Les voleurs en deuil: la mort de Firmin Ayessa révèle la persistance des rites Andzimba au coeur du pouvoir

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La mort de Firmin Ayessa, cadre historique du régime et figure des Andzimba, déclenche un deuil national boudé par beaucoup pour son caractère sélectif. Loin d’une simple nécrologie, cet événement expose les tensions entre l’État moderne et les rites ancestraux qui régissent encore la disparition des puissants. « Ave Caesar Sassou, morituri te salutant », pourrait-on dire : le défunt salue le pouvoir en emportant plusieurs secrets rituels bien qu’il ait pû initier de nombreux jeunes.

Journaliste chevronné, ministre d’État à la Fonction publique et député du Parti congolais du Travail (PCT), Ayessa (75 ans) incarnait l’homme-pont postcolonial : formé à la communication et à l’administration occidentale, mais ancré dans les cosmogonies locales des Andzimba, société initiatique dont il était Mwéné (chef rituel). Le décret 2026-86 du 21 février impose drapeaux en berne et deuil national. Mais un autre récit surgit : exposition du corps aux quatre vents, dessiccation lente des tissus, refus de l’embaumement chimique. Ces pratiques, confirmées par des rumeurs persistantes, transforment la mort en processus rituel étiré, vecteur de continuité ontologique pour le pouvoir.


La mort d’Ayessa à quelques jours de la présidentielle, comme celle de Guy Brice Parfait kolelas, soulève des interrogations. Cependant, il faut reconnaître qu’au nom de la paix et pour que soient autorisés les obsèques à Makoua, M. Sassou a dû intervenir en envoyant Gilbert Ondongo supplier les sages de la localité,  » d’ouvrir la terre  » qui était  » fermée  » depuis la disparition du fils de maman Angèle parti chercher du gravier et autres collées sur des Andzimbas dirigés par le de cujus.
Il est vrai, les sacrifices de sang existent partout, mais dire que M. Sassou en a besoin pour gagner sa présidentielle, cela ne tient pas la route devant ses faire valoir de candidats.

Choc des temporalités : État républicain contre cosmogonie Andzimba

L’État exige rapidité, hygiène et clôture symbolique. Les Andzimba imposent lenteur et redistribution des forces vitales au plus fort – un rituel de stabilisation métaphysique. Ayessa, qui avait rompu tôt avec la franc-maçonnerie au profit des rites endogènes, illustre cette ambivalence. « Ces sociétés ont leurs propres technologies du sacré », glissent des témoignages. Son corps, rapatrié de nuit par des « agents funéraires » municipaux (soupçonnés Andzimba), devient un enjeu de souveraineté : mise à l’écart d’acteurs incompatibles, débat sur les objets rituels. Qui gouverne la mort des gouvernants ? L’État, la famille ou les initiés ?

Un miroir des rivalités élitaires congolaises

Cette friction traverse les élites depuis l’indépendance. Saturnin Okabé, Akwa comme Ayessa, fut inhumé dans l’indifférence ; Ayessa, lui, primait l’Andzimba sur les imports européens. À l’approche des échéances politiques sous Denis Sassou Nguesso, sa disparition rappelle les failles et soupçons : d’empoisonnement d’Adouki Lambert, mort d’Auxence Ickonga (1989), d’Alphonse Foungui (2004), du Général Emmanuel Avoukou (2013), de Charles Emile Apesse (2025). Rivalités Oyo-Makoua, éviction d’Athanase Ngassaki pour Jean Baptiste Ondaye (2022), emprisonnement de Jean-Marie Michel Mokoko depuis 2016… Obtenir la caution Andzimba, arrachée par Ayessa contre vents et marées, exige désormais un aggiornamento des axes Bokouélé-Tchikapika.

Le Congo de 2026 n’est pas seulement fait de lois et de budgets : il repose sur rites et mémoires profonds. La fin de l’histoire à la Fukuyama ? Pas ici.
(À suivre)

Ghys Fortuné BEMBA DOMBE