La RDC pleure Abdoulaye Yerodia, « un partenaire de la réunification »

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En RDC, le sénateur Abdoulaye Yerodia Ndombasi est décédé mardi à Kinshasa. Il fut l’un des quatre vice-présidents de la République pendant la période de transition entre 2003 et 2006.

L’information a été donnée par sa formation, l’ancien parti au pouvoir en RDC, le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) de Joseph Kabila. Abdoulaye Yerodia Ndombasi est décédé ce mardi 19 février à Kinshasa, à l‘âge de 86 ans. Occupant jusqu‘à son dernier soupir le poste de sénateur, il ne faisait plus trop d’apparitions publiques

Et pourtant, jadis et naguère, sa carrière politique aura eu tout d’un grand acteur. Une carrière qui a connu son apogée pendant ce que des historiens appellent « Deuxième guerre du Congo ».

Un conflit qui intervint un an après celui remporté en 1997 par Laurent Désiré Kabila soutenu par le Rwanda et l’Ouganda face à Mobutu Sese Seko.

Né de désaccords entre Kabila et ses anciens alliés, il impliqua une trentaine de groupes armés et rébellions soutenus par neuf pays africains. C’est le cas du Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba appuyé par l’Ouganda et le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) d’Ernest Wamba dia Wamba soutenu par le Rwanda.

L’homme qui voulait en découdre avec « les microbes »

Ministre des Affaires étrangères de Laurent Désiré Kabila, Abdoulaye Yerodia Ndombasi qui entra en politique dès les années 1960 aux côtés de Lumumba, s’illustre par ses déclarations tranchées vis-à-vis des populations jugées proches des rebellions qui « nuisaient » au régime en place.




« Si vous ne retournez pas chez vous, on vous mettra des bâtons dans le derrière pour s’assurer que vous partiez », lança-t-il par exemple aux populations tutsies de Goma, à l’est. Ce sont « des microbes qu’il faut qu’on éradique avec méthode », déclara-t-il au tout début de la guerre en août 1998.

Un mandat d’arrêt international émis en 2000 par un juge d’instruction de Belgique entre autres pour « crimes contre l’humanité », fut rejeté en 2002 par la Cour internationale de justice qui avait estimé qu’en tant que ministre des Affaires étrangères en exercice, Yerodia ne pouvait être poursuivi par les tribunaux d’un pays tiers.

Si sur le terrain, la guerre poursuivait son bonhomme de chemin avec son lot d’atrocités (exécutions sommaires, crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, et même génocide), le président Laurent Désiré Kabila est assassiné (officiellement) par un des éléments de sa garde.

Après cinq ans de combats fratricides, les belligérants décident de fumer le calumet de la paix. Grâce aux accords de Sun City en Afrique du Sud, un gouvernement d’union nationale est mis en place.

Joseph Kabila, qui avait succédé à son père, restait président de la République. Il était secondé par quatre vice-présidents : Jean-Pierre Bemba du MLC, Azarias Ruberwa du RCD, Arthur Z’ahidi Ngoma des « Forces du futur » (opposition non armée) et Abdoulaye Yerodia Ndombasi pour le compte du PPRD.

Le travail de l‘équipe qu’on appela « 4 + 1 » aboutit en 2006 à la mise en place d’une nouvelle constitution (troisième République) et surtout à l’organisation des premières élections véritablement pluralistes (législatives et présidentielle).

« Un partenaire de la réunification et de la transition en RDC »

Pour avoir fait partie de l‘équipe de transition, Abdoulaye Yerodia Ndombasi jouit déjà des premiers hommages de ses compatriotes. Y compris de ses anciens adversaires ou ennemis. Et le premier, c’est Jean-Pierre Bemba.

« Un partenaire de la réunification et de la transition en RDC nous a quittés ce matin. J’ai travaillé avec Abdoulaye Yerodia Ndombasi entre 2003 et 2006. Mes sincères condoléances à tous ses proches », a écrit le président du MLC.




Et il faut s’attendre à d’autres hommages et félicitations qui tomberont sous peu par flots ininterrompus. Notamment du président Tshisekedi dont le père Étienne aura joué de manière pacifique un rôle prépondérant dans l’aboutissement de cette transition démocratique.

Après Arthur Z’ahidi Ngoma en octobre 2016, l’ami du révolutionnaire argentin Che Guevara et grand amateur de cigares, est le deuxième des quatre vice-présidents de la transition à rejoindre les ancêtres.