Sassou Nguesso est un frein pour la démocratie congolaises

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La candidature de Denis Sassou Nguesso peut être analysée, sous l’angle institutionnel et démocratique, comme un frein au renouvellement politique, davantage que comme un simple facteur de stabilité.Cette lecture repose sur trois axes principaux : la longévité au pouvoir, l’atrophie de l’alternance et l’effet systémique sur la classe politique.Premièrement, la question de la durée d’exercice du pouvoir est centrale.

Denis Sassou Nguesso dirige le Congo à différentes périodes depuis 1979. Une telle longévité, exceptionnelle à l’échelle contemporaine, tend mécaniquement à réduire les perspectives de renouvellement générationnel. Dans les systèmes démocratiques consolidés, l’alternance est un mécanisme structurant qui favorise l’émergence de nouvelles élites, l’innovation programmatique et l’adaptation des politiques publiques aux mutations socio-économiques. Lorsqu’un même leadership demeure dominant sur plusieurs décennies, les circuits de décision se cristallisent autour d’un noyau restreint d’acteurs. Cette configuration limite la circulation des idées et la promotion de profils nouveaux.Deuxièmement, la reconduction répétée d’un dirigeant en place affaiblit la dynamique compétitive du champ politique.

Même en présence d’élections formelles, l’asymétrie des ressources (administratives, financières, médiatiques) entre le pouvoir sortant et l’opposition crée un déséquilibre structurel. À terme, cela peut dissuader l’investissement politique des jeunes cadres ou des technocrates compétents qui perçoivent l’espace politique comme verrouillé. Le renouvellement ne concerne pas uniquement la personne du chef de l’État, mais aussi l’ensemble des pratiques : rotation des responsabilités, promotion du mérite, consolidation d’institutions indépendantes.

Si ces mécanismes sont ralentis, le système tend à reproduire les mêmes profils et les mêmes orientations stratégiques.Troisièmement, le maintien prolongé d’un leadership favorise une personnalisation du pouvoir. Dans ce type de configuration, la stabilité institutionnelle dépend fortement de la figure du dirigeant plutôt que de la robustesse des institutions. Or, le renouvellement politique suppose l’autonomisation des structures étatiques par rapport aux individus. Lorsque la continuité repose prioritairement sur une personne, la transition devient plus complexe et potentiellement plus fragile.

En ce sens, la stabilité invoquée peut être de court terme, tandis que le déficit de renouvellement fragilise la résilience institutionnelle à long terme.Par ailleurs, dans un contexte socio-économique marqué par des défis persistants (diversification économique, emploi des jeunes, gouvernance), le renouvellement politique peut constituer un levier d’adaptation stratégique. Les nouvelles générations portent souvent des approches différentes en matière de gouvernance numérique, de transparence ou de participation citoyenne. Une reconduction continue du leadership historique peut être perçue comme une continuité rassurante pour certains segments, mais comme une fermeture pour d’autres, notamment les jeunes électeurs en quête de représentation.

Enfin, le principe démocratique d’alternance n’est pas uniquement symbolique : il structure la légitimité et la vitalité du système. Lorsqu’un même acteur politique demeure au centre du pouvoir pendant une période prolongée, la frontière entre stabilité et immobilisme devient ténue. Ainsi, bien que la candidature de Denis Sassou Nguesso puisse être défendue au nom de la continuité, elle apparaît, sous une analyse institutionnelle rigoureuse, comme un facteur de ralentissement du renouvellement politique, tant générationnel que programmatique.

Bishop Serge Ngouakamabe

* Analyste des comportements socio-économiques* Libre penseur* Dépourvu de dette morale vis-à-vis du politique. * Observateur attentif de la vie de la Nation.* Spécialistes des questions sociales de la diaspora.