Portugal: l’ancien Premier ministre dans la tourmente

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A Lisbonne, l’ancien Premier ministre José Socrates vient d’être inculpé de 31 crimes de corruption, et avec lui 28 autres personnes ou groupes. Une histoire qui ne manque pas de rebondissements.

Ce dernier rebondissement marque un tournant dans l’affaire dite « Operation marquês » (Opération marquis). Cette affaire a débuté par l’arrestation de l’ancien Premier ministre le 21 novembre 2014, à sa sortie de l’avion qui l’amenait de Paris où il vivait après avoir démissionné du gouvernement en 2011. A la surprise générale, alors qu’aucune accusation n’est formulée, Socrates est envoyé en prison où il restera durant 9 mois. Par la suite, il sera assigné à résidence. Depuis il n’a cessé de tenter de faire avancer les choses notamment pour avoir accès à toutes les pièces du dossier.

Parmi les 29 autres accusés dans cette affaire figurent son ex-femme, son ancien chauffeur, un cousin, un avocat, un ancien ministre ainsi que plusieurs hommes d’affaires, dont les patrons du groupe Lena, une entreprise de construction. Plusieurs ex-banquiers dont Ricardo Salgado, l’ancien propriétaire et dirigeant de la Banque Espirito Santo font également partie des interpelés.

Soupçons pour blanchiment d’argent

Le ministère public accuse l’ancien Premier ministre d’avoir bénéficié de largesses en contrepartie d’attribution de chantiers ou de facilitations dans des opérations financières. Socrates a bel et bien constitué un compte en Suisse de 24 millions d’euros, dont ses amis se sont servis pour lui permettre de vivre dans une opulence certaine à la fin de son mandat. Des sommes ont voyagé en petite coupure jusqu’à son domicile parisien. D’autres sommes ont été rapatriées au Portugal grâce à un « pardon fiscal » octroyé par le gouvernement suivant en 2013 et 2014.

Bien que le compte ne soit pas au nom de José Socrates, le procureur général est formel : il en est le propriétaire. Le dossier « Operation marquês » pèse 4 000 pages. Les ramifications et l’enchevêtrement des histoires sont si complexes entre corrupteurs et corrompus par ailleurs interchangeables qu’il faudra des années de procédures pour faire la lumière, estiment les spécialistes.

Un processus remis en question

Pour beaucoup, il est temps que les chefs d’accusation soient prononcés. L’affaire, en l’absence d’un procès, donnait l’impression que les choses n’étaient pas faites dans l’ordre et qu’il s’agissait avant tout d’une question politique. La justice, de son côté, affirme avoir les preuves que Socrates avait l’intention de s’enfuir au Brésil.

Ce dernier ne laisse pas indifférent. Il a bénéficié d’autant de soutiens que d’adversaires. Les faits qui lui sont reprochés à lui et à ses amis portent sur la période de 2006 à 2015. Socrates est arrivé au pouvoir en mars 2005, en donnant pour la 1re fois la majorité à son parti : le Parti socialiste.

Elégant, jeune, moderne, il plait. En 2011, face à la grave crise économique que traverse le pays et qu’il n’a pas su ou pu éviter, il jette l’éponge. Beaucoup aujourd’hui lui reprochent de s’être enrichi malhonnêtement alors que le pays s’enfonçait. Ce sera à la justice de trancher.




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