Quels enjeux pour le 15e sommet des Brics qui s’ouvre à Johannesburg?

0
490

Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud… Les cinq pays des Brics se réunissent à Johannesburg pour leur 15e sommet, une première depuis le Covid-19. Les Brics plaident ensemble pour un rééquilibrage politique et économique face à un ordre international que ces pays jugent dominé par l’Occident. Voici les objectifs des dirigeants qui se retrouvent à partir de ce mardi 22 août en Afrique du Sud.

Impossible d’ignorer l’évènement. Ce quinzième sommet des Brics s’affiche dès l’aéroport de Johannesburg et dans les rues de la ville avec un slogan en forme de programme évoquant à la fois les Brics et l’Afrique, une croissance accélérée, un développement durable et un multilatéralisme inclusif.

Au-delà de ces formules, il y a une revendication commune au Brésil, à la Russie, à l’Inde, à la Chine et l’Afrique du Sud, dont les noms forment l’acronyme Brics : tous ces pays contestent un ordre politique et économique dominé par l’Occident. Cela ne veut pas dire que les cinq pays sont d’accord sur tout, notamment sur leur possible élargissement, dont il sera question durant ce sommet, rapporte à Johannesburg, Nicolas Falez.

La Chine affirme son influence

De tout cela, les participants vont parler ici pendant trois jours, avec en parallèle une séquence bilatérale. Le président sud-africain Cyril Ramaphosa doit recevoir son homologue chinois, Xi Jinping. Les deux hommes iront ensuite retrouver les dirigeants des autres pays membres des Brics mais cette rencontre sera marquée par l’absence d’un homme : Vladimir Poutine. Le président russe s’exprimera en visio-conférence.

Il n’a pas fait le déplacement à Johannesburg car il risque une arrestation à cause d’un mandat d’arrêt émis par la Cour pénale internationale suite à la guerre qu’il a lancé en Ukraine. Il y a cependant une recherche de soutien de la Russie, qui veut montrer qu’elle n’est pas isolée. Aucun pays des Brics n’a condamné l’invasion russe de l’Ukraine.

Et par les Brics, c’est aussi la Chine qui affirme son influence. Dans sa compétition tendue avec les États-Unis, Xi Jinping peut afficher ses liens avec ses partenaires des Brics, tout comme avec les dizaines de pays qui souhaiteraient rejoindre le groupe. 

Pour l’Inde, cette réunion illustre parfaitement sa politique de « multi-alignement ». Le Premier ministre Narendra Modi a renforcé les liens de l’Inde avec les États-Unis et avec la France lors de ses récents déplacements. Le voici cette semaine à Johannesburg en figure de proue de ce qu’on appelle le « Sud global ».

Un rendez-vous pour le continent

Et puis il y a l’Afrique du Sud, qui accueille ce sommet, qui cherche également à étendre son influence. Le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, a voulu faire de ce moment un rendez-vous pour tout le continent en invitant plusieurs dizaines de pays africains.

Du côté des participants africains à ce sommet, Cyril Ramaphosa a annoncé que 30 leaders étaient attendus, sans dévoiler de liste. Une chose est sûre : l’Algérie, la République démocratique du Congo, le Nigeria et le Cameroun n’ont pas dépêché sur place leur président, rapporte notre correspondante à Johannesburg, Claire Bargelès.

Après des échanges ce mardi 22 août autour des relations commerciales intra-Brics, les quatre leaders du groupe se retireront dans un lieu huppé de la ville, pour se retrouver à huis-clos. Le plus gros de la rencontre devrait se dérouler mercredi, avec, parmi les dossiers à aborder, la question de l’élargissement.

Quant au Brésil, il aimerait voir se concrétiser la monnaie des Brics, qui permettrait aux pays émergents de s’affranchir du dollar. Le président brésilien Lula milite également pour une réforme du Conseil de sécurité de l’ONU.

L’absence d’Emmanuel Macron, un revers pour la stratégie diplomatique du président français ?

Emmanuel Macron avait fait savoir son intérêt pour le sommet des Brics mais le président français ne fera pas partie des invités. Est-ce un revers pour celui qui plaide pour une rénovation du multilatéralisme et cherche à jouer les intermédiaires entre pays du Nord et pays du Sud ? L’hypothèse de sa participation, lancée par les Français, est restée un certain temps dans l’atmosphère – notamment au moment du sommet pour un nouveau pacte financier à Paris en juin – auquel le président d’Afrique du Sud Ramaphosa a participé.

Mais finalement, les Sud-africains n’ont pas donné suite à l’envie présidentielle. La ministre des Affaires étrangères du pays hôte a expliqué qu’aucune invitation n’avait été envoyée au chef de l’État français. Et pourtant, Emmanuel Macron aurait bien aimé participer au débat avec les dirigeants des membres de ce club de pays émergents dont il veut faire des partenaires diplomatiques et économiques.

Mais c’est aussi la Russie, responsable de la guerre en Ukraine, qui a provoqué le blocage sur la présence d’Emmanuel Macron. Enfin, le côté français dit comprendre que le format du sommet des Brics cette année privilégie le dialogue avec les pays du Sud, et surtout africains, et n’offre donc pas forcément d’espace à une participation du président de la République. Une manière de prendre acte du refus sans en faire un camouflet.