Etienne Tshisekedi, héros national, pourquoi et comment ?

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Le défunt leader historique de l’opposition congolaise sera décoré et élevé au statut de « Héros national », lors de ses obsèques prévues du 31 mai au 1er juin à Kinshasa, a-t-on appris du comité d’organisation.

L’annonce, comme il fallait s’y attendre, avait suscité une vive controverse dans l’opinion avec, en toile de fond, des interrogations sur le sens de la distinction. Si une certaine opinion avertie cerne mieux l’entrée du principal opposant historique dans l’Ordre national « Héros nationaux Kabila-Lumumba », il s’avère qu’une autre catégorie des citoyens reste encore dubitative.

Dans la mémoire collective, en effet, un héros national passe pour  celui qui a versé de son sang pour la cause de la patrie. Il est célébré à titre posthume, généralement après un assassinat ou un vil meurtre qui lui vaut la compassion de tout un peuple. Cette manière quasi incomplète d’appréhender le concept « Héros national » mérite tout de même un certain éclairage. Il est à noter que l’Ordre national « Héros nationaux Kabila-Lumumba », créé par la loi n°009/2002 du 5 août 2002, telle que modifiée et complétée par le décret-loi n°012/2003, est destiné à honorer et à récompenser les mérites et les loyaux services rendus à la nation par des personnes physiques. L’hommage rendu aux récipiendaires, à titre anthume ou posthume, se négocie selon les différents grades de mérite disponibles (grand cordon, grand officier, commandeur, officier et chevalier).

Autant dire que tous les citoyens congolais, qui se seront distingués dans leur domaine respectif jusqu’à hisser haut l’étendard du pays, sont éligibles à cette distinction honorifique qui transcende la dimension personnelle pour ne considérer que les mérites, les performances et les prouesses de tout un chacun. Lorsque la Chancellerie des Ordres nationaux élève le chanteur Jules Shungu Wembadio, dit « Papa Wemba »,  au grade de grand officier par ordonnance n°16/050 du 30 avril 2016, ce n’est pas tant la personne qui fut exaltée, mais bien l’ensemble d’une carrière musicale riche à travers laquelle la République tout entière fut honorée.




Un parcours, une histoire  

Quid alors d’Etienne Tshisekedi Wa Mulumba ? Y a-t-il vraiment matière à débat au sujet de l’élévation de l’opposant historique au titre de héros national ? Sauf mauvaise foi ou amnésie collective, le parcours politique du défunt leader de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) parle de lui-même. Décédé depuis deux ans à Bruxelles, le « Sphinx » de Limete n’arrête d’inspirer la scène politique congolaise et d’orienter la vision de nombreux acteurs politiques qui continuent de puiser dans ses riches enseignements. Il a prôné la non-violence qui fut le fondement de sa lutte politique. L’homme ne s’est compromis à aucun moment de sa vie, refusant de sacrifier les intérêts de son peuple sur l’autel de ses ambitions personnelles. Sa profession de foi  » Le peuple d’abord » résume tout un idéal de vie politique. Par son charisme, sa rigueur morale, sa ténacité et son dévouement, il a su incarner les profondes aspirations du peuple congolais pour la démocratie et le développement.

L’évolution politique de ces dernières années, marquée notamment par l’ouverture démocratique dont les effets salvateurs sont aujourd’hui palpés, reste tributaire du combat politique qu’il a eu à mener, en synergie avec d’autres cofondateurs de l’UDPS, contre le régime oppressif du maréchal Mobutu. Tout est parti de la lettre ouverte, qu’il a eu à signer avec douze autres parlementaires, pour dénoncer les fameuses « dérives du régime kleptocratique et dictatorial » de Mobutu. Ce fut le déclic d’un long processus qui connaîtra son dénouement un certain 24 avril 1990.

Symbole de la résistance, Etienne Tshisekedi avait connu, en quatre décennies de lutte politique, toutes sortes d’humiliations (bastonnades, incarcération, relégation, etc.), et savait toujours retrouver les ressorts nécessaires pour rebondir politiquement. Sa réputation de principal opposant historique de la RDC, il ne l’a pas  volé et c’est, à juste titre, que la nation s’apprête à lui rendre hommage. Sa constance, sa ténacité et sa vision politique méritent d’être célébrées pour servir de socle à l’émergence d’une nouvelle classe politique façonnée à l’école de l’humilité, de la loyauté et du nationalisme.

Source: Adiac