Prix Nobel de la paix: le Congolais Denis Mukwege, l’homme qui répare les femmes

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Le prix Nobel de la paix 2018 a été décerné, ce vendredi, à deux lauréats : le gynécologue congolais Denis Mukwege et l’activiste yézidie Nadia Mourad. Ils sont récompensés pour leur combat contre les viols de guerre. Une cause que sert Denis Mukwege depuis de nombreuses années.

Ce prix Nobel de la paix tant attendu vient consacrer une vingtaine d’années passées à soigner, opérer, réparer inlassablement des femmes violées et mutilées dans la province du Sud-Kivu en RDC. Le docteur Denis Mukwege, « l’homme qui répare les femmes », comme on l’appelle, est né il y a 63 ans dans cette province de l’est du pays à Bukavu tout près de la frontière avec le Rwanda. Il fait ses études de médecine au Burundi puis en France et en Belgique.

Une fois son diplôme de gynécologue en poche, il décide de revenir travailler dans son pays. Mais la guerre est déjà là. Il y a 22 ans, le 6 octobre 1996, il est alors directeur de l’hôpital de Lemera une petite localité du Sud-Kivu. Un jour, son établissement est attaqué et brutalement détruit. Plusieurs malades et infirmiers sont assassinés, des civils sont massacrés. Denis Mukwege parvient à s’échapper et à fuir, extrêmement choqué, au Kenya. Il n’y a jamais eu de massacres de ce type au Congo. C’est en fait le premier grand crime de la première guerre au Congo, lorsque la rébellion de Kabila père entre dans l’ancien Zaïre depuis le Rwanda pour renverser Mobutu. Il revient au pays trois ans plus tard avec au départ le projet de créer une maternité.

Plus de 40 000 femmes soignées

On peut dire que le combat du Dr Mukwege démarre un jour de 1999. Ce jour-là, une Congolaise débarque dans son cabinet le regard éteint. Son sexe est une blessure béante, elle a été violée sauvagement par dix hommes. Puis c’est une autre femme qui arrive et encore des dizaines les jours suivants. Chaque fois le corps déchiqueté. Viols méthodiques, tirs au niveau de l’appareil génital, introduction d’objets et d’armes, femmes de villages entiers violées en une nuit.

Les viols de masse se répandent à tout l’est de la République démocratique du Congo. Il s’agit vraiment du viol comme arme de guerre dans cette région en conflit depuis 20 ans avec une multitude de groupes armés. Toutes les femmes le disent, il ne s’agit plus d’un viol pour assouvir un plaisir, mais d’une volonté de détruire, d’humilier la femme, sa famille, sa communauté. Un phénomène qui touche de jeunes enfants qui ont parfois tout juste quatre ou cinq ans.




le Dr Mukwege découvre une pathologie nouvelle qui va profondément marquer le restant de sa carrière : la destruction volontaire des organes génitaux des femmes. Il décide d’en faire son combat et fonde son hôpital dans le Sud-Kivu, l’hôpital de Panzi. Et il est le premier à alerter le monde sur la barbarie sexuelle dont les femmes sont victimes dans l’est. Pourtant son message a du mal à passer en RDC. Le pays commence à peine à lutter contre l’impunité dans les affaires de violences sexuelles. Sa vie a d’ailleurs plusieurs fois été menacée.Les Congolaises, elles, osent encore trop peu porter plainte.

Aujourd’hui, l’hôpital de Panzi, c’est un établissement de référence, l’un des rares dans la région des Grands Lacs, spécialisé dans la réparation vaginale. Depuis 1999, il a soigné plus de 40 000 femmes mutilées. Un travail à la mesure de l’horreur à laquelle il est confronté au quotidien. En effet, on estime qu’un demi-million de femmes ont été violées en République démocratique du Congo ces quinze dernières années. Selon le gouvernement, 40 viols par jour ont lieu dans l’est du pays. Un chiffre sous-estimé pour beaucoup.