Kiki Sassou : « Non, je ne suis pas à 100% congolais pour être candidat en 2021 ! »

0
2284




 

Depuis la parution de son livre «Ce que je crois», en mai dernier, les rumeurs sur l’ambition présidentielle de Denis Christel Sassou Nguesso ont pris de l’épaisseur. Ses paroles rares et très scrutées n’en prennent que plus d’importance. Celui qui se dit citoyen congolais avant d’être le fils du Président a choisi La Tribune Afrique pour répondre en exclusivité et sans équivoque aux questions qui entourent son engagement politique, mais aussi pour livrer sa vision pour l’émergence du Congo. Entretien à bâtons rompus.

La Tribune Afrique : Comment voyez-vous votre avenir politique au Congo et quelle place occupe votre fondation dans votre dispositif de carrière ? Sachant que beaucoup y voient une plateforme au service de vos ambitions présidentielles….

Denis Christel Sassou Nguesso : Mon avenir politique je ne sais pas de quoi il sera fait. J’ai créé cette fondation en 2013 et j’ai été élu député en 2012. Est-ce que j’ai utilisé cette plateforme pour servir jusqu’à présent mes ambitions politiques ? Non et ces dates le prouvent.




Je n’ai pas créé cette fondation dans le but de faire carrière, mais plutôt parce que mon empathie naturelle m’a toujours amené à me tourner vers les autres. Alors disons-le clairement, je n’ai jamais imaginé mon avenir politique à partir de cette structure. Cela étant, vous me donnez l’occasion de rappeler ce que sont nos actions et notre bilan : des vaccinations à grandes échelles, des campagnes communautaires de santé, des formations qualifiantes ou des bourses d’études pour des jeunes parmi les moins favorisés.

Concernant les ambitions présidentielles dont vous parlez, je mets au défi quiconque de se présenter devant moi et affirmer que je lui en ai déjà fait part. Cette rumeur est faite pour susciter des oppositions inutiles au sein de ma famille politique, ce qui n’apporte rien au débat démocratique.

Vous avez affirmé en Janvier 2014 qu’avant d’être le fils du Président Sassou Nguesso, vous vous définissez d’abord comme un citoyen Congolais, est ce que cela signifie que vous êtes capable de distance critique vis-à-vis du bilan de votre père ?

Je pense même l’avoir affirmé bien avant 2014, qu’en effet je suis avant tout un citoyen ayant les mêmes droits et devoirs que tout Congolais.

La question ne se pose pas en termes de critiques ou pas de son bilan, mais il faut simplement être conscient que tout ce que nous avons fait n’est pas parfait et le rôle de sa majorité à laquelle j’appartiens est justement de l’aider à corriger ce qui a été mal fait et d’apporter des solutions pour contribuer à régler les problèmes auxquels les congolais sont confrontés, car ne l’oublions pas, c’est cela le travail d’un homme politique et rien d’autre.




L’on dit que c’est sous la pression du FMI que vous avez été contraint à quitter votre poste au sein de la SNPC, votre nom ayant été abondamment cité comme étant un ayant-droit économique caché de nombreux contrats pétroliers au Congo Brazzaville. Qu’avez-vous à répondre à cela ?

Je voudrai rappeler que le Congo est un pays souverain. Quand nos responsables négocient avec le FMI, je puis vous assurer que les enjeux et les questions ne sont pas au niveau des personnes. Quel était l’objet de cette négociation si ce n’est d’assurer une reprise de la croissance économique fondée sur un équilibre budgétaire pérenne et de restructurer notre dette pour la rendre soutenable ?

Il n’y a donc eu aucune pression pour ma nomination en 2011 et parallélisme de formes faisant, il n’y en a pas eu non plus pour que je m’oriente vers une autre opportunité professionnelle.

Au de-là, Je tiens à rappeler qu’il n’y a jamais eu de malversations dans cette entreprise en ce qui concerne les contrats, ceux qui affirment le contraire n’ont qu’à en apporter la preuve.

Depuis plusieurs mois, et notamment la publication de votre livre aux allures de programme électoral «Ce que je crois», le tout-Brazzaville bruisse de votre probable candidature à la présidentielle de 2021. En parallèle, beaucoup de vos partisans font planer cette hypothèse et entretiennent le mystère sur vos intentions. Pouvez-vous nous dire si vous serez candidat en 2021 ?

En premier lieu je pense que le Congo ne peut se passer du Président Denis Sassou Nguesso comme candidat en 2021, pour des raisons qui sont nombreuses et c’est la raison pour laquelle je souhaite qu’il soit candidat en 2021 et je travaille d’ailleurs avec d’autres depuis quelques mois pour l’aider à être réélu en 2021.

 Pour répondre donc de façon précise : non, je ne suis pas candidat à l’élection présidentielle en 2021 !

Par ailleurs, mon ouvrage «Ce que je crois» n’est en rien un programme, mais plutôt l’opportunité pour moi de partager avec mes concitoyens ce que j’ai réalisé avec ma fondation à l’endroit des personnes issues des milieux les plus défavorisés en matière d’éducation et de santé.

Pour mémoire, certains cadres de mon parti dans un passé récent ont écrit des ouvrages que personne n’a qualifiés étrangement de «programme électoral» !

Je pense simplement qu’il existe au sein de la majorité présidentielle et au PCT, certains acteurs politiques qui nourrissent des ambitions présidentielles et veulent se cacher derrière de fausses polémiques. Croyez-moi vous les verrez sortir du bois dans pas longtemps et je serais disposé, si vous le souhaitez, à refaire ce débat.

Les différentes tentatives de diversification du tissu économique congolais pour le sortir du piège des matières premières n’ont visiblement pas donné leurs fruits, et le pays semble aujourd’hui pris en étau. Qu’est ce qui n’a pas marché selon vous ?

Il y a des facteurs exogènes qui expliquent cette difficulté à diversifier l’économie et ne plus être tributaire de la ressource pétrolière. On ne balaie pas d’un trait de plume une histoire, celle d’une économie qui a reposé depuis des décennies sur cette activité. Je pense humblement que nous ne sommes pas allés assez loin dans ce que nous avons entrepris pour développer une économie alternative afin de sortir du tout pétrole.

Des voies de diversification sont possibles. Je les évoque dans mon livre et j’insiste sur la condition première qui est de disposer d’une jeunesse formée. A cet égard, je vous renvoie aux actions de ma Fondation. En attendant, le gouvernement s’est engagé pour le développement de certaines filières, jusqu’à des activités de transformation, comme pour l’agriculture, la forêt, l’élevage.

Nous devrions profiter de la beauté de certains de nos sites classés au patrimoine mondial de l’UNESCO afin de développer le tourisme et faire de notre pays une destination touristique incontournable dans la sous-région avec tout ce que cela peut apporter comme bienfaits et notamment en matière de créations d’emplois pour les jeunes ou d’apport en devises étrangères.




A Maloukou (au nord de Brazzaville), une zone industrielle avec 16 usines devrait entrer en activité dans un avenir proche, sans oublier le projet de développer trois autres «zones économiques spéciales» à Pointe-Noire, à Oyo-Ollombo et à Ouesso. Les perspectives, vous le voyez bien, sont là, on peut donc rester valablement optimiste, concernant cette question de la diversification économique.

Quelles seraient les pistes pour permettre au pays de retrouver une croissance plus soutenue, plus inclusive, permettant de réduire le chômage des jeunes et d’aspirer à l’émergence

Dans le cadre de ma Fondation, nous venons de créer un Think tank, HorizonS, pour réfléchir à ces questions et rechercher les meilleures voies pour nous conduire vers l’émergence. Cela étant vous évoquez des sujets complexes. La croissance est un indicateur, l’important est de voir comment redistribuer le plus équitablement les fruits de cette croissance.

Pour ma part, je pense qu’il faudrait en urgence que nous diversifions notre économie d’une part en développant des secteurs, à fort potentiel pour le pays, qui créent de la richesse et qui emploient une main-d’œuvre importante : Agriculture, le secteur du bois, développer les métiers de service, l’économie numérique, Tourisme,…

Il faut investir massivement dans le développement du capital humain à travers l’éducation, la formation professionnelle. Nous devons favoriser l’entrepreneuriat et aider les jeunes à créer leurs entreprises pour éviter qu’ils n’ambitionnent que d’entrer dans la fonction publique, de devenir ministre ou de passer leur temps à créer des associations à caractère politique ou simplement des partis politiques. C’est l’entreprise qui crée de la richesse nationale et des emplois pour les jeunes.