Election à la mairie de Brazzaville ou la guerre des clans au sein du PCT





Malgré la crise sanitaire qui secoue le Congo, l’actualité politique depuis plusieurs semaines est focalisée sur l’élection du maire de la ville de Brazzaville, la capitale politique et administrative de la République du Congo. L’enjeu est énorme, à l’instar de Paris, Washington ou Abidjan⁩, des capitales dont le contrôle est éminemment stratégique pour le pouvoir en place.





Brazzaville, ville cosmopolite de 1.838.348 habitants, verra élire son nouveau maire le 22 mai prochain. A un an de la présidentielle et face aux appétits voraces des pseudos dauphins du président congolais Dénis Sassou Nguesso, avoir le contrôle de la capitale Brazzaville apparaît comme une bataille cruciale. Débarqué de la tête de la mairie de Brazzaville, dans une sombre affaire de détournement d’1 milliard 250 millions de FCFA virés sur le compte de sa fille, enregistrée à la mairie comme prestataire de services, Roger Christian Okemba, élu en août 2017, occupait un fauteuil ouvertement convoité par plusieurs courants au sein du parti majoritaire, le PCT.A quelques jours de l’élection, 10 candidats ont officiellement manifesté leur intérêt pour la succession de Roger Christian Okemba. 95% de ces derniers sont issus du Parti congolais du Travail, ce qui révèle la lutte interne que se livrent certains ténors du Parti. A ce jour, 4 noms sont régulièrement cités et semblent avoir les faveurs des « bookmakers » sur les bords du Fleuve Congo. LSI AFRICA s’est intéressé à leurs profils, forces et faiblesses.




Guy Marius Okana, membre du PCT et 1er vice-président du conseil municipal, assure l’intérim de Roger Christian Okemba et semble disposé à ne plus laisser le fauteuil. Depuis plusieurs semaines, ses proches inondent les réseaux sociaux de messages à son avantage, vantant ses mérites et ses ambitions pour la ville de Brazzaville. Coordonnateur de « Faire gagner le Congo », Guy Marius Okana, fût candidat malheureux aux législatives aux Plateaux des 15 ans à Brazzaville. Il avait été évincé de la municipalité de Brazzaville sous l’historique maire, Hughes Ngouélondélé actuel ministre des Sports du pays et marié à Ninele Sassou Nguesso, troisième fille du président congolais. En cas d’échec le 22 Mai prochain, Guy Okana, qui joue gros, devra faire ses valises de la mairie. Mais l’homme manœuvre activement non seulement au sein du parti mais dans l’entourage proche du Chef de l’état congolais. Virulent pourfendeur de Roger Christian Okemba au sein du conseil municipal, il est décrit comme un personnage clivant, belliqueux et peu diplomate.

Donald Fylla Saint-Eudes, 47 ans, est conseiller municipal de Bacongo, deuxième arrondissement de Brazzaville. Si ces proches le définissent comme humble et chaleureux, ce communicant-publiciste s’est jeté dans la course à la mairie de Brazzaville sur les conseils avisés de plusieurs proches dont un certain…Dénis Christel  Sassou Nguesso. Donald Fylla est le candidat de Kiki le pétrolier, affirment plusieurs sources à Brazzaville. Le candidat qui fait campagne sous le slogan « une vision moderne de Brazzaville« , est marié à la sœur de Nathalie Bumba, qui aurait le statut officieux de « seconde épouse » de Dénis Christel Sassou. En se lançant dans la course à la mairie de Brazzaville sous la bannière d’un indépendant, Donald Fylla, et son mentor Kiki, veulent renforcer leurs positions dans l’appareil décisionnaire  du pays. Mis en minorité sous Pierre Ngolo au sein du PCT, Dénis Christel Sassou tente de reprendre la main sous Pierre Moussa. Mais ce dernier est craint. Sa loyauté envers le président Dénis Sassou Nguesso ne fait l’objet d’aucun doute et sa position de Secrétaire général du parti assure aux « Sassouistes » des premières heures une place de choix dans les prises de décisions importantes pour 2021 et 2026. Donald Fylla veut miser sur la jeunesse pour séduire le président du comité central du Parti congolais du Travail, une mission peu aisée. Son élection à la tête de la municipalité de Brazza pourrait être perçue comme une revanche des « frondeurs » pros-Kiki après leur échec lors du dernier congrès du Parti fin 2019.

Quid de Dieudonné Batsimba, Inès Nefer Ingani et Serges Constant Ikiemi ?

Ces trois candidats dont les noms reviennent ces dernières heures avec insistance dans la course à la mairie ont la particularité d’être tous membres du Parti congolais du Travail, mais de courants différents. La candidature de Dieudonné Batsimba, est clairement soutenue par Jean-Jacques Bouya. L’actuel ministre congolais des Grands Travaux qui garde toujours la confiance du président Congolais Dénis Sassou Nguesso déplace petit à petit ses pions au sein du parti et de l’exécutif congolais. S’il a décidé de se mettre en retrait sur le plan médiatique depuis quelques années, Jean-Jacques Bouya, à qui on prête des ambitions présidentielles, sait que son protégé, Dieudonné Batsimba, un mbochi, va devoir faire avec de vives critiques de ses détracteurs dans plusieurs dossiers de malversations estimés à plusieurs milliards. Il partirait aux dernières nouvelles avec les faveurs de plusieurs ténors au sein de la majorité présidentielle.




De son côté, la « Joconde », Inès Nefer Ingani, débarquée du gouvernement en 2019 à la suite du scandale de la bande audio (dans laquelle elle s’en prenait aux pros-Ngolo) est un cheval non partant. Si elle fait l’objet d’un semblant d’emballement médiatique, celle qui est restée proche de Dénis Christel Sassou, ne peut se lancer dans la course à la mairie de Brazzaville. L’intéressée avait démissionné du Conseil municipal au profit de Guy Marius Okana. Sa pseudo candidature n’est en réalité qu’un fantasme ou une stratégie visant à semer la confusion.

Serge Constant Ikiemi, est membre du PCT, proche de Jean-Dominique Okemba que les congolais surnomment « JDO ». Neveu du président congolais et patron des services de renseignements, JDO est un fin stratège qui avance comme dans un jeu d’échec. Serge Constant Ikiemi est un Docteur en Économie, un intellectuel dont le profil plaît au palais du Peuple de Brazzaville. Mais être à la tête des neufs arrondissements de Brazzaville n’est pas un costume simple à endosser. Poste aussi stratégique que politique, le futur locataire de la mairie de Brazzaville devra être un manager redoutable, un fin politicien et rassembleur.

L’outsider…

Clesh Emma Atipo Ngapi. Les brazzavillois qui fréquent la mairie connaissent l’homme. Premier secrétaire du conseil municipal, ce passionné de football, occupe ce poste stratégique depuis plus de 17 ans. Il maîtrise les rouages, il est décrit comme un fin connaisseur des dossiers sensibles et tous les grands projets initiés par la municipalité de Brazzaville depuis près d’une décennie. Son parcours parle pour lui. S’il est une personne qui pourrait valablement endosser le costume de maire de Brazzaville sans besoin d’une « mise à jour« , c’est bien Clesh Emma Atipo Ngapi. Sur les réseaux sociaux et dans les médias, son nom est quasiment absent, confirmant sa réputation d’homme discret et fin tacticien.

Des candidats PCT !





Huit des dix candidats à la mairie de Brazzaville, sont issus du Parti Congolais du Travail. Pour Pierre-Yves Omanga, enseignant-chercheur à Kinshasa et observateur avertit de la politique congolaise, « cela fait désordre ». Au sein d’un même parti, avoir autant de candidatures à moins d’une semaine de l’élection fait tâche. Il faut absolument que le président du Comité central siffle la fin de la partie et donne une consigne de vote », déclare notre interlocuteur avant de poursuivre : « le silence du président Sassou va entretenir le flou, et cela va certainement déjouer certains scénarios. Mais il ne faudra pas s’en étonner puisqu’en Afrique, le sage prend toujours son temps pour donner la marche à suivre, et ce genre de décision se prend souvent à la veille de l’échéance. Une façon de tenir sa troupe jusqu’au dernier moment ».

L’enjeu économique est un facteur à ne pas négliger dans le cadre de cette élection à la mairie de Brazzaville. C’est un portefeuille avoisinant les 35 millions d’euros que le futur locataire est appelé à gérer. Une seule certitude à moins d’une semaine de ce scrutin, personne ne sera installé dans le fauteuil de Maire de Brazzaville s’il n’a la « bénédiction » de Dénis Sassou Nguesso.

Igor Okendza ( Lsi Africa ) à Brazzaville