Washington met fin aux exemptions permettant l’achat de pétrole iranien

0
413




Les États-Unis durcissent leurs sanctions contre l’Iran. La Maison Blanche vient de confirmer qu’il n’y aura pas de nouvelle dérogation pour les importateurs de pétrole iranien à partir du 2 mai. Les huit pays qui avaient bénéficié d’un délai depuis le mois de novembre seront donc soumis au régime de sanctions américaines.

 Le président Donald Trump entend « porter à zéro les exportations » de brut iranien et « priver le régime de sa principale source de revenus ». La presse américaine en faisait déjà part avant que la Maison Blanche ne le confirme, ce qui explique le bond des prix du pétrole à plus de 74 dollars ce lundi 22 avril. Les États-Unis mettent ainsi fin au régime d’exemption de six mois qu’ils avaient accordé à huit pays très dépendants du pétrole iranien.

Dans l’intervalle, l’Italie, la Grèce et Taïwan ont mis fin à leurs achats auprès de Téhéran. Le Japon et la Corée du Sud les ont réduits au minimum. Mais la Chine, l’Inde et la Turquie sont restées de très gros clients de l’Iran, ils s’exposent désormais aux sanctions américaines. Cette mesure s’annonce particulièrement délicate pour l’Inde, troisième importateur mondial de pétrole, dont environ un dixième des achats vient d’Iran.




Des sanctions « illégales », selon Téhéran

Après s’être retiré il y a près d’un an de l’accord international de 2015, Washington a rétabli en novembre des sanctions économiques contre l’Iran. La Maison Blanche a accompagné sa décision de la menace de mesures punitives contre les pays qui continueraient malgré tout d’échanger avec l’Iran. L’interdiction d’acheter du pétrole iranien était la principale de ces sanctions.

 Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a dénoncé la décision américaine en affirmant que l’ensemble des sanctions décidées par Washington contre l’Iran sont « illégales ». Mais il a reconnu que la nouvelle décision américaine va probablement augmenter les effets négatifs des sanctions sur l’économie iranienne.

Il a ajouté que l’Iran annoncera très bientôt sa réaction sans donner plus de détail, rapportenotre correspondant Siavosh Ghazi. Depuis la sortie des États-Unis de l’accord nucléaire et le retour progressif des sanctions américaines, les exportations pétrolières ont baissé de plus de 50% et sont inférieures à un million de barils par jour.

Selon Jean-Pierre Favennec, professeur à l’IFP School, les clients asiatiques et en particulier l’Inde, vont en tout cas devoir se plier à cette nouvelle décision, malgré leurs liens avec l’Iran.

Je crois que les sociétés indiennes vont devoir d’une façon ou d’une autre, sauf nouvelles exemptions américaines, vont devoir se plier à la volonté américaine.

Pour Philippe Sébille-Lopez, expert du cabinet Géopolia, il s’agit d’une annonce politique plus que d’un objectif réalisable. La Chine, le plus gros client de l’Iran, ne cèdera pas, selon lui, aux nouvelles sanctions américaines.

C’est certainement une démonstration en termes de message politique. Maintenant, il est peu probable que les États-Unis parviennent à leurs fins avec zéro exportation.

Riyad va « stabiliser » le marché

« Les États-Unis, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, trois des plus grands producteurs d’énergie au monde, avec nos amis et alliés, s’engagent à faire en sorte que les marchés mondiaux du pétrole restent suffisamment approvisionnés », a affirmé la Maison Blanche dans son communiqué.

Donald Trump a renchéri sur Twitter en promettant que Riyad et d’autres pays de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole feraient « plus que compenser » la baisse de l’offre.Le gouvernement saoudien s’est aussitôt dit prêt à « stabiliser » le marché, dont les cours se sont inscrits en forte hausse dès que les informations sur la future fin des exemptions américaines ont circulé dans la presse.

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu a salué une décision « d’une importance capitale pour renforcer la pression sur le régime terroriste iranien ». Mais la Turquie, directement concernée par cette décision, a déclaré qu’elle refusait « des sanctions unilatérales et des contraintes sur la manière » dont elle gère ses relations avec ses voisins, selon les mots du ministre des Affaires étrangères.