Comment se portent des entreprises à capitaux publics nationaux de premier plan?

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6 entreprises au mini scanner

Alors que 2 banques à capitaux publics et une société de télécoms s’en tirent à bon compte dans un environnement économique morose, les Assurances et Réassurances du Congo(ARC), Énergie Électrique du Congo(E2C) et La Congolaise Des Eaux(Lcde), sont considérées comme des canards boiteux, c’est-à-dire des gouffres à sous pour tout dire. Mini zooming sur ces 3 canards boiteux.

E2C: UNE ÉNERGIE SUBVENTIONNÉE, DE MAUVAISE QUALITÉ ET IRRÉGULIÈRE

Énergie Électrique du Congo(E2C), l’ancêtre de la Société Nationale d’Electricité(SNE) a été créée en 2018. Il s’agit d’une société anonyme de droit Ohada avec plusieurs actionnaires et un capital de 100 millions de Fcfa au départ. Elle s’est muée trois ans après, en 2021, en société anonyme, selon un acte notarié, avec l’Etat comme actionnaire unique pour un capital de 110 millions de fcfa. L’une des raisons profondes était que les actionnaires cités- tous des hauts fonctionnaires- étaient fictifs car n’ayant, selon nos sources, libéré leurs apports en capital social de l’entreprise.

Sur le plan juridique, malgré ce que stipule la loi du secteur, il n’y a aucun contrat de délégation entre la société et l’Etat congolais. Aucun engagement entre le concédant et le concessionnaire tant sur la rémunération du capital ou des infrastructures, que sur les amortissements, le paiement des consommations de l’Etat et la durée de concession. Aussi étonnant que cela puisse paraître, l’illégalité de ce acte persiste et perdure encore aujourd’hui sans que le Parlement qui a voté cette loi ne s’en saisisse.

Il convient de noter que l’offre d’énergie électrique au Congo(plus de 600 Megawats en puissance installée dont 591,5 MW sont raccordés au réseau de transport) n’a pas évolué depuis plusieurs années pendant que la demande augmente ainsi que les charges liées à l’entretien, l’amortissement et au remboursement de la dette. Cette puissance installée n’offre qu’une puissance disponible de 510 MW, à cause de l’arrêt des centrales du Djoué(15 MW) et Djéno(50 MW) ainsi que de l’indisponibilité de certains groupes de la centrale thermique de Brazzaville(CTB).Malheureusement, la puissance garantie n’est que 300MW, due à l’effet conjugué de l’irrégularité des débits des cours d’eau( étiage en saison sèche), de la puissance unitaire des machines de la Centrale Électrique du Congo(150 MW). La pointe de la demande énergétique nationale s’établit aujourd’hui à plus 430 MW, sans compter la demande des nouvelles constructions en cours dans des villes de grande agglomération comme Brazzaville et Pointe-Noire.

Les conséquences sont explosives tant pour les consommateurs ordinaires(domestiques et professionnels) que des industriels. À défaut d’une hausse des tarifs ou ajustement tarifaire, le secteur connaîtra une dégradation de la qualité des services. En effet, élaborée sur la base d’un parc de production hydraulique et d’un réseau moins dense, la grille actuelle ne répond plus au mixte énergétique actuel, dominé par le thermique gaz, et la densification des réseaux de transport et de distribution. L’étude tarifaire et de demande électrique, réalisée par Artelia dans le cadre du PEEDU, recommande un tarif moyen d’équilibre de 94 Fcfa le kWh contre 49 actuellement.

LCDE: LE CANARD BOITEUX QUI MEURT DE SOIF

Il en est de même de La Congolaise Des Eaux(Lcde), créée en 2018 dans les mêmes conditions d’un actionnariat fictif que celui de E2C. La copie authentique des statuts de la Lcde à laquelle nous avons eu accès présente 7 personnes physiques comme actionnaires de Lcde. La société anonyme, au capital de 100 millions de fcfa, a pour objet:  » la gestion, pour le compte de l’Etat, du patrimoine public de l’eau en zone urbaine et périurbaine. », lit-on dans les statuts de la Lcde.

Incapable d’assurer la fourniture d’eau de qualité de manière régulière à ses consommateurs, la Lcde est une société défaillante. Elle n’assure pas de manière satisfaisante la conversation du patrimoine public de l’eau et à cet effet, de prendre en inventaire les biens financés par l’Etat. L’on en vient à se demander pourquoi pourquoi l’offre de reprise présentée par l’anglaise Bi water avait-elle été étouffée en 2003? Est-ce parce que la française Veolia voyait d’un mauvais œil une chasse anglaise sur ses terres? Une chose est sûre: la rébaptisation de la Snde en Lcde a juste changé les couleurs de peinture et le logo, mais pas les services à la clientèle.

LES ARC NE RASSURENT PLUS

Au delà du paiement des sinistres à dose homéopathique qui trahit sa mauvaise santé financière, les ARC, l’opérateur historique en matière d’assurance, ont considérablement rogné leur ratio de solvabilité. La crédibilité d’une compagnie d’assurance se vérifie à travers sa solidité prévisionnelle pour risque en cours. Il n’en est rien pour les Arc. L’État qui devait les ressourcer à hauteur de 2 milliards de fcfa, a lui même d’autres urgences de mobilisation de ressources financières pour supporter ses propres charges incompressibles. Les ARC ne doivent plus leur survie aujourd’hui qu’aux « frontings pétroliers que l’Etat congolais leur fait injustement concéder par des mastodontes pétroliers installés aux larges des côtes congolaises, au mépris même du libre jeu de la concurrence ». N’eût été cet  » interventionnisme » de l’Etat congolais pour faire gérer ces frontings par les ARC qui, faute de solidité financière viable, les replacent en réassurance à l’international moyennant 20% de leurs commissions, « la compagnie d’assurance à capitaux publics aurait déjà rendu l’âme « , reconnaît un acteur du marché du marché d’assurance au Congo.

Faux! Rétorque un ancien directeur national des assurances, organe de régulation du marché au Congo, qui estime que, malgré le nantissement des polices pétrole placées en réassurance et des produits locatifs et leurs immeubles portant sur la réhabilitation de leur siège social à Brazzaville, endommagé pendant pendant la guerre civile de 1997, par Italget development &construction Limited, les Arc, certes privées d’une partie de leur patrimoine, résistent, malgré tout, aux soubresauts d’un marché plus que concurrentiel. Pour les assurés, il n’en est rien, puisque  » notre assureur paie difficilement ou pas du tout les sinistres ». De l’avis des experts interrogés, les ARC, via l’actionnaire unique, doivent ouvrir le capital, au risque de se voir infliger un carton rouge par la Cima ( Conférence inter africaine du marché des assurances.) Il faut un assainissement en profondeur dont le soubassement est la privatisation des Arc », reconnaissait, en 2003, l’argentier congolais Rigobert Roger Andely, à l’occasion de l’ouverture du séminaire sur le contrôle des intermédiaires d’assurance.

A. Ndongo, journaliste économique et financier