Naufrage d’un bateau de migrants au large de la Tunisie, plus de 45 morts

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Au moins 48 corps de migrants ont été repêchés et 68 personnes ont été secourues au large du sud de la Tunisie, a indiqué dimanche le ministère de la Défense tunisien dans un bilan encore provisoire. Dans la nuit de samedi à dimanche, une embarcation de migrants a été repérée alors qu’elle était « sur le point de couler », au large des côtes du gouvernorat de Sfax, avait indiqué plus tôt le ministère de l’Intérieur.

Les opérations de sauvetage ont duré tout ce dimanche. C’est ce qu’a indiqué à RFI le commandant de la base navale principale de Sfax, le capitaine Mohamed Salah Sagaama, joint par téléphone. Les rescapés ont expliqué aux secours que 170 à 180 personnes se trouvaient à bord de l’embarcation, un bateau de pêche parti des îles Kerkennah. Il pourrait donc y avoir encore une soixante de personnes portées disparues.

La marine nationale et la garde maritime s’activent donc pour les retrouver. « Mais plus le temps passe, plus l’espoir s’amenuise », reconnaît Mohamed Salah Sagaama.

Les autorités tunisiennes ont reçu l’appel de détresse samedi 2 juin, peu avant 23 heures, heure locale. Le bateau se trouvait à 5 milles nautiques, soit environ 8 km des îles Kerkennah. Mais lorsque les secours sont arrivés de Sfax, la grande ville la plus proche, plusieurs personnes étaient déjà mortes.

La plupart des corps repêchés, a précisé le capitaine Sagaama, sont ceux de jeunes Tunisiens. Quant aux 68 personnes secourues, 60 sont de nationalité tunisienne. Les autres viennent du Maroc, de Libye, de Côte d’Ivoire, du Mali et du Cameroun.




Les recherches dans la zone du naufrage doivent reprendre ce lundi matin. Le bilan final risque d’atteindre la centaine de morts.

Comment en est-on arrivé là ?

C’est un phénomène stupéfiant. En un an, le nombre de départs irréguliers de la Tunisie vers l’Italie a été multiplié par dix. Ce sont les chiffres donnés par le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux, le FTDES. C’est ainsi qu’au premier trimestre de cette année près de 3 000 départs ont été comptabilisés.

Des chiffres obtenus en ajoutant le nombre de migrants interceptés par les autorités tunisiennes, et ceux arrêtés en Italie. Et qui sont bien sûr en deçà de la réalité, car ils ne prennent pas en compte les tentatives qui ont réussi.

Les bateaux clandestins partent surtout depuis la région de Sfax et des îles Kerkennah. Ces dernières se trouvent à seulement 160 kilomètres de Lampedusa.

Pour Valentin Bonnefoy, chargé de mission migrations au FTDES, ces départs massifs ne sont « pas surprenants ». En cause : la situation économique du pays. Les jeunes, surtout dans les régions défavorisées, sont touchés de plein fouet par le chômage. Et le manque de perspective en Tunisie les pousse à chercher un avenir meilleur en Europe.




Les drames comme celui de ce week-end risquent de se multiplier face au nombre toujours plus important de candidats au départ.  « Les réseaux de passeurs en profitent pour faire les trajets les plus rentables possible, explique Valentin Bonnefoy, c’est extrêmement inquiétant. »