Les manifestations anti-migrants se poursuivent sur les îles grecques

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Plus d’un millier d’habitants de l’île grecque de Lesbos se sont rassemblés jeudi au port de Mytilène, chef-lieu de l’île, pour manifester contre un nouveau camp de migrants, au lendemain de violents affrontements avec les forces anti-émeutes ayant fait de nombreux blessés. La contestation s’amplifie sur les îles égéennes où s’entassent toujours plus de migrants. Le Premier ministre appelle au dialogue.

Des unités de la police anti-émeutes ont été envoyées lundi soir vers les îles grecques de Lesbos et de Chios où le gouvernement d’Athènes se prépare à lancer la construction controversée de nouveaux camps pour les migrants. Ce qui provoque l’indignation des insulaires et les critiques de l’opposition de gauche.

« Ni de camp fermé ni de camp ouvert sur les îles », scandaient ce jeudi les manifestants qui ont marché pacifiquement sur l’île de Lesbos. Plusieurs associations de commerçants et des syndicats proches du parti communiste grec, à l’origine de la manifestation, ont également appelé à la poursuite de la grève sur l’île. Les magasins étaient fermés jeudi pour la deuxième journée consécutive.




Mercredi, un face-à-face tendu entre habitants et forces anti-émeutes a duré toute la journée. Dans la soirée environ 2 000 personnes ont manifesté devant une caserne où se trouvaient les policiers avant de tenter d’y pénétrer. La police anti-émeute a riposté avec du gaz lacrymogène tandis que certains habitants ont tiré avec leurs carabines de chasse.

Sur l’île proche de Chios, des centaines de personnes ont également manifesté jeudi et poursuivi la grève. L’ambiance était plus calme sur ces îles jeudi après les violents incidents la veille. 2 000 personnes avaient manifesté contre la construction d’un nouveau camp. 60 personnes ont été blessées dont la plupart des policiers des forces anti émeutes.

La Grèce est redevenue en 2019 la première porte d’entrée en Europe des demandeurs d’asile. Devant l’augmentation du flux migratoire, le gouvernement conservateur avait annoncé en novembre que les camps surpeuplés de Lesbos, Samos et Chios en mer Égée seraient fermés cette année. Ils seront remplacés par de nouvelles installations « fermées » d’une capacité d’au moins 5 000 personnes chacune, qui devraient être opérationnelles mi 2020, selon le gouvernement.

Une situation « chaotique »

Plus de 38 000 migrants sont actuellement entassés dans des camps installés sur les îles de Lesbos, Samos, Chios, Leros et Kos, dont la capacité totale officielle est de 6 200. Les travaux de construction de nouveaux camps sur Lesbos et Chios, avec une capacité officielle de 7 000 personnes chacun, doivent débuter cette semaine.

« C’est une situation qui est complètement chaotique d’un point de vue humanitaire et qui est complètement indigne de l’Union européenne puisqu’on se retrouve là avec des gens qu’on va simplement parquer sur deux villes, qui n’ont pas les moyens appropriés de les accueillir. Et on va tout simplement attendre que la situation pourrisse », commente François Gemenne, chercheur au CERI, Centre de recherches internationales à Sciences Po et au CNRS et spécialiste des migrations.

Les autorités locales et habitants ont fait savoir qu’après cinq ans en première ligne de la crise migratoire qui affecte l’Europe, ils ne sont plus disposés à accepter sur leurs îles des milliers de demandeurs d’asile. Des habitants ont menacé de bloquer l’accès des sites des futurs camps pour entraver leur construction.




Pour le chercheur les États membres de l’Union européenne ne témoignent d’aucune solidarité entre eux et ne cherchent aucune solution durable. « On va simplement laisser pourrir la situation parce que personne ne veut s’en occuper. C’est une honte : ces zones sont les seules zones du monde où Médecins sans frontière doit mener des missions spécifiques pour convaincre les enfants et les adolescents de ne pas se suicider. Je pense que ça montre à suffisance l’étendue de la situation sanitaire sur ces îles, sur ces camps qui sont quasiment aujourd’hui des camps de concentration », estime-t-il.

Appel au dialogue

Le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis a indiqué jeudi lors d’un conseil des ministres qu’une enquête serait ouverte après les dénonciations sur « l’usage de violence disproportionnée » par des habitants des îles où, selon lui, « il faut isoler les éléments extrêmes ». Il a appelé les maires des îles à participer à une réunion jeudi soir à Athènes en vue d’apaiser la situation. « Il faut privilégier le dialogue, la guerre a besoin d’une trêve », a indiqué jeudi Stigmatisé Karmans, le maire de Chios, soulignant qu’il allait se rendre à Athènes pour participer à la réunion avec le Premier ministre.