Lors de la cérémonie des vœux aux forces vives de la Nation, le président de la Cour constitutionnelle, Auguste Iloki a taclé le ministre en charge des Sports, Hugues Ngouolondélé, en sollicitant l’intervention du président de la République Denis Sassou pour résoudre les problèmes du football. Auguste Iloki a ainsi rejoint la liste de ceux qui décrient la gestion actuelle du sport au Congo sans évoquer les question de financement et autres
Non !
Ce n’est pas le livre de M. Ngouolondélé publié en fin 2025 qui a mis le ministre en charge des Sports à la « une » ni sa querelle avec le président de la Fécofoot. Cette fois-ci, c’est l’adresse d’Auguste Iloki le 6 janvier 2025 au Palais des congrès, invitant le président de la République Sassou à se pencher sur le sport, « l’un des maillons de la paix qui ne joue plus son rôle » qui en est la raison. En langage diplomatique, M. Iloki a donc dit haut ce que tout le monde dit tout bas : « M. le Président de la République, le bilan de votre gendre est négatif ». Ce bilan est partagé par plus d’un congolais. Isidore Mvouba, président de l’Assemblée nationale, à demi-mots, n’exprimait pas autre chose lorsqu’il interpellait le Gouvernement, en février 2025, sur la suspension de la Fécofoot par la FIFA et soulignait en même temps « la nécessité d’actions concrètes pour relancer le football national ». Le délégué du Cameroun au récent congrès du Pct à taper sur Hugues avec zéro résultats. Faut-il dans ces conditions encore parler d’acharnement sur Hugues ?
Auguste Iloki devait instruire à charge et à décharge
Il s’agit là d’un principe élémentaire que le juriste Iloki ne devait pas ignorer. En effet, en déplorant l’état actuel du sport au Congo, il a failli à l’obligation de relever que dans les contextes de crise comme celle que traverse le Congo, les ministères en charge des Sports et de la Culture sont souvent ceux qui font l’objet de coupes budgétaires importantes. Si la Santé et l’Education (Enseignement primaire, secondaire et supérieur) sont gravement secouées et impactées par des grèves à répétition, que peut-on dans ces conditions attendre du Sport ? Certes, le sport est un facteur de paix, mais il faut se demander si réellement l’État y met les moyens quand on sait que ce dernier a aussi soumis le Parlement, les retraités et Cie au rythme des arriérés et des impayés.
On peut dès lors se demander comment le « Doyen » Iloki, juriste-écrivain avisé, qui m’avait débloqué autrefois par un coup de fil le blocus imposé sur la candidature de Guy Brice Parfait Kolelas, a-t-il perdu sa lucidité légendaire sur le cas Ngouolondélé et le football congolais au point de vouloir détourner l’attention des Congolais des vrais problèmes ? Ignore t-il la définition de la paix éludé par M. Sassou dans son ouvrage » Parler vrai pour l’Afrique » ? C’est la preuve que le malaise au sein du pouvoir est profond. Faute de conclusions satisfaisantes pour les différents protagonistes au dernier congrès du PCT, l’élite politique se déchire et se livre à la guerre de positionnement même quand M. Sassou veut faire le ménage comme le temoigne le nouveau secrétariat permanent debarasser des anciens en ne gardant que deux.
Hugues Ngouolondélé : « Un maire, une ville : bâtir, servir et transmettre »
C’est le titre du livre qui a placé l’ancien Maire de Brazzaville sous les projecteurs depuis la fin de l’année 2025. Il n’est plus question de : « Faire la politique autrement » au PCT en 2016. Pour 2025, il évoque « Un maire, une ville : bâtir, servir et transmettre », une œuvre autobiographique de 266 pages qui laisse découvrir des instants de vie comme un kaléidoscope dans lequel apparaissent tour à tour l’espace intime, l’activité de gouvernance municipale et la prospective. Trois pans importants pour un maire, signant ainsi une osmose entre l’administrateur et sa ville, trois composantes d’un paratexte, adossées à l’identité de l’enfant de Brazzaville devenu maire en 2003.
Écrire sur une ville qui vous a vu naître et aux destinées de laquelle vous présidez n’est pas un acte ludique, ou pour le panache, mais plutôt une volonté de témoignage, un devoir pour la postérité, la nécessité de transmettre une expérience. C’est le sens que porte le segment triptyque du titre, bâtir, servir, transmettre, tout un programme inscrit dans le management municipal. Les trois piliers informent la structure de l’ouvrage, qui tient sur dix-huit chapitres et en constituent la substance.
Dès l’incipit, une confession empreinte d’humilité se dévoile. Hugues Ngouélondélé ne fait pas mystère de l’inattendu. Le rêve d’une carrière politique n’avait jamais effleuré son esprit, pourtant baigné dans un environnement qui aurait pu lui servir de prétexte, « une enfance dans l’ombre du pouvoir ». C’est ainsi que commence la saga d’une vie aux contours sertis de rencontres, de déceptions, d’incertitudes et de rencontres heureuses qui vont forger le caractère de l’auteur et construire sa personnalité. En parcourant les huit pages de l’incipit, le lecteur ne doute pas un seul instant de la sincérité et de la réalité dans lesquelles l’ouvrage prend ancrage. Le dire vrai sans fioritures, ni artificialité, ni même enjolivement pour chercher à séduire, définit la posture de l’auteur. Dès lors, les pages qui suivent déroulent un récit où la narration des faits est incisive. La guerre est convoquée avec moult détails. L’auteur ne tarit pas de précision ; il décrit les péripéties où dominent des scènes poignantes dans lesquelles les images défilent avec des arrêts dialogiques et parfois épistolaires que l’auteur met en évidence pour louer les sentiments humains, notamment l’amitié vraie qui ne démord pas et que l’instinct de survie ne dissipe pas, une amitié éprouvée en tant de guerre. Ainsi, on voit des personnages dans le cercle amical et familial se prêter naturellement à la solidarité et à l’assistance.
L’auteur ne se défait pas du principe onomastique qui affine le contrat de confiance avec les lecteurs.
Si certains personnages sont désignés par leurs noms (Ngoma Maron, Médard Niabia, Adou Ganga, Frey Kakou, Bob Mayoukou, Chantal Nguema…), pour des raisons historiques, structurellement parlant, d’autres sont saisis par leurs propriétés contingentes, obligeant par conséquent à les percevoir comme indissociables du contexte narratif. C’est le cas du militaire (p. 26) que l’auteur croise dans un barrage, communément appelé « bouchon » en ces temps de guerre. Un florilège de noms parcourt tout l’ouvrage, certains connus, d’autres moins. M. Ngouélondélé immerge son texte dans des motifs onomastiques et toponymiques. La toponymie domine, la ville de Brazzaville constitue le motif essentiel dans le sens littéraire du terme. Brazzaville, ses places publiques, ses marchés et ses quartiers composent la thématique centrale et récurrente qui apparaît tout au long de l’œuvre. Les odonymes abondent avec les noms de rues et d’avenues célèbres : le boulevard Alfred Raoul, les avenues Auxence Ickonga, Emile Biayenda, Jacques Opangault, pour ne citer que ceux-là.
En définitive, M. Ngouolondélé qui a quatre ministères groupé en un seul est en difficulté, sinon son beau-père ne devrait pas autoriser Auguste Iloki prononcer ce discours qu’il a parcouru bien avant, a moins qu’il devienne un président de la République ayant perdu la tête…
Ghys Fortune BEMBA DOMBE







