Congrès PCT: Radioscopie d’une mauvaise pièce de théâtre

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Denis Sassou‑Nguesso est confronté au risque d’implosion de son parti, écartelé par des luttes schismatiques et antagonistes. Pourquoi ? Explications.

Le VIᵉ congrès ordinaire du PCT s’est tenu à Brazzaville dans une atmosphère empreinte de tensions et de contestations internes. Le chef du parti, Denis Sassou N’Guesso, se trouve aujourd’hui confronté à la menace d’une éventuelle implosion de son propre parti et doit donc envisager de reprendre le contrôle de la structure en mobilisant ses camarades afin de relever le défi de la cohésion interne. Il devra également s’appuyer sur les vrais membres du PCT pour défendre son bilan lors de l’audit des grands comptes, notamment en ce qui concerne les déficits économiques et sociaux qui pèsent sur le Congo. La manière dont il gérera les incohérences et les ratés qui ont caractérisé ce congrès sera décisive pour la survie et la crédibilité du parti.

Les lampions qui avaient éclairé le VI ème congrès se sont éteints sous le poids des frustrations et des échecs rencontrés durant cette session. Une sorte de « loi des contraires » s’est installée : des personnes sans véritable envergure ont été parachutées au comité central, voire au bureau politique, après avoir été mises en liberté provisoire pour des raisons judiciaires. des « yaka noki noki » aussi, c’est-à-dire des personnes arrivées en politique par simple coup de téléphone. On retrouve ainsi des personnalités désignées comme « pots de fleurs » ou encore « godillots ».

De l’avis des apparatchicks dont l’influence remonte aux souvenirs du défunt Ambroise Édouard Noumazalay, figure majeure de la scène politique qui pouvait servir d’ancre solide pour la gestion du PCT, à un degré moindre, Pierre Ngolo, qui demeure un pilier résistant aux tempêtes politiques grâce à sa détermination sans faille, le récent congrès du pct a accouché d’une souris. Sur le plan organisationnel, la durée du congrès s’est allongée à l’étonnement généraliste, témoignant d’une incompétence notoire des organisateurs et d’un manque d’efficacité dans la coordination des différentes sessions. Au sein du PCT, un nombre croissant de membres se demandent s’il est possible d’occuper un poste au secrétariat permanent sans être membre du bureau politique ; Ignace Tendelet, Katia Mounthault- Tatu et une non congressiste, épouse d’un puissant membre du secrétariat permanent(entrée au comité central), sont trois exceptions qui attestent de cette règle tacite au Pct où l’impossible devient parfois possible. Tout aussi étonnant le knoct-out de Marien Mobondzo Endzonga, jeune et pétillant intellectuel, ancien secrétaire permanent du pct.

PARACHUTAGE EN POLITIQUE

Un examen attentif des listes des membres du comité central et du bureau politique révèle un certain nombre d’individus qui semblent être plus des imposteurs que des militants dévoués au parti depuis ses bases. Il est étonnant qu’un plagiaire d’une thèse doctorale à l’université Marien Ngouabi figure parmi ces élus. Pourquoi n’a-t-on pas élevé au bureau politique des hauts cadres rouges et experts – tels que Grégoire Lefouoba, François Ibovi ou Charles Zacharie Bowao – qui avaient accepté de soutenir Denis Sassou N’Guesso lors de la redoutable bourrasque de la Conférence Nationale Souveraine tenue au Palais des Congrès en 1991 ? Ces personnalités auraient pu contribuer à renforcer la cohésion interne en rappelant les valeurs fondamentales du parti pendant une période critique où les Forces du Changement ont mené une campagne agressive contre le président du comité central. Quant aux membres du comité central – notamment ceux issus de libérations provisoires judiciaires ou encore les partisans d’un effort minimal dans la dynamique du parti – ils se tiennent là avec une certaine honte apparente. Des noms comme Romi Oyo, Léonidas Mottom ou Ghislain Thierry Manguessa Ebome semblent payer le prix fort d’une inféodation éventuelle ou non envers un cartel personnalisé au sein même du parti. Le cas particulier de Manguessa Ebome, responsable pratique et financier du pct dans son fief de la Sangha selon les témoignages, demeure étonnant : il est le seul ministre du gouvernement Makosso II à qui l’entrée au comité central a été refusée ; cela soulève d’importantes interrogations quant aux critères de sélection et aux mécanismes internes d’intégration au sein du PCT.

Enfin, il apparaît clairement que depuis son dernier congrès en 1990 le PCT n’est plus le parti d’avant-garde qu’il était autrefois mais s’est transformé en un parti de masses à vocation électorale.

LUTTES SCHISMATIQUES ET ANTAGONISTES SUR FOND DE PERSONNALISATION

Cette évolution explique en partie son état actuel d’écartèlement entre plusieurs clans schismatiques et antagonistes personnalisés – Bouyaïstes, Moussaïstes, Makossoïstes, Ngoloïstes, Denischristelistes, Mabialistes ou Mvoubistes… – sans aucune présence marquée de « sassouistes » au sens réel du mot. Cette dispersion idéologique et structurelle menace la stabilité interne et l’efficacité politique du parti dans son ensemble. Denis Sassou N’Guesso qui retarde encore la publication officielle des listes des membres du comité central et du bureau politique est appelé à prononcer un jugement à la Salomon.

A. Ndongo, journaliste économique et financier