France: un homme de 68 ans jugé pour avoir vendu des oiseaux protégés en brochettes

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Un sexagénaire était jugé ce jeudi à Dax pour avoir capturé 10 000 petits oiseaux protégés en dix ans, qu’il revendait 25 euros la brochette de douze. Parmi ses trois principaux acheteurs, Jean-Pierre Bastiat, ex-international de l’US Dax.




C’est l’histoire d’une tradition qui croise celle de la raison, écologique. Dans la salle du tribunal de Dax (Landes) cet après-midi, cinquante années semblaient séparer le banc de la défense de celui des associations environnementales. À la barre, Bernard Fargues, 68 ans, un braconnier à la petite semaine qui a capturé, entre 2011 et 2019, 10 000 volatiles de la famille des passereaux : rouges-gorges, moineaux, pinsons, « mais pas les mésanges, elles, je les relâchais », précise le prévenu doctement. Dans quatre champs situés sur la commune de Dax et de ses environs, il posait invariablement piège à glu, ou matole, un petit piège à oiseau typique de la région landaise.




Au président du tribunal, cet ancien électricien retraité raconte que ses captures venaient compléter sa maigre retraite de 900 euros. « Sa voiture, c’est sa mère qui la lui avait payée », ajoute Me Lonne, son avocat.

Dès novembre 2015, il était dans le viseur de l’Office de la chasse et de la faune sauvage qui avait relevé la présence de matoles dans un champ. Une surveillance commence alors. Ses déplacements, son téléphone, sa voiture sont surveillés. « On se croirait dans un dossier de terrorisme avec des moyens démentiels », singe la défense.




Ce n’est qu’en novembre 2019 que le braconnier est interpellé alors qu’il relevait des pièges. Les oiseaux capturés, des espèces protégées, sont retrouvés dans son congélateur. Chaque année ils étaient plumés, vidés et congelés en brochettes de douze avant d’être vendus au prix de 15 euros la brochette « puis 20 euros en 2018 et 25 euros à partir de 2019 », précise Bernard Fargues, sans avoir l’air de réaliser où il se trouve. Dans un cahier rigoureusement tenu, le sexagénaire consignait les noms des acheteurs et le type d’oiseaux vendus.

Le rugbyman remboursé en brochettes

Parmi les noms qui reviennent, celui de Jean-Pierre Bastiat. L’ancien international de l’US Dax, âgé de 71 ans, est une vedette dans le coin. « J-P Bastiat est cool avec tout le monde mais il ne suffit pas d’avoir l’air gentil, quand on bouffe des espèces protégées, on n’est pas gentil », estime le président local de la Sepanso (La Société pour l’étude, la protection et l’aménagement de la nature dans le Sud-Ouest) avant l’audience, exaspéré par cette pratique. « On dit qu’on mange des ortolans comme on gare sa BMW, c’est une sorte de snobisme », ajoute le militant de la Sepanso.

L’ancien rugbyman s’explique. Il a rencontré Bernard Fargues aux fêtes de Dax en 2013 ; tous deux ont vite sympathisé. Quelques semaines plus tard, le braconnier – à qui il avait prêté 500 euros – les lui rembourse… en brochettes. « Il s’est acquitté de sa dette, avec des réglettes sur lesquelles il y avait des piafs vidés, plumés et congelés. Ensuite j’ai continué à lui en acheter ».




Entre 2013 et 2019, il achète 134 brochettes pour 3350 euros. Il destinait ses achats à un repas annuel « très copieux » entre amis, perpétué depuis 1968, « où l’on consomme des crustacés, des animaux à poils et à plumes » et qu’il a la charge d’organiser depuis 2006. Du haut de son double mètre, le rugbyman s’explique, calmement. À la procureur il répond que non, il ne savait pas quelles espèces composaient les brochettes. « Peut-être de l’alouette parce que j’ai plein de connaissances qui chassent ça ici », avance l’ex deuxième ligne. « Les alouettes sont au moins un tiers plus grandes que ces oiseaux-là et leur bec est différent », répond la procureure. Le rugbyman sèche, « un petit oiseau c’est un petit oiseau. Je sais reconnaître une alouette vivante mais vidée, plumée non ».

Les deux autres acheteurs, ami ou voisin de Bernard Fargues, chasseur de palombe pour l’un, novice en chasse pour l’autre, reconnaissent de ne pas avoir su non plus distinguer les espèces protégées épinglées sur leur brochette. « Il faut vraiment ne jamais ouvrir le journal local pour ignorer ces débats », suggère ironiquement le président de séance.

« Quand j’achète un steak je ne le fais pas sur un parking, en cash, les acheteurs ne pouvaient pas ignorer qu’ils sortaient des circuits légaux », souligne l’avocate de la LPO (Ligue de protection des oiseaux) et de FNE (France Nature Environnement). « Si c’était un autre produit illicite, avec vingt kilos un acheteur prendrait dix ans de prison », lance Me Sandrine Gelis avant de rappeler qu’en 2018, des braconniers de pibales, des alevins d’anguilles protégés, avaient été condamnés à de la prison ferme. « Ce n’est pas la valeur marchande de ces oiseaux qui compte poursuit-elle mais la valeur patrimoniale, c’est une atteinte à la biodiversité. »




Un tiers d’oiseaux en moins en 15 ans

Pour la Sepanso, « chasser des petits oiseaux dans les Landes n’est pas une tradition » martèle Me François Ruffié. « La tauromachie a sa musique, sa littérature et se pratique à une période donnée alors oui, ça c’est une tradition landaise ». Surtout, l’association rappelle le préjudice écologique. « 30 % de la population des petits oiseaux de campagne a disparu en quinze ans », précise François Ruffié, rapport du CNRS à l’appui.

Aude Le Herissier, la procureure, pour qui l’audience publique doit aussi avoir une vertu pédagogique, a requis deux ans de prison avec sursis, un million d’euros d’amende et la publication du verdict durant deux mois dans un journal d’annonce légale. Le jugement a été mis en délibéré, il sera rendu le 19 novembre.