Opinion – Afrique : pourquoi se faire une autre idée de la Chine ?

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La chine occupe incontestablement, une place de choix dans les médias en Afrique, et ce, à juste titre, les raisons sont tant diverses que controversées.

De pays pauvre d’Asie de l’Est à deuxième puissance économique mondiale, ce pays de plus d’1 milliard d’habitants détient un immense pouvoir diplomatique, grâce notamment à son modèle économique de développement basé sur la transformation massive. Une politique qui a fait sortir de la pauvreté des millions de citoyens chinois.

Et malgré cette réussite économique, la couverture médiatique de la Chine dans les médias africains dépeint une image assez négative de l’empire du milieu. Pour beaucoup, la Chine est ce personnage maléfique présenté aux enfants pour leur faire peur, pire un adversaire sans vergogne prêt à tout pour atteindre ses objectifs.

Dans un paysage géopolitique mondial en très nette évolution, Beijing n’a pas la place qui lui revient de droit. En revanche, c’est plutôt, l’image d’un pays qui joue les fauteurs de trouble prêt à tout pour s’imposer dans les spèhres d’influences qui est largement diffusé et labellisé.

“Piège à dette”

La présence de la Chine en Afrique a maintes fois fait l’objet d’examens minutieux et surtout ses programmes d’aide scrutés à loupe. Les investisseurs chinois à tord ou à raison ont plusieurs fois été qualifiés de prédateurs sur le continent dans les médias occidentaux, jouant des “pièges à dette” pour obtenir des marchés.




L’initiative “Route de la soie”, cet ensemble de liaisons maritimes et de voies ferroviaires entre la Chine et le reste du monde a étendu ses perspectives en Afrique. Cette initiative a permis à Pékin de construire des centrales électriques, des milliers de kilomètres de routes, des voies ferrées et des ports. Par conséquent, les commentaires dans les médias s’attardent très souvent sur les aspects négatifs, décrivant souvent ces projets comme trop grands, trop coûteux et parfois trop inutiles. Et pourtant, ce même langage ne s’applique pas aux projets financés par des investisseurs basés à Washington, Bruxelles, Londres ou encore Paris.

Mais ce discours anti-Chine publié à tout vent dans les médias laisse transparaître un sentiment de malhonnêteté et d’hypocrisie pure et simple. Et sans suprise, les relations sino-africaines en pâtissent.

“Désinformation”

En Afrique, les médias devraient développer des politiques efficaces dans le traitement de l’information relative à la Chine. Ce manque d’informations crédibles fait des médias africains des relais de désinformation et de déformation des faits.

Les maisons de presse africaines devraient élaborer des politiques ou encore des stratégies qui cherchent à rendre compte de l’histoire de la Chine-Afrique de manière correcte. On devrait assister à des reportages qui présentent les opinions africaines et non des reportages qui se focalisent sur ses extraits sonores de 5 secondes ou qui omettent tout simplement de dire la vérité.

Elles devraient présenter les Chinois comme des partenaires et des parties prenantes au développement de l’Afrique. Ce devrait être des sujets qui établissent la confiance, et non des reportages qui attisent la haine et les sentiments xénophobes.




Ce devrait être un journalisme audacieux et courageux. Un journalisme qui dénonce les excès tels que la corruption. Lorsque des ressortissants ou des entreprises chinoises sont pris en flagrant délit d’abus environnementaux, les médias africains devraient s’efforcer de dire la vérité sans glisser dans des préjugés anti-chinois.

Relations sino-africaines

En outre, les relations entre la Chine et l’Afrique sont complexes voire à multiples facettes et multidimensionnelles. Les reportages des médias africains devraient apporter les nuances nécessaires pour donner, en particulier aux publics éloignés du continent, une bonne idée de la situation sur le terrain dans de nombreux pays africains.

D’une manière générale, l’Afrique doit choisir la manière dont elle veut traiter l’information relative à la Chine. Que ce soit en tant que pays ennemi ou en tant que partenaire. Les médias doivent aider leurs interlocuteurs à choisir ou encore à se faire leur propre idée des personnes qui viennent leur construire des ponts, des routes ou les aide à produire plus de riz. Doivent-ils être traités comme des amis ou des ennemis ?

Les médias devraient aider les Africains à décider de leur ligne de conduite envers ces personnes dont les téléphones et la technologie vous maintiennent en contact et contribuent à alimenter une révolution numérique abordable et inclusive.

Sans une forte réponse des médias africains pour façonner le débat sur les relations sino-africaines, le combat sera perdu. Surtout, qu’en face, on a des personnes qui écrivent depuis Washington et Londres qui prennent simplement l’avion pour quelques jours et repartent ensuite écrire une histoire.

La Chine n’est pas parfaite

La Chine n’est pas parfaite. Mais il est très dangereux de la voir sous l’angle de quelqu’un d’autre, comme un adversaire. Nous devons avoir un point de vue africain différent sur la Chine. Un point de vue dicté par nos réalités et nos relations complexes.




L’histoire de l’Afrique et la façon dont le continent traite avec la Chine sera mieux écrite par des personnes qui vivent sur le continent et qui ont étudié attentivement les défis économiques, les besoins en infrastructures et les difficultés budgétaires du continent, loin des rapports publiés par le FMI et la Banque mondiale.

Mais cela exige une formation accrue, une coopération entre les journalistes africains et chinois. Il existe déjà des centaines de stations de radio, de télévision et de journaux qui ont signé des accords de coopération avec des diffuseurs et des éditeurs en Chine.

Les ressortissants, les entités et les diplomates chinois travaillant en Afrique devraient eux aussi être encouragés à être plus ouverts et plus réceptifs à la presse.