L’arabe Musulman n’est pas l’ami du Noir

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Lorsque je suis allée jouer en Mauritanie, je n’ai pas supporté de voir des esclaves noirs dans la famille maure qui m’a invitée à boire le thé. Je ne suis pas allée me promener dans les dunes, et je n’ai pas trouvé ce pays agréable. Quand je suis en Côte d’Ivoire, au Mali, je déteste voir les libanais qui traitent mal leurs employés africains, employés sous-payés, méprisés.

J’ai détesté entendre ce que j’ai entendu sur les Noirs en Algérie ou au Maroc. J’ai voulu adapter Ségou, de Maryse Condé pour faire entendre et connaître les conditions de l’islamisation du Sahel, islamisation qui s’est faite dans la pire des violences. Je suis convaincue que l’actuel Djihad pratiqué dans le nord du Mali, du Niger et de l’ensemble du Sahel est la continuité historique de cette violence coloniale (car comme Ousmane Diarra, je pense qu’il s’agit d’une autre forme de colonisation).

je ne comprends d’ailleurs pas la ferveur religieuse de certains des membres de ma famille, qui pour moi s’apparente à de l’aliénation. Je suis convaincue que les leaders noirs américains qui se sont convertis à cette religion n’avaient aucune connaissance de l’histoire africaine, de la même manière que je ne comprends pas qu’on passe par l’évangélisme pour libérer les peuples noirs.




J’ai lu très tôt des textes littéraires et historiques sur la traite arabo-musulmane, et pense que la vente d’êtres humains noirs en Libye s’inscrit dans cette continuité historique. Bref, beaucoup d’entre nous n’ont pas attendu un reportage de CNN (chaîne américaine quand même), pour prendre la mesure de la négrophobie du monde arabo-musulman.

J’irai manifester aussi (mais pas derrière la bannière de l’organisation de Kemi Seba faut pas déconner). En revanche, et c’est le sens de ce post, je suis choquée de lire des choses qui font l’amalgame entre toutes ces situations et nos compagnons maghrébins de France. Ici,nous sommes tous dans la même galère, nous sommes discriminés, pareillement.

Je suis très agacée de voir certaines de mes cousines voilées pour tout ce que je viens d’écrire mais je me battrai du plus fort de mon âme pour que les femmes de toutes origines puissent se vêtir comme elles l’entendent, et pratiquer leur religion comme elles l’entendent.

Si dans l’intimité on peut dire des généralités, des conneries comme « les blancs ci ou ça » ou « les arabes ne nous aiment pas », ou encore « ça c’est bien les mecs » il n’est pas possible (et j’assume d’être autoritaire et péremptoire), de croire et faire croire que nos amis de lutte contre les violences policières, la colonisation intérieure, des quartiers, contre toutes formes de racisme et d’islamophobie sont des esclavagistes en puissance, négrophobes. Nous devons, dans les milieux militants et de la recherche, artistiques, aborder ces questions douloureuses historiques, mais tranquillement, avec écoute, et solidarité. Parce que pendant que certains s’empoignent, d’autres se lavent les mains en se marrant et s’enrichissant.

Eva Doumbia