Les réserves de change de la CEMAC pourraient se réduire à 4 milliards $ d’ici fin 2020




Moody’s estime que les réserves de change de la CEMAC de 8,8 milliards $ au 10 mai 2020 selon la Banque centrale pourraient baisser à 4 milliards $ d’ici la fin de l’année. Des risques de choc extérieur existent, mais sont contenus. Le Cameroun leader de la sous-région est sous observation.

Les réserves de change de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (CEMAC) pourraient baisser à 4 milliards $ à la fin de cette année 2020, apprend-on de l’extrait d’une analyse de Moody’s évoquant ses perspectives sur le Cameroun, le leader économique de cette sous-région de l’Afrique subsaharienne.




Selon des données fournies par la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC), les réserves de change de la CEMAC étaient de 8,8 milliards $ au 10 mai 2020. L’agence de notation américaine estime qu’une combinaison de facteurs comprenant la baisse des prix du pétrole (70% des exportations de la sous-région) et celle des autres matières premières vendues notamment par le Cameroun (bois, cacao, café aluminium, caoutchouc), entrainera une baisse des revenus extérieurs.

Dans l’hypothèse que cette prédiction se confirme, les pays de la CEMAC qui partagent des réserves communes de change ne se retrouveront plus qu’avec 1,6 mois de couverture des importations par les avoirs en compte des opérations. Bien que sérieux, le risque sur la stabilité extérieure reste contenu, car la garantie de la France prévue dans les accords de coopération monétaire avec cette zone devrait entrer en action en cas de besoin.

Rappelons que lors du choc pétrolier de 2015 et 2016, les revenus de la CEMAC issus de cette ressource ont baissé de 10 milliards $. Réunis lors d’un sommet extraordinaire en décembre 2016 autour du président camerounais, Paul Biya, les pays de la sous-région ont accepté de procéder à des ajustements budgétaires, mais surtout de travailler à la diversification de leurs économies.

Trois années après le début de ce qui est appelé le programme des réformes économiques régionales, le bilan reste mitigé. Une part importante de la création monétaire a été le fait des emprunts des Etats ou des transferts internationaux des ménages et des bailleurs de fonds. Depuis le 27 mai 2020, la note du Cameroun, première économie de la région, est placée sous révision, avec des risques d’un abaissement, par Moody’s.




En effet, le pays a commencé à bénéficier de l’initiative de suspension du service de la dette mise en place par le G20, avec un premier engagement du club de Paris. Cette solidarité des 20 pays les plus riches du monde prévoit aussi un volet de restructuration de la dette due à des créanciers privés internationaux. Une situation que plusieurs agences de notation, dont Moody’s considèrent comme un défaut de paiement.

La CEMAC semble se diriger vers un autre gros choc extérieur, avec cette fois des options assez limitées. Pour le Cameroun et les autres pays membres de cette sous-région, il sera important d’agir ensemble et vite. Une situation à régler rapidement par exemple est celle de la dette de la République congolaise. Le pays peine à trouver des solutions appropriées pour recevoir des fonds auprès du FMI et d’autres bailleurs. Or cela apporterait un souffle aux réserves de change communautaires, en attendant la reprise de l’économie mondiale annoncée en 2021.

Idriss Linge