Parc Messok Dja : l’Union européenne suspend son financement au WWF-Congo




Il est reproché au Fonds mondial pour la nature (WWF) de graves violations des droits humains dans l’exécution d’un projet de création de l’aire protégée de Messok Dja, au nord de la République du Congo. Des autochtones « Baka » s’opposant au projet ont été « battus, torturés, abusés sexuellement, arrêtés à tort et tués » par les écogardes soutenus par WWF-Congo.





Les Baka vivent dans l’immense forêt de Messok Dja, d’une superficie de 1 500 km², depuis des temps immémoriaux. L’accès aux ressources de la forêt est indispensable pour ce peuple marginalisé de chasseurs-cueilleurs, afin de se nourrir, se soigner et pratiquer les rites sacrés. Malgré leur opposition au projet de WWF-Congo, ceux-ci ont été persécutés des années durant.Pour les experts, ces violences ont déjà commencé à détruire les communautés Baka et leur mode de vie. Au stade actuel, il est impossible d’obtenir leur consentement préalable aussi bien pour la poursuite du projet que pour son financement, sans violer les engagements de l’Union européenne (UE) et les règles des Nations unies en matière de droits humains. La décision des partenaires européens de suspendre leur appui financier au projet du parc naturel a alors été bien accueillie chez les défenseurs des peuples autochtones.

« Nous sommes ravis que l’UE ait enfin reconnu les failles désastreuses de ce terrible projet. Elle doit maintenant l’abandonner complètement. Il est le fruit de la pire forme de conservation coloniale de la nature  qui a consisté à voler les terres des Baka et à les en expulser, puis à faire de leur vie une misère. Les forêts du bassin du Congo ne seront protégées qu’en travaillant avec les Baka et en les écoutant vraiment, plutôt que de se comporter comme une puissance coloniale du XIXème siècle », a estimé Fiore Longo, responsable de la campagne ‘‘Décoloniser la protection de la nature’’.




Même si les autorités congolaises ne se sont pas prononcées publiquement sur cette affaire, les défenseurs des droits de l’homme ont promis d’intensifier la pression, à travers les campagnes publiques contre le projet de Messok Dja. Ils espèrent également que la décision de l’UE constituera un précédent pour les innombrables programmes similaires imposés aux communautés locales par des organisations de protection de la nature.

En effet, l’espace Messok Dja abrite de vastes étendues de forêts quasi intactes, constituant un des derniers sanctuaires pour les éléphants de forêts et les grands singes du Bassin du Congo. La sanction de l’UE est entrée en vigueur depuis le 17 avril sans aucun communiqué de presse. L’UE va passer en revue tous les contrats finançant des aires protégées dans la sous-région, soit les trois cents millions d’euros pour la période 2014-2020.