La population de requins du Congo-Brazzaville menacée par une pêche intensive

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Les pêcheurs de requins du Congo-Brazzaville affirment capturer moins de poissons et un nombre croissant de juvéniles, signe que les stocks sont sous pression. C’est ce que révèle une enquête menée par la BBC à Pointe-Noire et ses environs. 

La pratique de la pêche est peu réglementée contrairement à une série de recommandations internationales, et les groupes environnementaux commencent à observer une baisse importante de productivité.

La pêche de requins a vu le jour dans les années 1980 et 1990, suite à la forte demande  de leur nageoire par les asiatiques où la soupe aux ailerons de requin était un plat populaire.

Mais ces dernières années, l’épuisement régulier des autres stocks de poissons de base par les chalutiers industriels étrangers a conduit les pêcheurs et les communautés côtières du Congo à compter de plus en plus sur la viande de requin comme base de leur alimentation.

En 2019 une étude menée dans la ville portuaire de Pointe-Noire par le groupe de suivi de la faune Trafic a montré que les pêcheurs locaux, ou artisanaux, débarquaient souvent 400 à 1000 requins et raies, qui sont étroitement liés aux requins, par jour en haute saison.

Toutefois, les pêcheurs affirment que cela représente une baisse substantielle par rapport à l’apogée de l’industrie dans les années 1990 et au début des années 2000.

Ils affirment également qu’ils attrapent moins de gros adultes reproducteurs et que leur pêche est plutôt de plus en plus dominée par les juvéniles, signe révélateur que la pratique devient insoutenable.

« Dans le passé, un seul bateau pouvait capturer jusqu’à 100 requins par jour », explique Alain Pangou, un capitaine local qui pêche les requins depuis près de 20 ans. « Mais ces jours-ci, c’est plus compliqué. ».

Outre la pêche intensive, les conflits et le changement climatique constituent désormais des menaces supplémentaires pour cette espèce dont la survie est déjà menacée. 

Actuellement, les 11 premiers kilomètres (sept miles) de la côte de Pointe-Noire, considérés comme des lieux de reproduction essentiels des requins, sont censés être réservés exclusivement à la pêche artisanale. Mais le surveillant des pêches locales, Jean-Michel Dziengue, affirme que les empiétements illégaux des chalutiers industriels sont monnaie courante.

Michel Dziengue reçoit régulièrement des vidéos tournées par des pêcheurs sur leurs téléphones qui montrent de telles infractions, qu’il transmet ensuite aux autorités comme preuve. « Mais même lorsque nous les attrapons, ils sont rarement punis », dit-il.