Congo – FMI : Quand le ministre Aimé BININGA fait de la corruption pour lutter contre la corruption





L’installation de la haute autorité de lutte contre la corruption, en cigle HALC, fait partie des mesures de mise en œuvre de l’accord entre le FMI et la République du Congo Brazzaville.

Étant l’une des mesures relevées par le FMI pour justifier le report du versement de la 2e tranche en décembre dernier, le gouvernement de Sassou-Nguesso s’est précipité à publier en urgence un décret visant à mettre en place cette haute autorité pour se conformer à l’accord avec le FMI et espérer recevoir la deuxième tranche au cours du mois de mars 2020.

Un comité de sélection dirigé par Clément Mouamba, premier ministre, a donc été mis en place pour recruter les cadres et agents de cette haute autorité. En l’absence du PM, la commission est dirigée par Aimé BININGA, Ministre de la justice, en sa qualité de ministre de tutelle.
Un appel à candidatures a donc été lancé en janvier dernier dans le but d’installer officiellement la HALC le 27 février 2020 au plus tard, mais les candidatures qui étaient normalement closes le 27 janvier ont continué à affluer jusqu’au 30.
Selon les termes de cet appel à candidature, rédigé par les cadres du ministère de la justice et validé par le ministre Aimé BININGA lui même, chaque candidat devait soumettre un dossier complet et qui ne serait recevable que sous certaines conditions, notamment l’âge minimum, la nationalité congolaise, un diplôme bac + 5 minimum et une expérience avérée dans la lutte contre la corruption ou dans la gouvernance.




Après l’ouverture publique des dossiers le 17 février 2020, la commission d’évaluation dirigée par Hilaire BOUOYI, l’une des rares cautions morales de ce pouvoir, a mis en place 5 étapes de sélection, chacune sanctionnée par une note collectivement retenue par la commission d’évaluation : après la qualification des candidats pour compétir, la pré-analyse des dossiers, 5 candidats devaient présélectionnés à chaque poste (40 candidats pour les enquêteurs) afin de passer un entretien, avant que la commission ne retienne les 3 meilleures candidatures qui devaient être soumises à la coordination pour validation et transmises aux autorités pour nomination d’un seul candidat à chaque poste (21 au poste d’enquêteur).

A l’entretien, chaque présélectionné devait défendre sa candidature sur des thématiques bien choisies : l’expérience, la connaissance des conventions onusienne et africaine de lutte anticorruption, les précaunisations pour le poste choisi et la maîtrise des outils informatiques.

A la fin de la 3e étape, Hilaire BOUOYI a ordonné la convocation des 20 candidats présélectionnés aux postes de chefs de département pour leur audition le mercredi 26 février au ministère de la justice. C’est quand un SMS est envoyé aux 20 premiers candidats que les taupes de BININGA lui ont signifié que, sauf quelques uns, ses candidats à divers postes n’avaient pas réussi à de faire présélectionner. C’est le cas de Emmanuel OLITA-ONDONGO, voulu par BININGA au poste de président de la HALC, mais qui n’avait pas franchi la 2e étape car n’ayant qu’un diplôme de licence alors que les conditions fixées par le ministre BININGA lui même exige un Bac +5 minimum.




Piqué au vif dans son orgueil le ministre de la justice, après avoir tenté de négocier avec BOUOYI, a profité de l’absence du PM, en mission, pour imposer un changement de méthode de sélection, menaçant de suspendre les travaux de la commission si sa consigne n’est pas respectée.
BININGA Aimé a donc imposé à BOUOYI de faire en sorte qu’aucun candidat ne soit éliminé. D’après le ministre, même le dossier d’un candidat étranger pouvait être retenu, il suffisait alors de lui donner une note de zéro contre un pour les nationaux. De même, tout candidat ayant un diplôme non conforme ne doit pas être éliminé, mais doit être noté zéro…
Au final, pour le ministre, les 413 dossiers reçus devaient évalués, notés et transmis tels quels aux autorités qui devraient alors choisir les meilleurs candidats aux différents postes… Pour Aimé BININGA,  »les entretiens ne devraient pas servir à évaluer les candidats, le dossier suffit, mais à échanger simplement avec les candidats nommés, sur leur salaires » (sic!).




Au mépris des valeurs morales, du bon sens et des engagements à l’égard du FMI, cet abus de pouvoir, défini par l’ONU comme un acte de corruption, ouvre ainsi la voie au recrutement des amis du pouvoir comme membres de la haute autorité… à l’instar de Monsieur OLITA-ONDONGO, 68 ans, licencié et profane en informatique, au poste de Président de la HALC…
Le FMI a déjà fait le deuil de la lutte contre la corruption au Congo…. ses experts sont répartis sans accord avec le gouvernement