Coronavirus: les États-Unis entrent en récession, chute historique du PIB

0
187





C’est le deuxième trimestre consécutif de baisse annoncé ce jeudi 30 juillet par le gouvernement américain : une baisse vertigineuse du PIB de 32,9 % en moins par rapport à la même période l’année dernière. C’est 9,5 % de baisse si l’on compare au premier trimestre de l’année.




Le recul est comparable à celui des économies européennes comme la France ou l’Allemagne. C’est-à-dire énorme, historique. Dans un contexte où toutes les économies du monde s’effondrent, l’entrée en récession de la première d’entre elle, l’économie américaine, n’est pas une surprise. Mais elle dit beaucoup de choses : sur la position des États-Unis, vis-à-vis de son concurrent principal, la Chine, mais aussi sur le plan intérieur, sur la réponse apportée face au coronavirus.

« Une fois n’est pas coutume, l’économie américaine est une économie qui a tendance à être extrêmement résiliente, remarque Sylvie Matelly, économiste spécialiste des États-Unis et directrice adjointe de l’Iris, au micro de David Baché, du service Économie de RFI. Donc cela nous apprend que nous sommes tous dans le même lot et que face au coronavirus, il n’y a pas une économie qui s’en sort mieux. Dans le cas de l’économie américaine, le chiffre qui est annoncé est très proche de la différence de PIB qui existe entre la Chine et les Etats-Unis, qui existait à la fin de l’année 2019. Dans l’inconscient collectif américain ou pour le consommateur lambda américain, il est en train de se dire : « la Chine risque de gagner la partie et risque de nous rattrapper parce que notre économie est dans une situation dramatique ». »




Plan de relance bloqué

Pour Sylvie Matelly, les conséquences sont dévastatrices pour la confiance des ménages et des entreprises « dans la capacité de cette économie américaine à se ressaisir va etre durement affectée. Et en plus, le plan de relance qui avait été annoncé par le président Trump est bloqué depuis deux mois et demi au Sénat par des sénateurs conservateurs qui ne comprennent pas pourquoi on distribue aux chomeurs et aux entreprises qui sont en difficulté. la confiance va encore s’effondrer aux États-Unis, et avec elle les bourses et probablement la croissance économique. »

 Le chômage quanf à lui repart à la hausse. Beaucoup de commerces ont dû refermer dans le pays, où les voyages ont été restreints face à la flambée de nouveaux cas de Covid-19. Le nombre officiel de demandeurs d’emploi grimpe pour la deuxième semaine d’affilée, alors qu’il était en baisse depuis le mois d’avril. Du 20 au 25 juillet, 1,43 million de nouveaux Américains ont pointé au chômage.

L’optimisme de mai et juin, à la faveur des premières levées de confinement, a été mis à mal par une violente résurgence des cas dans le pays depuis fin juin. Plusieurs États du sud et de l’ouest du pays ont dû faire machine arrière et refermer une partie de leur économie. Tout cela commence « à peser sur l’activité économique », a souligné ce mercredi le président de la Réserve fédérale américaine Jerome Powell.




Du jamais-vu

Pour faciliter la comparaison avec les autres pays, il est plus aisé d’utiliser l’évolution du PIB par rapport au deuxième trimestre 2019. La baisse est alors de 9,5 %, du jamais-vu, mais du même ordre que ce qu’ont connu l’Allemagne ou Hong Kong, par exemple.

Cette chute vertigineuse de la richesse nationale est la « plus forte contraction trimestrielle depuis que le gouvernement a commencé à publier ces données en 1947, a commenté l’économiste Diane Swonk, de Grant Thornton, dans une note citée par l’AFP. Le précédent record était une baisse de 10% au premier trimestre 1958. »

Les comparaisons historiques peinent à refléter l’ampleur de la situation. Même au cœur de la grande récession de 2009, qui avait suivi la crise financière, la baisse avait été quatre fois moins élevée. « C’est un échec présidentiel. Si le président Trump avait pris des mesures immédiates et décisives, des dizaines de milliers de vies et des millions d’emplois n’auraient jamais été perdus », a dénoncé le candidat démocrate à la Maison Blanche, Joe Biden.




Chute des exportations

En 2019, le pays avait connu une croissance presque insolente de 2,3 %, et le président Donald Trump, qui avait fait de la bonne santé de son économie un argument dans sa course à la réélection, visait 3 % par an.

Mais en quelques mois, des millions d’Américains ont perdu leur emploi, et le marché du travail est sinistré. La production et la consommation ont été drastiquement réduites, à partir du mois de mars et jusqu’au mois de mai, mettant un brutal coup d’arrêt à une économie en bonne santé.

Rebond de 5 % en 2021

Les dépenses de consommation, moteur de la croissance américaine qui compte pour près des trois quarts du PIB, ont dégringolé de 34,6 %, en rythme annualisé également. Avec des centres commerciaux fermés et un bond du chômage, les Américains ont rangé porte-monnaie et cartes de crédit. Leur épargne a été multipliée par quatre par rapport au premier trimestre.

Les entreprises américaines ont aussi été lourdement pénalisées par le ralentissement du commerce international : les exportations ont chuté de 64,1 %.

Pour l’ensemble de l’année 2020, le PIB devrait baisser de 6,5 %, avant un rebond de 5 % en 2021 et une croissance plus modeste (3,5 %) l’année suivante, selon les prévisions publiées début juin par la Banque centrale américaine.