Le sommet de l’Union africaine s’achève sur de profondes fractures

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Alors que les combats continuent dans le nord de l’Éthiopie, et notamment en région Afar, les chefs d’États africains étaient réunis dans la capitale Addis-Abeba pour le sommet de l’Union Africaine ce weekend. L’UA travaille depuis plusieurs mois à une résolution du conflit au Tigré. Ces tentatives sont restées des échecs jusqu’à présent. L’Union assure qu’elle va redoubler d’effort pour arracher un cessez-le-feu. 

Macky Sall plaide pour que l’Union africaine se dote de textes encore plus « rigoureux », encore plus « durs », a-t-il déclaré ce dimanche soir. Le président en exercice de l’UA estime que l’organisation doit soutenir sans équivoque les sanctions prises par la Cédéao à l’égard du Mali, notamment, rapporte notre envoyée spéciale à Addis-Abeba, Florence Morice.

Jamais dans l’histoire de l’institution quatre pays n’avaient été suspendus de l’UA en douze mois. « Cela donne l’impression que l’Afrique revient dans les années 1970 », a déploré Moussa Faki Mahamat, le président de la Commission. Le défi qui se pose donc aujourd’hui à l’institution est celui de renforcer sa capacité à enrayer cette contagion.

Sur la question polémique du statut d’observateur accordé à Israël l’an dernier, les chefs d’État africains n’ont pas pu se mettre d’accord. Ils ont donc choisi de confier la question à un comité de six chefs d’État, chargé de trouver un consensus… plutôt que voter et d’étaler leurs dissensions.

L’échec d’une médiation de paix en Éthiopie

Quant à la guerre qui fait rage en Éthiopie, pays hôte du sommet, elle n’a pas été évoquée lors des discours de clôture, souligne Noé Hochet-Bodin, notre correspondant à Addis-Abeba. L’UA travaille depuis plusieurs mois à une résolution du conflit au Tigré. Ces tentatives sont restées vaines jusqu’à présent. Elle assure qu’elle va redoubler d’effort pour arracher un cessez-le-feu.

Elle a nommé son envoyé spécial pour la Corne de l’Afrique en août 2021, soit presque un an après le début des hostilités dans le nord de l’Éthiopie. Depuis, les différentes navettes d’Olusegun Obasanjo entre le gouvernement éthiopien et les rebelles tigréens sont restées infructueuses, les deux parties étant sourdes aux appels à la paix. 

Ce dimanche, la commission Paix et Sécurité de l’Union africaine s’est défendue de toute passivité et d’inaction. « Nous travaillons sur cette crise depuis le premier jour. Nous avons à nouveau souligné la nécessité de trouver une solution politique qui prenne appui sur un processus de réconciliation nationale et de dialogue », a déclaré le commissaire Bankole Adeoye, notamment avec l’envoi de trois émissaires à Addis-Abeba lors du début des hostilités en novembre 2020. Trois émissaires qui ont été immédiatement éconduits à l’époque par le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed. 

Après le sommet, l’équipe d’Olusegun Obasanjo va s’élargir et bénéficier d’un budget augmenté. L’émissaire quant à lui voyagera de nouveau cette semaine au Tigré. 

Des messages à Abyi Ahmed

Autre paramètre, à partir de 2022, la marge de manœuvre de l’Union africaine devrait être facilité car l’Éthiopie a perdu jeudi dernier le siège qu’elle occupait au sein du conseil paix et sécurité de l’UA au terme d’un vote à bulletin secret. « Un message on ne peut plus clair », confie un diplomate. 

Certes, la tenue de ce sommet à Addis-Abeba pendant que la guerre continue de faire rage dans le pays est une victoire politique symbolique pour Abyi Ahmed. En ouverture du sommet samedi, le Premier ministre éthiopien a présenté la guerre qui déchire l’Éthiopie comme une question « domestique ». Une manière de tenter de couper court à toute critique de la part de ses pairs au cours du sommet.

Pourtant, il n’a pas réussi à totalement éclipser le sujet et certains en ont tout de même profité pour lui faire passer des messages, comme le président kényan qui l’a rappelé à la réalité du conflit qui fait rage dans le pays : « Nous voulons que l’Éthiopie redevienne l’îlot de paix qu’elle a été pendant des années, une résolution pacifique à cette crise. Et toutes les initiatives susceptibles de ramener la paix sont utiles. »