Le guitariste Passy Mermans des Bantous de la Capitale est mort

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Les Bantous de la Capitale, premier orchestre congolais créé en 1959, ont perdu leur dernier monument. Le guitariste Passy Mermans, alias Mermans 1er, est mort le mercredi 28 décembre à Brazzaville. Il avait 80 ans.

C’est au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Brazzaville que Passy Mermans a rendu l’âme des suites d’une longue maladie, selon ses proches. « Avec lui, disent-ils, c’est une légende que nous perdons ». Adolescent, Passy Mermans fait ses premiers pas en musique dans sa région natale du Pool, proche de Brazzaville.

Il est guitariste, mais également auteur et compositeur. Les Bantous de la Capitale le repèrent et le recrutent en 1963, le tout premier guitariste et arrangeur originaire du Congo-Brazzaville, soit quatre ans après leur création. Jusqu’à cette date c’est Baroza du Congo-Belge qui assurait cette tâche. En compagnie de grands talents, tels Nino Malapet, Jean Serge Essous ou encore Edo Nganga, il fait la pluie et le beau temps de cet orchestre né à la veille de l’indépendance du Congo.

Il laissera « un grand vide »

Suite à des désaccords, il claque la porte des Bantous de la Capitale et s’en va créer en 1990 « les Bantous monument », avec d’autres virtuoses comme Pamelo Mounka ou encore Célestin Kouka. En 1997, il réintègre les Bantous pour ne plus les quitter jusqu’à son dernier souffle.

Les mélomanes estiment que sa disparition laisse un « grand vide » dans l’univers de la musique congolaise et africaine, une année seulement après l’inscription de la Rumba congolaise au patrimoine immatériel de l’humanité. Pour le documentariste Hassim Tall Boukambou, par ailleurs responsable de l’association « La maison des archives Congo », il faut rapidement collecter les traces laissées par ces groupes fondateurs pour que les générations futures puissent recevoir cette histoire musicale en héritage. 

On gagnerait à valoriser le patrimoine musical des Bantous en s’appuyant sur les fans-clubs.

« Il est urgent aujourd’hui d’œuvrer à valoriser ce patrimoine mémoriel que constituent les Bantous, affirme Hassim Tall Boukambou. Toutes générations confondues, il y a beaucoup de Congolais qui ont des souvenirs des Bantous chez eux, notamment des vinyles, des photos avec les membres des Bantous ». Il faut « rassembler » ce patrimoine, dans un musée par exemple, ou encore « immortaliser » les Bantous en donnant leur nom à des rues, propose le documentariste. Celui-ci souligne aussi l’importance des fan-clubs dans l’entretien de cette mémoire.

Les Bantous de la capitale sont sûrs pour la relève

Les responsables de cet ensemble ne sont pas très inquiets pour l’avenir et la relève qu’il a su préparer. Par son travail, il a su préparer l’avenir du groupe, assure Médard Milandou, responsable de la communication des Bantous : « L’espoir est toujours là parce que les Bantous se régénèrent (de jeunes en jeunes). Pour nous, cet orchestre doit exister parce que les Bantous sont un patrimoine national », affirme-t-il.

Manager et vice-président des Bantous, Blanchard Ngokoudi est plus qu’optimiste pour l’avenir : « On ne perd pas espoir. la preuve, on arrive à faire des prestations qui sont très remarquables avec la bénédiction des grands comme Mermans qui était là. On ne perd pas espoir parce que les jeunes ont déjà la main », assure-t-il

Kosmos Moutouari, a rejoint les Bantous de la capitale en 1965. Chef d’orchestre aujourd’hui, il garde de très bons souvenirs de Mermans 1er, avec qui il a effectué de nombreuses tournées en Afrique et en Europe : « De par sa stature et sa culture, il était un gars jovial. Il était coopératif et il aimait son boulot », se souvient-t-il.

Mermans est mort quatre jours seulement après Makerembia, batteur principal des Bantous qui, lui, a tiré sa révérence de l’autre côté du fleuve à Kinshasa.

Mermans Passi raconte avoir joué le soir de l’indépendance du Congo-Brazzaville

Avant d’intégrer les bantous en 1963, Mermans 1er avait déjà joué sous les couleurs de l’orchestre Mando Negro Koualakoua qu’il avait créé lui-même : c’était même l’un des musiciens qui avait fait vibrer la nuit de l’indépendance congolaise le 15 août 1960. Il avait eu l’occasion de confier ses souvenirs sur ce jour historique au correspondant de RFI à Brazzaville, Loicia Martial :