Nobel: « Paix et éradication de la faim sont indissociables », selon le PAM

0
179




« Paix et éradication de la faim sont indissociables », a réagi vendredi sur Twitter le Programme alimentaire mondial (PAM) récompensé par le prix Nobel de la paix 2020.

« L’une des beautés des activités du PAM est que non seulement nous fournissons de la nourriture pour aujourd’hui et demain, mais nous donnons aussi aux gens les connaissances nécessaires et des moyens pour subvenir à leurs besoins dans les jours qui suivent », a déclaré aux médias un porte-parole de l’agence onusienne, Tomson Phiri, lors d’un point de presse régulier à Genève, juste après avoir découvert en direct que son organisation avait été récompensée.




Recevoir le Nobel de la paix est un « moment de fierté », a-t-il réagi. « Profonds remerciements aux @PrixNobel qui ont décerné au Programme alimentaire mondial le #PrixNobeldelapaix 2020. C’est un puissant rappel au monde que paix et éradication de la faim sont indissociables », a renchéri l’agence onusienne sur twitter.

« Ce prix Nobel de la paix est une reconnaissance des efforts déployés » par l’organisation « dans le monde entier », a souligné le porte-parole à Genève, en soulignant que, malgré la pandémie de coronavirus qui avait cloué au sol la plupart des avions du monde, le PAM avait réussi à continuer son travail.

« La question de la malnutrition aiguë sévère n’est pas seulement une question de manque de nourriture. Et dans les pays en conflit, (…) vous avez aussi besoin de paix, de stabilité. Tout le reste devient moins intimidant quand vous avez la paix », a-t-il relevé, en citant le Soudan du Sud, la Syrie, le Yémen et l’Afghanistan.

« Nous sommes présents dans des zones de conflit, nous sommes présent dans des zones qui ne sont pas en conflit, nous sommes aussi dans des pays en développement, nous aidons beaucoup de gouvernements à développer des politiques nationales, nous travaillons dans de nombreux secteurs pour aider les pays qui peuvent être dans le besoin », a-t-il détaillé.




Le porte-parole a également expliqué que le PAM était financé à 100% par des contributions volontaires, en soulignant qu’en 2020, les donateurs ont donné environ 8 milliards de dollars, un montant record.

Mais, a pointé M. Phiri, « ce budget a été établi avant que la pandémie ne frappe et nous continuons à demander aux donateurs de nous aider à continuer ».

Cinq choses à savoir sur le PAM, bras alimentaire des Nations unies

Le Programme alimentaire mondial (PAM), Nobel de la paix 2020, est une puissante organisation qui opère depuis près de six décennies dans les zones en proie aux calamités naturelles où aux conflits armés pour porter une aide d’urgence aux populations sans ressources.

Voici cinq choses à savoir sur cette agence des Nations unies dont le siège est à Rome.

Genèse

Le PAM a été créé en 1962 à la demande du président américain Dwight Eisenhower, officiellement pour doter la jeune ONU d’un bras alimentaire. En réalité « le PAM est né de la volonté du gouvernement américain de soutenir son agriculture nationale en rachetant les surplus agricoles aux Etats-Unis et en les distribuant dans les pays en voie de développement », explique un fonctionnaire du PAM sous le couvert de l’anonymat.

Le PAM n’a que quelques mois d’existence lorsqu’un séisme frappe le nord de l’Iran, faisant 12.00 morts. En 1963, le premier projet du PAM consacré à l’alimentation à l’école voit le jour et en 1965 l’agence est pleinement intégrée aux Nations unies.




Terres brûlées

Pas moins d’1,1 million de femmes et enfants de moins de cinq ans reçoivent un appui nutritionnel de la part du PAM chaque mois, comme en Syrie. Le PAM œuvre également en République démocratique du Congo, au Nigeria dans les Etats frappés par Boko Haram, au Burkina Faso, au Mali, au Niger et au Sud-Soudan.

« L’intervention d’urgence au Yémen est notre plus grande opération au monde », écrit le PAM sur son site. Près de 10 millions de Yéménites « sont en situation d’insécurité alimentaire aiguë », assure le PAM.

Le PAM affrète l’équivalent de 5.600 camions, 30 navires et près de 100 avions chaque jour, souvent via des ONG et des transporteurs privés. Localement, dans des pays inaccessibles, l’organisation utilise aussi des ânes.

Des sacs de blé aux valises de billets

Le PAM a connu en plus de 60 ans une large « sophistication » de ses moyens d’action. Alors que ses missions originelles consistaient, pour l’essentiel, à porter des denrées d’un point A à un point B, le PAM fonctionne avant tout aujourd’hui en fonction de programmes alimentaires, éducatifs, nutritionnels, répartit les fonds récoltés pour un usage optimal, distribue des bons d’achat ou des sommes en espèces.

Son rôle dans l’éducation des populations ciblées à la bonne alimentation est aussi essentiel. « Avant on donnait des calories, maintenant l’accent est mis sur les besoins particuliers, les femmes enceintes ou allaitantes par exemple.

Cela passe par ds l’éducation locale. Les enfants mal nourris, c’est à la fois le manque d’accès à la nourriture mais c’est aussi la prévention, avec le lavage de mains, etc… », explique le fonctionnaire.

Missions

Le PAM se concentre sur l’aide d’urgence, ainsi que sur la reconstruction et l’aide au développement. Deux-tiers de son travail s’effectue dans des zones de conflit. « Les situations sont toujours plus compliquées. Il y a souvent une confusion des rôles entre militaire et humanitaire, par exemple au Sahel où les ONG sont obligées d’opérer avec des escortes militaires », explique le fonctionnaire onusien.

Le PAM oeuvre étroitement avec deux autres agences onusiennes également basées à Rome: La FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), et le Fonds international de développement agricole (FIDA).

Le PAM, qui emploie 17.000 personnes, est entièrement financé par des dons, la plupart venant des Etats. Il a levé 8 milliards de dollars en 2019.

Sans le PAM « les bailleurs de fonds passeraient à travers une myriade d’ONG, ce qui rendrait la coordination extrêmement difficile », note le fonctionnaire de l’agence.




Faim pandémique

Plus de 821 millions de personnes dans le monde souffrent de faim chronique, alors que 135 millions d’autres connaissent la famine ou des carences critiques en alimentation, auxquelles pourraient s’ajouter 130 millions de personnes supplémentaires à cause de la pandémie.

Le nombre de personnes en insécurité alimentaire aiguë dans le monde a bondi de près de 70% ces quatre dernières années, et la crise économique résultant de la crise sanitaire pourrait entraîner une « pandémie de faim », s’alarme le PAM, en particulier en Amérique du Sud, en Afrique australe, centrale et de l’ouest.

« Nous avons un besoin urgent du soutien additionnel des donateurs, qui bien sûr sont déjà fortement sous tension en raison de l’impact de la pandémie dans leurs propres pays », explique le porte-parole du PAM à Genève, Thomas Phiri.