Disparition : l’écrivain Jean Claude Zounga Bongolo n’est plus

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L’écrivain congolais et patron du célèbre journal satirique « La Rue meurt », Jean Claude Zounga Bongolo dit petit David, a tiré sa révérence, le 12 octobre 2023 , à Brazzaville à l’âge de 68 ans. Les Dépêches de Brazzaville retracent le parcours de l’illustre disparu. 

Né à Brazzaville, le 16 mai 1955, Jean Claude Zounga Bongolo a fait ses études primaires et secondaires au Congo avant de se rendre en ex Union des Républiques socialistes soviétiques (URSS), actuelle Fédération de Russie en 1973. Dans ce pays, il a fréquenté à la faculté préparatoire à Kiev, puis à Leningrad à l’institut pédagogique Herzen, où il obtient son master en philosophie en 1978. Fasciné par la poésie russe, principalement celle de Pouchkine, Lermontov et Essenine, il commence en 1974 à écrire ses premiers poèmes. Mais en 1976, il se crée dans l’Afrique du Sud, encore tenue par le régime de l’apartheid, un événement qui va secouer amèrement l’auteur. Ce sont les massacres des étudiants de Soweto. Bouleversé, il entame son premier roman intitulé « L’enfant prodigue de Soweto » qui ne paraitra que sept ans plus tard en 1983 aux Nouvelles Editions africaines de Dakar.

Rentré au pays en 1978, Jean Claude Zounga Bongolo enseigne la langue russe et la philosophie marxiste au lycée technique Poaty- Bernard à  Pointe-Noire, capitale économique du Congo. En 1982, il repart pour l’URSS dans son ancien institut pour la préparation d’un doctorat de philosophie, option communisme scientifique, qu’il obtient en 1985. Revenu au Congo en 1986, il sera professeur de communisme scientifique à l’École supérieure du parti congolais du travail, où il dirige en même temps le service « Mémoires et thèses ». La même année, il participe au festival international de poésie de Grand Bassam, en Côte d’Ivoire.

En 1986, la comédienne Jacqueline Lemoine, pensionnaire du théâtre national sénégalais, s’inspire de son roman « L’enfant prodigue de Soweto » pour en faire une pièce de théâtre qui sera jouée par le Sorano-théâtre de Dakar sous le titre « Mot de passe : Azanie ». En 1987, il va en Inde pour participer à la conférence internationale des jeunes écrivains Afro-asiatiques. En 1988, il sort son deuxième livre « Les sorciers de l’Île Tibau », aux Nouvelles Editions africaines de Lomé ; un roman qui révèle le conflit interne auquel se livre l’intellectuel africain entre le marxisme-léninisme qu’il enseigne et la réalité africaine, foncièrement soudée à sa chrétienté, elle-même opposée à l’animisme ambiant.

La Perestroïka et le journal satirique La Rue meurt

En 1989, l’Europe de l’Est est secouée par le vent de la Perestroïka qui n’a pas épargné l’Afrique noire. Elle commence par la poussée vers le renouveau démocratique dans tout le continent. Ici et là s’organisent les conférences nationales. A cette époque, l’auteur écrit son troisième livre intitulé « Tribuculose ». Mais avec l’arrivée de la Perestroïka, c’est aussi la fin de l’ère monocratique. L’École supérieure du parti est fauchée de plain-pied. Cependant, dans ce tourbillon politique qui ravage le pays, l’auteur a choisi son camp. Il soutient bec et ongles l’arrivée du renouveau démocratique dans le pays et, dans la foulée, il crée son propre journal, « La Rue meurt » qui, à la longue, devient l’un des principaux piliers de la démocratie. Devenu donc journaliste, Jean Claude Zounga Bongolo se lance, avec un réel succès, dans le combat politique. Nombreux sont les Congolais qui disent que sans « La Rue meurt », la démocratie aurait eu beaucoup de mal à s’implanter dans le pays. Mais le combat de la presse libre a été long, fastidieux et très dangereux pour l’auteur, à tel point qu’il a dû mettre de côté la littérature pour se lancer essentiellement dans la presse. Sans être le journal de l’opposition, Jean Claude Zounga Bongolo soutient que « La Rue meurt » est un journal d’opposition : opposition contre la médiocrité, contre le triomphe de la fausse conscience, contre la corruption, contre la bêtise humaine tout court.

Aussi, durant les événements douloureux qu’a connus le pays (les trois guerres civiles) dans la dernière décennie du XXe siècle, « La Rue meurt » a tenu à paraître même aux heures graves du conflit. Au sortir de la guerre, il reprend son journal dans des conditions d’hostilité vis-à-vis de la presse libre privée. En 2004, il est frappé d’un accident cérébral-vasculaire qui le rend partiellement inapte. Nonobstant l’interdiction du médecin qui ne lui permet plus ni de lire, ni  d’écrire, l’auteur prend refuge dans sa poésie. Au prix de maints efforts et avec la grâce du Tout-Puissant, son cerveau a repris à fonctionner normalement. Alors, peu à peu, il abandonne le journalisme pour s’adonner à son ancien amour, la littérature. Du fond de son tiroir, il exhume ses vieux ouvrages datant parfois de plus de trente ans, principalement la poésie, les romans, les nouvelles et des pièces théâtrales qu’il réactualise afin de les publier tous.

En 2006, exacerbé par la mort d’un étudiant sénégalais à Saint Pétersbourg, il publie aux éditions Paari un roman intitulé « Un Africain dans un iceberg » dans lequel il relate son séjour dans l’ex-URSS. En 2011, les éditions L’Harmattan publient un livre de lui intitulé « L’arbre aux mille feuilles », un roman dans lequel il relate la tragédie de la révolution congolaise du temps de la Jeunesse du mouvement national de la révolution. En 2012 paraît aux éditions Paari l’ouvrage « Monsieur l’argent » dans lequel il stigmatise la vie des commerçants ouest-africains en Afrique centrale. Avec le retour à la littérature, Jean Claude Zounga Bongolo entendait connaître sa renaissance, mais hélas !