La Chine ouvre ses ports aux produits congolais sans droits de douane

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Les produits congolais éligibles vont désormais entrer en Chine sans aucun droit de douane.

Le partenariat de coopération stratégique global sino‑congolais prendra une nouvelle dimension cette année sur le plan commercial, grâce à une exonération totale des droits de douane appliquée à des produits congolais exportés vers la Chine. Les secteurs privé et public congolais pourraient-ils saisir cette opportunité au moment où les États‑Unis ferment leurs frontières aux marchandises congolaises via l’« Agoa », tandis que les Accords de partenariat économique avec l’Union européenne (APE) se révèlent être un véritable marché de dupes pour les pays africains?
Les accords progressifs conclus à cet effet entre l’Union européenne et la Côte‑d’Ivoire, d’une part, et le Cameroun, d’autre part, ne représentent pas une véritable situation gagnant-gagnant.

Le Congo s’imposera cette année comme le premier pays africain à bénéficier d’un accord d’accès préférentiel au marché chinois, grâce à une exonération totale des droits de douane appliqués à des produits fabriqués au Congo et exportés vers la Chine.
Cet accord, adopté en décembre 2025 par le Parlement congolais , avait déjà été conclu à Shanghai en marge de la huitième exposition internationale d’importation chinoise. Il s’inscrit dans le cadre du contrat de partenariat économique pour le développement partagé sur les récoltes précoces (CADEPA).
Il convient de noter que ce dispositif a été dévoilé par Pékin lors du récent Forum sur la coopération sino‑africaine (FOCAC) pour lequel le président Denis Sassou N’Guesso et son homologue chinois Xi Jinping assurent la co- présidence.

Axe principal de l’accord d’exonération

« L’accord permettra au Congo d’exporter toutes catégories de produits transformés vers la Chine sans droits de douane », avait déclaré le ministre de la Coopération internationale et de la promotion du secteur public, Denis Christel Sassou N’Guesso, qui soulignait par ailleurs que « l’initiative vise à dynamiser les filières locales à fort potentiel, notamment l’agro‑industrie. » Ce dispositif place le Congo en tant que pays pilote pour l’Afrique et illustre le renforcement du partenariat économique entre Brazzaville et Pékin. Il découle d’un processus de négociation qui s’est étalé sur plusieurs mois avant d’être confirmé lors de la quatrième Exposition économique et commerciale Chine‑Afrique tenue en juin 2025 à Changsha.

Une opportunité commerciale à saisir pour les acteurs économiques des secteurs privé et public congolais

Le port de Hainan, désormais classé zone de libre‑échange, offrira au Congo‑Brazzaville une opportunité exceptionnelle d’écouler ses marchandises sans entrave douanière. Cette configuration favorisera la diversification de l’économie congolaise, à condition que les secteurs privé et public s’engagent promptement à ajuster leur offre et à satisfaire les exigences du marché chinois.
Les mois qui suivront seront déterminants pour traduire l’accord Cadepa en flux commerciaux concrets. En synchronisant formation, financement et logistique, Brazzaville dispose des leviers indispensables pour convertir cet avantage fiscal en croissance inclusive et renforcer son positionnement sur l’axe sino‑africain. Des produits bio, comme du miel pur de la Sangha, Likouala, produit par des peuples autochtones, le cacao et ses dérivées ( beurre et huile de cacao), huile de courge, produits forestiers non ligneux…pourraient éventuellement être exploités. Les industries chinoises des produits pharmaceutiques, alimentaires et comestiques, etc. ont besoin de produits africains pour répondra à la demande mondiale. Pourvu que l’Agence congolaise des normes et la qualité(Aconoq) soit entièrement associée.

Renforcement de la coopération économique et commerciale

Cet accord pourrait renforcer les flux commerciaux entre les deux pays. Entre janvier et août, le commerce entre la Chine et le Congo a atteint 4,22 milliards de dollars, en hausse de 5,8 % sur un an. Les exportations congolaises, tirées par le pétrole et le bois transformé, représentent 3,21 milliards de dollars. La Chine demeure ainsi le premier client du Congo et aussi son principal pourvoyeur de recettes en devises tout autant que pour tous les pays de la zone Cemac, ainsi que révèle un rapport de la Beac 2024.

Le Congo pourra t-il emboîter le pas au Kenya?

L’Agence chinoise Xinhua , qui s’appuie sur les données publiées par l’administration générale de la douane en Chine, relève que « les échanges commerciaux entre la Chine et le Kenya ont atteint 16,13 milliards de yuans (environ 2,24 milliards de dollars) au premier trimestre 2025, en hausse de 11,9% sur un an, marquant une croissance pour le sixième trimestre consécutif » . Il s’agit du thé et des avocats.
Les exportations de thé kenyan devraient , selon les prévisions, passer à 50 000 tonnes le volume expédié annuellement vers la Chine d’ici à 2030, soit un stock quatre fois plus élevé qu’en 2024 (12 420 tonnes).
Vivement que les industries congolaises se mettent aux normes de l’Aconoq pour capter les besoins de cet important marché de plus d’un milliard de consommateurs.

A. Ndongo, journaliste économique et financier, Brazzaville, Congo