Justice : Félix Tshisekedi nomme de nouveaux magistrats

0
209




La décision était très attendue, celle de réformer, ou mieux de formater l’appareil judiciaire en lui insufflant une dynamique nouvelle via l’avènement d’une caste des magistrats réputés compétents, consciencieux et intègres.

Pour Félix Tshisekedi qui, dès l’entame de son mandat, s’est imposé le devoir de garantir l’indépendance du pouvoir judiciaire afin de donner corps à sa vision portée vers l’émergence d’un Etat de droit, les récentes nominations opérées au sein du Conseil supérieur de la magistrature traduisent inévitablement l’affirmation du nouveau leadership qu’il incarne désormais. Après une année d’exercice du pouvoir marquée par les soubresauts d’une coalition FCC-Cach difficile à manager avec, à la clé, des accommodements auxquels donnaient lieu les tensions récurrentes entre les deux forces politiques, Félix Tshisekedi vient de jouer gros en dépoussiérant le Parquet de ceux qui s’étaient érigés en obstacle à la lutte contre l’impunité. La nouvelle mise en place au niveau des organes du ministère public de l’Ordre judiciaire et administratif trahit toute sa détermination à réaliser une de ses promesses de campagne, à savoir le « Changement » qui passe notamment par la réforme de la justice.




Et là-dessus, il fallait frapper au cœur même du système judiciaire en l’extirpant de ceux qui gangrenaient son fonctionnement harmonieux. Le départ du procureur général près la Cour de cassation, Flory Kabange Numbi, qui jusqu’à un passé récent, fut considéré comme le symbole de l’ancien pouvoir, est à mettre justement à l’actif de ce « Changement ».  Longtemps accusé par la société civile d’être sous la coupe de l’ancien régime en faveur de qui il prenait régulièrement fait et cause dans le traitement de certains dossiers judiciaires, le « tout-puissant » Flory Kabange est appelé à céder son fauteuil à Victor Mumba Mukomo, un vieux briscard des arcanes judiciaires.

Cette nomination augure assurément des perspectives nouvelles dans la gestion des dossiers judiciaires sensibles impliquant les autorités du pays, et même l’entourage immédiat du chef de l’Etat. Il s’agit là, pense-t-on, d’un grand pas franchi par Félix Tshisekedi dans son engagement à combattre la corruption et ses tares. De la même manière, la nomination de Jean-Paul Mukolo, réputé compétent et intègre, comme procureur général près la Cour constitutionnelle, confirme la volonté du successeur de Joseph Kabila à recrédibiliser cette Haute Cour dont l’image renvoie fréquemment aux clichés peu flatteurs inspirés par les soupçons de corruption ayant émaillé les dernières législatives nationales.




Le coup de boutoir asséné au corps judiciaire touche également le Conseil d’Etat dont la gestion est confiée à Octave Tela en remplacement de Joseph Mushagalusa accusé constamment de faire obstruction aux décisions de cette institution – du reste inutilement politisée – au nom des intérêts mesquins et partisans. L’onde de choc a également atteint la justice militaire qui a un nouveau premier président ainsi qu’un nouvel auditeur général.

Après les nominations, le plus dur commence donc pour les hauts magistrats nouvellement promus qui devront faire suffisamment de preuve d’autorité et d’indépendance en évitant toute inféodation politique, pour mieux s’attaquer à la corruption, à la fraude fiscale, au blanchiment des capitaux ainsi qu’au détournement des deniers publics. En le faisant, ils donneront un sens à leur nomination tout en crédibilisant davantage la démarche du chef de l’Etat qui a toujours milité pour une justice pour tous, où tout le monde, riche ou pauvre, peut y avoir accès, sans distinction ni récrimination quelconque.