Délestage: coup de gueule d’un habitant de « shimu Djoué « 

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La moitié de Brazzaville-sud (les quartiers Kibina, Mbouono [Madibou], Kombé, Kimpouomo) sont plongés dans le noir depuis près d’un mois. Ces quartiers constituent assurément la moitié [sinon la plus vaste extension] de Brazzaville-sud ; des zones populeuses en perpétuelle et dynamique expansion. Les ménages, les petits commerces, les petites industries, les chambres froides, les centres de soins de santé en sont gravement obérés.




Il parait que ce grave disfonctionnement est dû à une panne irrémédiable du transformateur haute tension du Central électrique de Mbouono.
Il convient de signaler que le quartier Mbouono-sur-fleuve (Congo) abrite le Central (Terminal électrique) qui reçoit le courant très haute tension du barrage de Inga de RDC. Le commun des mortels à Madibou sait que transformateur primaire adéquatement calibré par le projet de construction du réseau de distribution haute tension de la RDC vers le Congo-Brazzaville a depuis longtemps été délocalisé vers le septentrion.




Les divers transformateurs de substitution pour alimenter cette zone peuplée par des « animaux » sudistes crament régulièrement tous les trois à six mois plongeant ces quartiers dans l’obscurité totale avec pour corollaire : une recrudescence de criminalité, une paralysie des ateliers et petites industries vitaux pour les populations de Brazzaville-sud, une asphyxie insupportable des ménages de nos jours de plus en plus dépendants des chambres froides et de congélateurs familiaux.
Cette dernière panne apparemment irréductible par les seuls ingénieurs de la nouvelle société E2C pour cause d’incompétence date de près d’un mois. Les tentatives de réparations ont été vaines gesticulations infructueuses. Comble de honte apprenons- nous, les ingénieurs de la nouvelle société E2C auraient jeté l’éponge face à l’épreuve. Cette société aurait, toute honte bue, fait recours aux ingénieurs de la SNEL (la Société Nationale d’Electricité de la RDC) de toute évidence plus outillés et plus aguerris. Entre temps, le calvaire des populations continue.
On a jamais vu, on n’a jamais vécu pareille honte1. On dira encore que l’Afrique noire est mal partie, mais enfin, soixante ans après les indépendances, c’est bien le comble du déshonneur.
La société nationale de production et de distribution d’énergie électrique est nantie d’une expérience de plus ou moins quatre-vingt (80) ans dans ce pays. Notre génération l’a rencontrée sous la dénomination de UNELCO. Elle a, tour à tour, mué en SNE (Société Nationale d’Energie), SNE (société Nationale d’Electricité) puis naguère en E2C (Energie Electrique du Congo).




Une telle société devrait avoir amassé une solide expérience en matière de capacités managériales, de compétences de gestion et de maintenance du réseau. Il nous souvient, au demeurant, que cette société a par le passé disposé d’une école de référence pour la formation de ses agents d’exécution, voir des agents de maîtrise de compétence éprouvée et de très haute facture à Mansimou. L’ONPT (Office National des postes et télécommunications) y faisait heureusement former ses agents en charge du service énergie.
Nous sommes en droit de penser qu’une société qui aura capitalisé plus ou moins quatre-vingt ans d’expérience devrait être capable de résorber avec maestria des pannes du réseau de distribution d’électricité comme elle a su le faire par le passé, c’est-à-dire quand la société était adroitement gérée.
Que nous sert-on de nos jours ? Un service exécrable, une facturation des plus chère d’Afrique (avec des forfaits à géométrie variables d’une ville à une autre, une incapacité à réduire les pannes du réseau, une incapacité d’extension de réseau stable au profit des populations, etc.).




Ils ont créé une société de production d’Electricité avec le gaz national engrangé presque gracieusement des forages pétroliers à NDjeno (Pointe-Noire). Les Congolais étaient convaincus qu’il s’agissait d’une fierté nationale. Allez donc vérifier à qui cette société appartient actuellement. Ils se sont empressés de privatiser la SNE s’adjugeant des participations dans le nébuleux capital de la nouvelle société.
Ils ont tribalisé la gestion de l’entreprise et les pesanteurs subséquentes ne se sont pas fait attendre : des populations régulièrement privées d’électricité près d’un mois durant alors qu’une seule journée d’extinction de lumière aurait provoqué une révolution sous d’autres cieux.
1- Nota bene : La honte ce n’est pas de recourir à l’expertise indéniable en la matière de nos voisins (la coopération sud-sud étant fortement encouragée de nos jours), mais c’est de voir la SNE s’affaisser au point de ne point pouvoir résorber une panne un mois durant en dépit de la longue expérience qu’on lui reconnaissait. C’est là la fesse de l’affaire.
Charles Alexandre Ntsangha