le Congo a entamé des négociations avec les traders pétroliers

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Le FMI a conditionné son aide à une restructuration de la dette, qui atteint 110 % du PIB. Brazzaville doit s’entendre avec Glencore, Trafigura et la Chine. Un cas d’école.

Le business africain des géants du négoce pétrolier est dans le viseur du Fonds monétaire international (FMI). En février, sous la pression, Glencore a rééchelonné les prêts qu’il avait accordés au Tchad en échange de futurs barils d’or noir. La bataille se joue désormais au Congo, pays lui aussi écrasé par une montagne de dettes. La semaine passée, le FMI et Brazzaville sont parvenus à un accord technique : le Fonds apportera une aide sur trois ans, à condition que la dette publique soit restructurée. Une partie difficile est donc engagée. Le Congo doit s’entendre avec plusieurs créanciers, dont Glencore et Trafigura.




Le processus de négociation est lancé. Deux réunions avec les groupes de trading suisses ont déjà eu lieu, selon nos informations. La dette contractée auprès de Glencore, Trafigura et une petite société nommée Orion, qui ont fait affaire avec la compagnie pétrolière congolaise SNPC, représente environ 30 % de la dette publique totale du pays, selon une source bien informée. Mais, alors que les cours du brut américain ont bondi de 50 % depuis juin 2017, les sociétés de négoce pourraient batailler ferme, estimant que le Congo n’est plus dans une situation aussi critique. « Les discussions risquent de ne pas avancer très vite », reconnaît un connaisseur du dossier.

Effacement de la dette du Congo

Problème : le conseil d’administration du FMI ne donnera son feu vert à un plan d’aide que lorsque les créanciers et le Congo auront trouvé un compromis. Selon le même spécialiste, il ne faut rien espérer avant juin, au mieux. L’institution doit faire preuve de fermeté, compte tenu du lourd passif du pays. Le Fonds, qui avait autrefois oeuvré pour un effacement de la dette congolaise, a découvert avec stupeur que Brazzaville avait continué de signer des  contrats de préfinancement pétrolier avec des groupes de négoce. Une pratique qui consiste à gager sa future production d’or noir et qui, en plus de plomber les finances publiques lorsque les cours dévissent, donne lieu à des montages opaques et alimente la corruption. En 2017, le FMI a dû réviser son estimation sur la dette, de 77 % à 110 % du PIB, pour intégrer ces contrats « cachés ».




Pour obtenir l’aide financière du FMI, le pays présidé d’une main de fer par Denis Sassou-Nguesso, devra aussi s’entendre avec un autre très gros créancier : la Chine. Dans le cadre d’un accord « infrastructures contre ressources minières », Pékin est très présent au Congo. Les prêts, qui ont été essentiellement octroyés par la banque de développement chinoise, représentent 40 % de la dette publique de l’Etat africain, selon nos informations.

 Rôle clef de la Chine

Le comportement des autorités chinoises dans ce dossier sera scruté par la communauté financière internationale. Il fera date. Pékin, qui est devenu l’un des grands créanciers de la planète, en particulier envers les pays producteurs de matières premières, a promis d’être plus transparent et coopératif. « Jusqu’ici, il s’agissait de déclarations de principe ; le Congo est le premier cas concret qui se présente », souligne un financier.

La  Chine s’est rapprochée du Club de Paris , lié au FMI, mais n’en est pas encore membre. Ce Club informel composé de pays riches, fixe, depuis soixante ans, les règles du jeu en matière de résolution des problèmes de dettes entre Etats. Pékin est-il vraiment prêt à en respecter les principes ? « Pour que le conseil d’administration du FMI débloque l’aide, les Chinois doivent s’engager à faire le nécessaire pour rendre soutenable la dette congolaise », explique la même source. L’Etat africain n’est donc pas encore tiré d’affaire.




Le pays traîne par ailleurs toujours un boulet : le  contentieux qui l’oppose à la société Commisimpex , qui détient une créance de plus d’1 milliard de dollars, soit environ 16 % du PIB du Congo. Malgré des décisions de justice de 2000 et 2013 en faveur du groupe appartenant à l’homme d’affaires anglo-libanais Mohsen Hojeij, autrefois proche de Denis Sassou-Nguesso, cette dette n’est pas encore pleinement prise en compte par le FMI.

Avec les Echos