« Il faut un prédateur pour en reconnaitre un autre », monsieur le Drian

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« Nos concurrents n’ont ni tabous ni limites », a lancé Jean-Yves le Drian à propos de la Chine et la Russie qui gagnent en influence sur le continent, au grand dam de la France. « Il faut un prédateur pour en reconnaitre un autre », pourrait-on répondre au ministre français des Affaires étrangères. Et si sa mise en garde était une confession ?

« C’est celui qui dit qui l’est », avait répondu Vladimir Poutine à Joe Biden après que ce dernier ait répondu par l’affirmative à un journaliste qui lui demandait si le président russe était un « tueur ». Dans un entretien accordé au journal le Monde, Jean-Yves le Drian s’inquiète à voix haute de la prédation économique dont serait victime l’Afrique de la part de la Chine et la Russie. Il y dénonce les « populismes diplomatiques ».

« Nos concurrents n’ont ni tabous ni limites : ils projettent des milices privées partout, détournent des avions, font exploser des satellites, ils subordonnent des peuples, siphonnent des ressources sur certains continents, je pense à l’Afrique, en obligeant les pays concernés à crouler sous l’endettement. Il faut agir maintenant, sinon l’histoire ne nous attendra pas. L’enjeu pour l’Europe est d’accélérer pour avoir la capacité d’être une puissance affirmée, défendre son modèle et promouvoir un multilatéralisme efficace. »

Jean-Yves le Drian, ministre français des Affaires étrangères

La France ne s’inquiète pas, elle se lamente

À voix basse, le ministre français des Affaires étrangères est en réalité préoccupé par la perte de terrain de la France en Afrique au profit de ces deux puissances. « C’est celui qui dit qui l’est », est tentée de lui répondre une opinion publique africaine, désormais lucide sur les 60 années de prédation économique, monétaire, militaire et politique exercée par la France en Afrique depuis les pseudos indépendances. Le véritable problème de Jean-Yves le Drian est que la Françafrique a du plomb dans l’aile. La France ne s’inquiète pas, elle se lamente.

Modèle d’impérialisme, la Françafrique est la trouvaille du général De Gaulle au sortir de la Seconde Guerre mondiale pour maintenir à la France, humiliée par la défaite de 40, un statut de puissance. Grâce aux matières premières de l’Afrique et à l’assujettissement de ses chefs d’État, choisis et éjectés comme des pions par Paris, la France pouvait exister sur la scène internationale dans un contexte d’affrontement entre les blocs de l’Est et de l’Ouest. Dans le nouvel ordre mondial d’après-guerre, l’Afrique est la bouée de sauvetage d’une France au bord du précipice géopolitique. Autrement dit, s’accrocher au continent est alors sa seule parade contre le déclin. 60 ans plus tard, la stratégie de Paris n’a pas bougé d’un iota, mais elle est contrariée par de nouveaux joueurs.

Il faut un prédateur pour en reconnaitre un autre. La mise en garde de Jean-Yves le Drian est une confession. La France est aux abois, alors elle s’improvise protectrice de l’Afrique contre les ambitions de la Chine et la Russie, quitte à se faire borderline avec un lexique ouvertement paternaliste. Chine et Russie ne sont ni des anges, ni des sauveurs, mais l’Afrique n’a pas requis l’avis déplacé de monsieur le Drian et peut choisir de traiter avec qui lui plaît.