Covid -Congo : Pourquoi la courbe de décès et contamination remonte?

0
708

Une dizaine de morts au CHUB des suites de coronavirus en quelques jours seulement, près d’une dizaine de médecins infectés, surpopulation des patients contaminés au coronavirus, la courbe des cas de contamination et de décès est ascendante 6 mois après l’euphorie des meetings de la présidentielle 2021.Pourquoi? Explications.

« Nous sommes débordés », lance, d’un air désinvolte, un jeune médecin urgentiste en service au Centre hospitalier et universitaire de Brazzaville(chub). À l’arrivée de notre mère Françoise Ondongo, un brancardier, apparemment exténué, a dû se faire graisser la patte pour se montrer disponible. Le froufrou du billet de 10.000 fcfa l’a rendu plus disposé et tant dévoué pour trouver tout de suite un brancard, explique Mireille, ma sœur aînée.

Le service des urgences est inondé de malades. Certains sont couchés à même le sol; d’autres exhalent leur souffrance sur des rares chaises roulantes. « En moins d’une semaine l’hôpital a enregistré une dizaine de morts des suites de coronavirus « , lâche une bonne source hospitalière.

Évidemment, le nombre de 222 décès communiqués officiellement est inexact. En ces temps où circule le variant delta à Brazzaville et Pointe- Noire, selon le travail séquencé du professeur Toumi, tel révélé à l’occasion du webinaire sur le « Regard des comités d’éthique et des autorités nationales de réglementation d’Afrique centrale sur les stratégies nationales de vaccination contre la covid-19 « , auquel nous avons pris part, le corps médical en service aux urgences affronte le virus les mains nues.

Les épis et autres matériels de protection se font rares. Aïe ! Conséquence : près d’une dizaine de médecins et infirmiers du CHUB, dont une belle sœur, viennent d’être contaminés au coronavirus. « À cette allure, il faudrait que je ne vienne plus travailler, juste pour me mettre à l’abri », prévoit un médecin qui a requis l’anonymat. « Des patients présentant des symptômes semblables à la pandémie à coronavirus sont entassés au triage ou envoyés dans d’autres services, faute de places dans la zone orange », confie, le visage plissé et inondé de sueur, un urgentiste. Est donc énorme le risque pour des patients souffrant d’autres pathologies de se faire infecter au coronavirus une fois admise au CHUB. Le site dédié de l’hôpital municipal Albert Leyono à Brazzaville n’est pas en reste.

Dans la fameuse zone orange, où était admise notre défunte maman, la durée de délivrance des résultats du test pcr y est élastique, parfois plus d’une semaine( et souvent après le décès du patient, comme le cas de notre maman) , les garde- malades, sans tenue de protection appropriée, y entrent en ressortent comme dans une église. Le pire est le contact que ces derniers ont avec l’extérieur et la famille.

Comment peut t-on admettre des malades dans cette zone sur la base de la présomption, et non des résultats scientifiques? Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le jour de l’inhumation l’on nous a enveloppés dans des tenues de protection pour accéder à la salle où était couché le corps sans vie de maman. Pourquoi ne prend t-on pas les mêmes dispositions de protection à l’égard des membres de la famille chargés de jouer le rôle de garde- malade? Pourquoi n’équipe t-on pas le laboratoire du CHUB en intrants en ressources humaines pour effectuer rapidement des tests pcr sur tous les cas suspects qui arrivent aux urgences?

À l’observation, la démobilisation du personnel chargé de la riposte, sans perdiems depuis des mois et obligés de vivre grugés à la mamelle du « coronabusiness » version congolaise, est l’une des causes. Selon un professeur en médecine, « il fallait bien s’y attendre, surtout après la présidentielle 2021 au cours de laquelle des meetings politiques ont drainé beaucoup de monde, au mépris du respect des mesures barrières pourtant édictées par les mêmes gouvernants animateurs des meetings ». À cela il faut y ajouter les vieux schémas d’un comité scientifique animé par des vieux professeurs de médecine dépassés par les événements, pas toujours branchés sur le monde et les tic pour suivre l’évolution de la pandémie dans le monde ainsi que la riposte y relative.

Par Alphonse Ndongo