Turquie: victoire du candidat de l’opposition à Istanbul

0
320




Les électeurs à Istanbul votaient une nouvelle fois ce dimanche 23 juin pour élire leur maire, après l’annulation du premier scrutin déjà remporté en mars dernier par l’opposant Ekrem Imamoglu.

 Binali Yildirim n’a pas attendu la publication des résultats officiels pour concéder sa défaite à l’élection municipale d’Istanbul. « Selon les résultats, mon rival Ekrem Imamoglu mène la course. Je le félicite et je lui souhaite bonne chance. J’espère qu’il servira bien Istanbul », a déclaré le candidat de l’AKP à la presse.

Mon rival Ekrem Imamoglu mène la course. Je le félicite et je lui souhaite bonne chance. Chers amis, comme je l’ai dit après mon vote ce matin élection signifie démocratie et ce scrutin l’a montré encore une fois, la democratie en Turquie fonctionne parfaitement.




S’exprimant peu après lui, son adversaire a estimé que sa victoire marquait « un nouveau début » pour Istanbul. « Cette victoire, c’est une nouvelle page qui s’ouvre à Istanbul. C’est un nouveau départ qui apportera à Istanbul la justice, l’égalité, la tolérance et la débarrassera du gaspillage, de l’arrogance, de l’ostentation, de la polarisation. La Turquie entière a gagné ce soir », a lancé Ekrem Imamoglu.

« M. le Président, je suis prêt à travailler en harmonie avec vous », a également déclaré le vainqueur à l’adresse de Recep Tayyip Erdogan.

Selon les chiffres publiés par l’agence étatique Anadolu portant sur plus de 97 % des bulletins de vote dépouillés, le candidat de l’opposition a obtenu 53,86 % des voix, contre 45,23 % pour Binali Yildirim. Même s’ils se disaient de plus en plus optimistes à mesure que décompte avançait, les partisans du candidat du CHP ont jubilé à l’annonce des résultats, rapporte notre correspondante à Istanbul, Anne Andlauer. Il y a de quoi : alors que M. Imamoglu l’avait emporté avec moins de 14 000 voix d’avance lors du scrutin invalidé du 31 mars dernier, il a récolté cette fois-ci plus de 750 000 voix que son adversaire.

Ce scrutin avait été annulé sous la pression de l’AKP du président Recep Tayyip Erdogan, prétextant des « irrégularités massives ». Des accusations rejetées par l’opposition qui avait dénoncé un « putsch contre les urnes » et voyait le nouveau scrutin comme une « bataille pour la démocratie ».

Gifle pour le camp Erdogan, victoire historique pour l’opposition

Pour Recep Tayyip Erdogan, cette défaite constitue un cinglant revers. Elle met fin à 25 ans de contrôle du camp islamo-conservateur à la mairie d’Istanbul, plus grande ville et capitale économique de la Turquie. Elle écorne également l’image d’invincibilité du chef de l’État qui a sans doute fait la plus lourde erreur tactique de sa carrière en faisant annuler l’élection du 31 mars.

Colère et amertume dominent dans un camp qui n’a pas l’habitude de perdre, rapporte notre envoyée spéciale à Istanbul, Anissa El Jabri. « Je suis tellement malheureuse, vous voyez je tremble de tout mon corps, déplorait une militante devant le QG du candidat défait. Pour moi, c’est quand même difficile d’imaginer que cet homme que personne ne connaît, un ballon de baudruche, ait gagné cette élection contre un homme formidable avec une immense expérience. »

« Je suis de Gaziantep, à plus de 1 000 km d’ici. On a amené des gens qui devaient voter à Istanbul avec quatre bus, on a fait tout ce qu’on a pu pour gagner, mais voilà les électeurs ont tout cassé », se lamente un autre déçu.

La foule a célébré la victoire d’Ekrem Imamoglu dans les rues d’Istanbul, comme ici à Kadikoy, dimanche 23 juin 2019.BULENT KILIC / AFP

Du côté de l’opposition en revanche, cette victoire est à marquer d’une pierre blanche, rapporte notre correspondante à Istanbul, Anne Andlauer. « Jusqu’ici, chaque élection amenait une nouvelle défaite et une nouvelle déception. Aujourd’hui, je suis très heureuse. J’ai prié toute la journée et maintenant je vais faire la fête », se réjouit Asma, drapeau rouge à l’effigie du nouveau maire à la main.




Ozan Isik, un membre de la campagne d’Ekrem Imamoglu, estime quant à lui que l’opposition doit saisir cette victoire pour engager la reconquête électorale du pays : « Les électeurs viennent de donner une bonne leçon au parti au pouvoir. Pour nous, c’est la fin de l’hégémonie qu’il imposait à ce pays depuis 17 ans. Pendant les cinq prochaines années, avec les politiques que nous allons mener à Istanbul, nous allons montrer à tout le monde ce qui se passe quand l’opposition récupère une mairie à l’AKP. Mais le perdant, ce soir, c’est le chef de l’AKP. C’est Erdogan. »

Dans les rues d’Istanbul, les partisans d’Ekrem Imamoglu ont célébré leur victoire pendant toute la nuit, reprenant en chœur le slogan de campagne du nouveau maire : « Tout ira très bien ».

Source: AFP