Les jeunes se mobilisent pour désarmer l’Amérique

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High school senior D'Angelo McDade, front right, leads a march in Chicago's North Lawndale neighborhood on Wednesday, March 14, 2018. About 200 students joined the march as a sign of solidarity with students at Marjory Stoneman Douglas High School, the scene of a recent school shooting in Florida in which 17 students and educators died. McDade and other students wore tape over their mouths, some while carrying crosses commemorating victims of gun violence in their city. McDade, a senior at North Lawndale College Prep High School, wrote the words "We matter!" on the tape that covered his mouth. After a march through the neighborhood, he told his fellow students that, from now on, "Your voices will be heard!" (AP Photo/Martha Irvine)




 

 

Jusqu’à un demi-million d’adolescents et d’adultes vont déferler samedi sur Washington pour le plus grand rassemblement contre les armes à feu de l’histoire des Etats-Unis, avec des centaines d’autres marches prévues ailleurs dans le pays.

L’événement national, baptisé « March for Our Lives » –« Marchons pour nos vies »–, est une réaction spontanée au massacre le 14 février de 17 personnes dans un lycée de Floride. Cet énième drame a choqué les Américains et exaspéré une bonne partie d’entre eux.

Avec la jeunesse en fer de lance, l’organisation de la manifestation géante a recueilli l’appui de nombreuses célébrités.

George Clooney et sa femme Amal ont offert 500.000 dollars pour soutenir l’initiative, tout comme Oprah Winfrey ou Steven Spielberg. L’acteur Bill Murray a comparé la mobilisation avec celle des années 1960 contre la guerre du Vietnam.




Et la scène dressée sur Constitution Avenue, au cœur de la capitale fédérale, devrait voir un défilé de stars, parmi lesquelles Ariana Grande, Jennifer Hudson, Demi Lovato, Justin Timberlake ou Miley Cyrus.

Mais les vraies vedettes du rassemblement seront quelques dizaines de jeunes qui s’identifient comme « survivants »: ils ont réchappé à la tuerie du lycée de Parkland en Floride où un jeune homme a ouvert le feu au fusil d’assaut le jour de la Saint-Valentin.

« Cette marche n’aurait pas lieu sans la fusillade dans mon école, donc cela va être un moment difficile », a confié à l’AFP Carlos Rodriguez, l’une d’entre eux. « Mais je me sens fier d’être l’un des élèves qui ont lancé ce mouvement ».

Mot d’ordre: « Agir »

Aalayah Eastmond a aussi fait le voyage jusqu’à Washington en hommage à ses copains tués et blessés. »J’ai perdu deux amis dans ma classe et six autres ont été touchés », a-t-elle relaté jeudi. La jeune fille de 17 ans a eu la vie sauve en se protégeant des balles derrière le corps de l’un de ses camarades décédé.

« Il faut agir. Cela ne peut plus se reproduire. Cela fait déjà 36 jours et rien ne se passe. On se battra jusqu’à ce que cela change », affirme avec détermination la lycéenne.

Car voici l’ennemi de ces jeunes, dont la mobilisation surprend: l’inaction d’un exécutif et d’un législatif sur le sujet des armes, que beaucoup d’Américains estiment relever de leurs droits fondamentaux.

La jeunesse fera-t-elle sauter les verrous posés par la National Rifle Association (NRA), le premier lobby des armes ? Difficile à dire, si l’on se rappelle les espoirs douchés après la tuerie de Sandy Hook, école du Connecticut où 20 bambins avaient été fauchés en 2012.

L’ancien président Barack Obama avait alors connu un échec cuisant. Cette fois, il a jeté son poids derrière les lycéens de Parkland. « Vous avez favorisé le réveil de la nation », a-t-il écrit.

Les réseaux sociaux ont fait le reste, avec un raz-de-marée de messages scandant les mots d’ordre #Enough (Cela suffit) ou #NeverAgain (plus jamais ça). « Je suis avec vous », a tweeté Justin Bieber.

Selon le site internet de l’organisation, plus de 830 « marches jumelles » se tiendront samedi sur tout le territoire américain, où les armes font plus de 30.000 morts par an.

« Génération Columbine »

Ces centaines de milliers de jeunes sont parfois présentés comme la « génération mass shooting » ou la « génération Columbine », du nom d’une école secondaire du Colorado où deux élèves ont tué 12 de leurs camarades de classe et un professeur en 1999.




Ils ont vécu la totalité de leur scolarité avec cette menace permanente, spécifique aux Etats-Unis. Ils ont participé à d’innombrables exercices d’urgence pour se confiner en cas de tirs.

Et ils ont connu la frustration de voir leurs élus faire la sourde oreille ou le président Trump proposer d’armer leurs enseignants.

A Washington, le rassemblement géant s’étalera entre la Maison Blanche et le Capitole, tout un symbole.

Les collégiens et lycéens ayant des moyens financiers inversement proportionnels à leur débauche d’énergie, il a fallu organiser leurs déplacements, leur logement et leur ravitaillement.

Les initiatives ont fleuri sur les campus et dans les familles, bien souvent démocrates, horrifiées par une dernière fusillade mardi dans un lycée de l’Etat proche du Maryland.Samedi le métro fonctionnera comme aux heures de pointe. Quelque 2.000 cabines de W.C. mobiles et des écrans géants ont été installés. Pour des milliers d’adolescents, il s’agira de leur première manifestation.

Selon une analyse du Washington Post cette semaine, plus de 187.000 élèves américains de primaire et secondaire ont été témoins d’une fusillade à l’heure des cours depuis 1999.

Avec AFP