Congo : luttes de pouvoir qui secouent le PCT, la Grande Loge du Congo et les Télécoms

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A man holds a placard reading "Congo is not the property of N'Guesso" during an opposition demonstration in Brazzaville on September 27, 2015. Thousands of people staged a mass demonstration in Congo's capital Brazzaville to protest plans by veteran ruler Denis Sassou Nguesso to try to extend his rule. AFP PHOTO / LAUDES MARTIAL MBON

Depuis le 18 octobre 2025 à l’est de Brazzaville, des remaniements spectaculaires agitent les cercles influents du pouvoir, du parti au pouvoir aux loges maçonniques et au secteur numérique (NTIC), signe d’une redistribution des cartes sous l’égide de Denis Sassou Nguesso.


Après le 6e congrès de fin 2025, il y a eu remaniement choc au Parti congolais du travail (PCT) où le secrétariat permanent a été serieusement renouvelé : sur 15 membres, seuls Parfait Iloki et Pauline Issongo ont été conservés, tandis que des commissions ont été créées mais peinent à décoller faute de missions claires. Gilbert Ondongo, Jean-Jacques Bouya et Christel Denis Sassou Nguesso, qui visaient le contrôle, ont été évincés par une décision ferme de M. Sassou. Normalement, les membres de ces commissions devront choisir entre fonction gouvernementale et rôle de contrôle, évitant les conflits d’intérêts.

Confusion à la grande loge du Congo (GLC)

À la GLC, la disparition récente de figures tutélaires comme Jean Lounana Kouta, Sébastien Souza Sayeto et Serge Mombouli a créé un vide rituel, favorisant des dérives comme les « conversions de décors » accélérées et une politisation des rites. JDO, Député Grand Maître, serait accusé d’avoir caporalisé l’obédience au profit d’alliances politiques, minant la régularité maçonnique. La disparition desdites figures ressemble à une décapitation mémorielle qui a ouvert un vide où le fil de la transmission (la « chaîne d’union » réelle, pas seulement cérémonielle) s’est distendu. Le diagnostic est double. D’une part, la diaspora des élites maçonniques congolaises (dont Mombouli était un symbole, entre New York et Brazzaville) a irrigué la GLC par des circulations doctrinales, des arbitrages, une exposition aux standards internationaux de régularité. D’autre part, à l’intérieur, l’érosion du magistère des anciens a laissé la place à une modernisation opportuniste : montée en puissance d’un Rite d’York « utilitaire », conversion de décors au gré des alliances et des protections, glissement d’une grammaire initiatique vers une grammaire de carrière. Là où les Rites imposaient une ascèse, une économie du temps, une discipline de l’emblème, on a vu fleurir des parcours accélérés, des équivalences bricolées, des « multi-appartenances » qui ont dilué le sens.
L’unité symbolique de la GLC n’était plus garantie par la compatibilité des rites mais par la pragmatique des réseaux. Pourtant, la maçonnerie est un ordre et non un club d’anciens élèves ni une confrérie de notables : Sans régularité, il reste l’organisation ; sans mémoire, il reste l’appareil. La crise rituelle n’était donc pas un sous-chapitre : elle était le chapitre. Et le Convent 2025 qui annonçait chaotique a vu M. Sassou élever, contre toutes attentes, Alexis Vincent Gomez (AVG), Pro Grand Maître, au grand dam de JDO, Ouosso et leurs affidés.

Nos enquêtes révèlent, que, dans l’architecture d’une obédience, la fonction de Député Grand Maître est un organe de continuité. Or, à la GLC, cette fonction a été progressivement recentrée sur une logique d’efficience politique : intégrer, pacifier, fidéliser avec deux dérives qui ont brisé l’édifice :
1) la « conversion de décors ». La multiplication de cas comme des gens passées d’AP à M en 6 mois !) où ils changeaient de rite comme l’on change d’habit (sans respecter les filières, les temps d’épreuve, les correspondances doctrinales ) on désacralise l’office. Ce n’est pas l’inter-ritualité qui était en cause (elle peut être féconde)
: le décor serait devenu une monnaie, et le rite, un accessoire. Dans le lexique maçonnique, on parle de profanation par confusion des signes.
2) la caporalisation rituelle par le politique. Lorsque l’arbitrage des conflits a surgit, au lieu d’obéir aux Constitutions et aux usages (commissions doctrinales, conférences de Grands Officiers, recours aux obédiences sœurs), c’est la logique de la sécurité qui a prévalu. On le voit dans les bifurcations biographiques : de jeunes frères « nés au Rite d’York » ont propulsés à des charges incompatibles; des équivalences « de circonstance » ont écrasé des années d’apprentissage sous le sceau d’une urgence d’affichage. Dès lors, la position de JDO devenait difficile d’être à la fois le garant des rites et le guichetier des convergences. On a voulu faire de la crise à la GLC une affaire d’hommes (décès éminents, fragilités, rivalités), ou une affaire de politique (équilibres, proximités, clientèles). En réalité, la crise serait rituelle : la régularité au sens maçonnique a été moins surveillée au moment où l’emprise du politique sur l’Ordre s’intensifiait. Ces « poignards tirés » préfigurent-elles un ministère de la Sécurité et de l’Ordre public opposant JDO à Philippe Obara, ex-Sérénissime Grand Maître du GOLAC ? Moralité : si des dignitaires trichent avec leur spiritualité et emmènent leurs divergences au sommet de l’État, alors ils ne peuvent qu’entrainer le Congo dans l’abîme. Ils doivent donc être remplacé par d’autres compétences .
Nous reviendrons mardi avec la Bataille rangée entre les tiers aux télécoms.

Ghys Fortune BEMBA DOMBE