtenir un troisième mandat qui pourrait prolonger la dynastie politique de sa famille, vieille de 55 ans.

Il est défié par 13 autres candidats, dont le principal, le professeur d’économie et ancien ministre de l’éducation Albert Ondo Ossa.

La nomination surprise de M. Ossa est intervenue une semaine seulement avant le scrutin, à la suite d’une réunion à huis clos des poids lourds de la coalition d’opposition.

Les habitants se sont plaints que le vote, qui devait commencer à 7 heures du matin, ait été retardé et n’ait commencé qu’en fin de matinée.

Des dizaines de personnes attendaient devant les bureaux de vote du centre de Libreville, dont les rues étaient étonnamment presque désertes, selon plusieurs témoins.

Les élections, pour lesquelles environ 847 000 personnes sont autorisées à voter, se sont déroulées sans aucun observateur international, africain ou européen, et en l’absence des médias étrangers, qui se sont vu refuser l’accréditation ou l’entrée dans le pays, comme l’a dénoncé Reporter sans Frontières (RSF).

M. Bongo a effectué deux mandats de sept ans et cherche à prolonger la dynastie politique de sa famille, vieille de 55 ans, par un troisième mandat. M. Bongo, alors ministre de la défense, est arrivé au pouvoir en 2009 après la mort de son père, Omar Bongo, qui a dirigé le pays pendant 41 ans.

M. Ossa affirme que son objectif est de sortir le Gabon du statu quo.

Il affirme que s’il est élu, il dissoudra d’abord l’assemblée nationale, redessinera la carte électorale et organisera de nouvelles élections législatives, afin de former un gouvernement qui s’engagera à lutter contre les inégalités économiques.

Tous les scrutins organisés au Gabon depuis le retour du pays au multipartisme en 1990 se sont soldés par des violences.

Les affrontements entre les forces gouvernementales et les manifestants à la suite des élections de 2016 ont fait quatre morts, selon les chiffres officiels. Le politicien de l’opposition Jean Ping a blâmé la manipulation des élections pour sa défaite à l’époque – par moins de 2% des voix – et a déclaré que le nombre réel de morts était beaucoup plus élevé.

La semaine dernière, à l’occasion de la fête de l’indépendance du Gabon, M. Bongo s’est engagé à rendre le scrutin aussi sûr que possible.

Internet coupé

Le gouvernement a coupé internet samedi soir et instauré un couvre-feu au Gabon en invoquant des risques de violences, peu avant la fin de la présidentielle opposant le sortant Ali Bongo Ondimba à son principal opposant, Albert Ondo Ossa, qui venait de dénoncer des « fraudes » et d’exiger d’être proclamé vainqueur à l’issue du scrutin.

M. Ondo Ossa, très vindicatif immédiatement après avoir voté, avait également demandé, filmé en direct sur les réseaux sociaux, au président Bongo, au pouvoir depuis 14 ans, de « partir », se portant « garant » de sa sécurité.

Deux heures à peine plus tard, l’internet a été coupé et le ministre de la Communication, Rodrigue Mboumba Bissawou, a annoncé à l’antenne de la télévision d’Etat que le gouvernement instaurait un cessez-le-feu nocturne de 19h à 6h à compter de dimanche et l’obligation de demander une autorisation trois jours avant d’organiser toute réunion ou manifestation.

Il a également confirmé la « suspension » immédiate d’internet « jusqu’à nouvel ordre et sur toute l’étendue du territoire ». Invoquant pour ce faire, au nom de l’« intérêt supérieur de la Nation », la nécessité de parer aux « appels à la violence » et aux « fausses informations » dans les réseaux sociaux, et de « prévenir tout débordement et assurer la sécurité » des populations.

La télévision publique a ensuite annoncé que la fermeture de certains bureaux de vote avait été repoussée de plusieurs heures, nombre d’entre eux n’ayant ouvert que très tardivement en raison notamment de l’absence de matériel de vote.

Médias français suspendus

Dans la soirée, la chaîne de télévision publique citant le Haute Autorité de la Communication (HAC), a en outre annoncé « l’interdiction provisoire de diffusion au Gabon des médias France 24, RFI et TV5 Monde » auxquels il est « reproché un manque d’objectivité et d’équilibre dans le traitement de l’information en lien avec les élections générales en cours ».

En sortant du bureau où il votait et qui venait d’ouvrir avec huit heures de retard faute de matériel de vote, M. Ondo Ossa a fustigé « des fraudes orchestrées par Ali Bongo et ses partisans ».

« A la fin de la journée, Albert Ondo Ossa doit être déclaré vainqueur », a-t-il tonné.

Prenant à témoin la « communauté internationale », il a lancé : « Le moment est venu pour Ali Bongo de partir, il n’y aura aucune négociation ». « Je n’ai pas peur de lui », a-t-il ajouté.