Modeste Boukadi, oui! Paulin Makaya, non!

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A chaque cas, Brazzaville applique un poids et une mesure !Et de trois! L’opposant Paulin Makaya, 55 ans, ne quittera pas Brazzaville pour Londres en Angleterre, sa deuxième patrie. Il a été à nouveau refoulé à l’aéroport international Maya Maya. Son tout nouveau passeport congolais saisi!

Sorti de prison depuis 2018, Paulin Makaya cherche, sans succès, à aller faire un check up en Europe puis obtenir un traitement médical adéquat, comme le dit sa famille qui s’inquiète de son étant de santé de plus en plus dégradant. Finalement, qu’est-ce qui ne fonctionne pas ? Nous suivons ce dossier depuis 2018, lors sa toute première interdiction de quitter le pays. Rien de clair ne lui avait été notifié à l’époque.

Au deuxième refoulement, on n’a pas voulu de son passeport Elisabeth II, il faut un passeport congolais. L’opposant l’a obtenu. Mais ne peut quitter le territoire national. Et c’est pour la troisième fois! En août 2017, Modeste Boukadia, 67 ans, un autre opposant et ancien ami du président Denis Sassou N’Guesso, a été évacué en France, alors qu’arrêté en janvier 2016, il devrait purger une peine de 30 ans de travaux forcés. Pourquoi deux poids deux mesures? En plus, Paulin Makaya, avec un casier déjà sali, ne représente aucun danger pour le pouvoir de Brazzaville, puisque selon l’écosystème politique actuel, il ne sera jamais candidat à l’élection présidentielle, la loi électorale le lui interdit clairement.

Comparaison n’est pas raison, certes. Mais pourtant, l’opposant Jean Marie Michel Mokoko, 74 ans, ancien chef d’état-major et conseiller spécial de Sassou N’Guesso, condamné en 2018 à 20 ans de réclusion, a été évacué vers la Turquie pour des soins médicaux. Paulin Makaya, affaibli par la maladie, ne bénéficie pas de cette faveur. Lui n’est pas prisonnier, c’est un citoyen libre qui paye son billet, réserve son hôpital pour ses soins. Il s’agit de son droit le plus légitime, garanti par la constitution congolaise. L’affaire paraît finalement louche. Ni juridique, ni socialement bonne. Encore moins politiquement correcte.

Elle ne sent que de la politique politicienne, à telle enseigne que certains hauts responsables, même au niveau du gouvernement ignorent, ce cas. Ne savent quoi dire. Par ailleurs, la police des frontières laisse passer d’autres opposants voyager pour l’étranger : Claudine Munari, Pascal Tsaty Mabiala, Clément Mierassa ou Mathias Dzon. Faudrait-il laisser pourrir la situation et espérer que Paulin Makaya se rétablisse par la grâce divine ou par l’effet des décoctions traditionnelles ? Franchement, ça craint. Si ceux qui ont un peu d’argent de leur sueur ne peuvent pas se taper les soins dans l’hôpital de leur choix, ceux qui n’ont rien du tout peuvent espérer à quoi, car même un passeport ils ne l’auraient pas avant de mourir.

@Arsène SEVERIN