Faute de places en prison, de dangereux délinquants sont remis en liberté

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S’il est un secteur où la construction des infrastructures est quasi inexistante, l’univers carcéral tient sans conteste, la palme au Congo. Aussi, faute de places pour leur détention, de nombreux délinquants sont régulièrement remis en liberté par l’appareil judiciaire. Une pratique qui provoque l’ire des services de police, hélas confrontés aux mêmes récidivistes.




Les services judiciaires congolais ont relâché un peu plus de trois cents délinquants, cambrioleurs et autres malfrats depuis le début de l’année, ce pour désengorger les prisons à cause de la pandémie de Covid-19.

Si cette mesure édictée par des raisons dites humanitaires, afin des préserver des vies humaines, obéit aux standards internationaux, il n’en demeure pas moins que nombre de délinquants remis en liberté récidivent, parfois avec une extrême cruauté et se retrouvent à nouveaux dans les filets de la police.




Ainsi, le triptyque arrestation – déferrement – libération, devient pour les policiers chargés de la répression du crime, une réalité qui se vit au quotidien, tant les hommes se retrouvent régulièrement face à des malfrats qu’ils ont parfois eu du mal à appréhender et dont les faits à eux reprochés sont d’une extrême gravité, notamment des actes attentatoires à la vie d’autrui, en ce qui est des « bébés noirs » qui constituent la grande masse des malfrats « remis en liberté, faute de structures adaptées ou de places de détention ».

Depuis quasiment les indépendances, le Congo fonctionne avec des structures carcérales qui n’ont ni suivi l’évolution démographique, ni les conséquences des nouveaux fléaux qui de facto conduisent à de nombreuses arrestations et de surcroît, à des condamnations exponentielles, nécessitant des emprisonnements, presque dans les mêmes proportions.




Tant pour le policier qui se sent presque nargué, que pour le citoyen agressé une fois de plus par un malfrat dont il a suivi l’arrestation à la télévision, mais hélas remis en liberté en toute impunité, la pilule semble difficile à avaler, quelle que soit l’humanisme des raisons invoquées par la Justice, dont le rôle est aussi celui de punir, afin de protéger le reste de la société, de la menace de ces individus dangereux.

Au Congo, aucune étude sérieuse ne permet d’évaluer le nombre de places en prison par tête d’habitants et les moyens mis en œuvre pour harmoniser les ratios dans les prisons existantes où la surpopulation carcérale est la norme.




Conséquence de ce manque de structures carcérales, les lieux de garde-à-vue sont très souvent transformés en lieux de détention, au mépris même des lois et règlements en la matière.

Même au plus fort de l’embellie financière qu’a connue la pays, la construction des prisons a été absente de l’agenda gouvernemental.

Peut-être nombre de responsables devraient-ils lire la pièce « Antoine m’a vendu son destin » de Sony Labou Tansi, pour comprendre que l’amélioration des conditions carcérales est une entreprise qui bénéficie à tout citoyen quel qu’il soit, car selon les aléas de la vie, chacun peut se retrouver en prison, passant de la grâce à la disgrâce.