RDC: Lubumbashi attend le retour de Moïse Katumbi après trois ans d’exil

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Lubumbashi se prépare pour le retour annoncé de Moïse Katumbi prévu ce lundi 20 mai. Cela faisait trois ans que l’ancien gouverneur du Katanga vivait en exil, poursuivi dans différents dossiers judiciaires qui, depuis l’investiture de Félix Tshisekedi à la présidence, ont tous été clos.

Un camion ambulant avec à l’arrière des dizaines de jeunes entassés qui chantent le retour annoncé de Moïse Katumbi. Objectif : mobiliser un maximum de monde pour son accueil.

« La ville est suspendue au retour du président Moïse, explique Abel Augustin Amundala de l’équipe de mobilisation. Le peuple a été opprimé pendant des années, mais demain c’est un jour d’espoir, c’est un nouveau départ, c’est un jour historique. » Moïse Katumbi est attendu ce lundi vers 10h à l’aéroport de la capitale du Haut-Katanga.

Un peu plus loin, Désiré Kafakula, de la coalition Lamuka, donne les consignes. Arriver dès 7h ce lundi à l’aéroport et venir habillé tout en blanc. « Tout le monde en blanc, c’est simplement pour démontrer que nous voulons la paix et non la guerre. Katumbi Chapwe est un homme de paix, il a même pardonné ceux qui l’ont offensé », rappelle-t-il.

Il nous a beaucoup manqué, c’est notre grand sponsor.



Annie, 54 ans, chante son engouement, sourire aux lèvres. Elle promet d’être à l’aéroport ce lundi. Chez elle tout est déjà prêt. « J’y serai très tôt le matin, assure-t-elle. J’ai préparé un chemisier blanc et ma famille aussi et on a mis de côté de l’argent pour le transport. Nous sommes tellement contents. »

En chemin, le cortège traverse le principal marché de la ville. C’est l’effervescence. Certains ont fabriqué pour l’occasion des macarons où s’étale le visage de Moïse Katumbi. D’autres ont rassemblé tout ce qu’ils ont pu trouver comme tee-shirts blancs usagés à revendre. « Je me suis mis à vendre ces tee-shirts pour l’arrivée de Moïse, car c’est ce qu’il a demandé, témoigne un homme. Savoir qu’il revient ça nous fait du bien. Tout le monde l’attend. Je vends ça pour me faire de l’argent, mais aussi pour montrer que je le soutiens. »

500 francs congolais le tee-shirt (27 centimes d’euros), nous dit ce vendeur. Mais il est prêt à négocier, pourvu qu’un maximum d’habitants de Lubumbashi répondent présents pour accueillir celui que certains appellent leur « libérateur ».

Tiraillements autour de l’organisation

C’est en fin d’après-midi dimanche que Moïse Katumbi dit avoir reçu l’autorisation d’atterrir à Lubumbashi. Dans un appel lancé mercredi, il a invité la population à venir l’accueillir habillée « en blanc » ou munie d’un « mouchoir blanc », « en signe de paix ». Il rentre pour « l’avenir de tous les Congolais » et pour travailler à « l’unité nationale » a-t-il expliqué.

Le jour même, le maire de Lubumbashi prenait acte de l’itinéraire que doit emprunter son cortège, mais ce dernier a évolué depuis. Initialement, Gabriel Kyungu, qui coordonne dans cette ville la plate-forme Ensemble de Moïse Katumbi et a déposé la demande, avait prévu un meeting au siège de son parti, l’Unafec. Mais cette idée a fait grincer des dents au sein de Lamuka, Gabriel Kyungu s’étant clairement désolidarisé de cette coalition et de son ex-candidat Martin Fayulu pour apporter son soutien au président Tshisekedi.

Des tiraillements qui ont quelque peu rejailli sur l’organisation. Finalement, il était plutôt question dimanche d’une adresse à la population, place de la Poste, plus que d’un meeting. Quant au lieu où doit se disperser le cortège, il restait incertain.

Des dizaines de parlementaires Lamuka ont en tout cas fait le déplacement. Martin Fayulu, lui, sera représenté par le secrétaire général de son parti Davos Kitoko. Jean-Pierre Bemba, toujours en Europe, a dépêché, lui, le secrétaire général adjoint de son parti Fidèle Babala et plusieurs secrétaires fédéraux. Ève Bazaiba, en déplacement à l’étranger, ne sera pas là, mais estime que ce retour constitue « une journée historique ».

► Moïse Katumbi sur RFI : « Le 20 mai, je vais rentrer par avion à Lubumbashi »






■ Quelle stratégie pour Lamuka ?

Moïse Katumbi est encore pour quelques semaines le coordonnateur de la principale plate-forme de l’opposition Lamuka.

Fin avril, à Bruxelles, les six leaders de Lamuka ont décidé de transformer cette plate-forme électorale en une véritable coalition politique. À l’époque déjà, il était question pour ceux qui, jusqu’ici, restaient à l’extérieur du pays, Moïse Katumbi, Jean-Pierre Bemba et Mbusa Nyamwisi, de rentrer.

Il était aussi question de mobiliser tous ensemble les foules, notamment contre une réforme de la Constitution qui serait, selon Lamuka, en préparation pour permettre à Joseph Kabila de revenir au pouvoir. « Si on se déplace tous ensemble, imaginez la mobilisation », explique l’un des leaders de Lamuka.

Mais au lendemain de cette réunion, chacun y va de ses déclarations. Le candidat de Lamuka, Martin Fayulu, qui se dit toujours président élu, demande la démission de Félix Tshisekedi et tient un meeting à Kisangani. Moïse Katumbi annonce son retour et évoque « les choses positives » faites par le nouveau chef d’État.

Dans la foulée, les retours de l’ancien vice-président Jean-Pierre Bemba et de l’ex-ministre Mbusa Nyamwisi sont aussi annoncés, sans date. Tous les six continuent de se dire fidèles à la plate-forme Lamuka et à la stratégie établie à Bruxelles. « Celui qui ira seul perdra tout », résume un des leaders de Lamuka. Un autre rappelle que Lamuka était une coalition de circonstances et que ses membres doivent encore apprendre à travailler ensemble pour imposer « le vrai changement ».