Confessions d’un ex opposant devenu ministre boukouteur

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1970




 

« Quand j’imagine que de l’autre côté du fleuve le président Kabila voyage et rentre en toute discrétion sans perturber, ni le trafic aérien, ni le trafic routier, je me dis ce chef adore se faire aduler »

Il est vrai qu’hier j’étais un farouche opposant à ce régime, arrivant même à prôner la solution militaire pour en découdre. Je ne supportais plus voir monsieur le président de la République et son équipe gérer le pays comme un bien personnel. Le tribalisme avait atteint son paroxysme et les vaincus de la guerre de 1997 étaient relégués au second plan devenant de la peste. Ecartés totalement de la gestion de la République, vous et nous sommes retrouvés en exil dans cette douce France.

Ministre de la République hier, avant de le redevenir aujourd’hui, j’estime actuellement que j’avais commis les mêmes erreurs dont j’accusais le pouvoir actuel. Mais la perte tragique du pouvoir m’avait tant aveuglé que je m’étais dédié corps et âme à diaboliser mes successeurs. Il est vrai que j’étais toujours en première ligne des marches que nous tenions sur la place de Paris, et mes déclarations intempestives dorment encore dans les archives de plusieurs organes de presse. Par tous les moyens nous tentions déstabiliser et discréditer le pouvoir.

Car à ce moment, nous jugions que nous incarnions à nous seuls les valeurs patriotiques et la légalité, et que le pouvoir en place était un pouvoir usurpateur qu’il faillait dégager coûte que coûte, même au prix du sang de notre peuple. N’est ce pas des motifs pour qu’aujourd’hui vous mes ex compagnons dans l’opposition me qualifiez de «  Traître, Vendu, et de que sais je encore Boukouteur ? »




Je vous comprends chers amis, mais comprenez moi aussi à votre tour, bien que cela semble difficile à votre entendement. J’avais estimé que dans l’opposition et surtout à plus 7000km du pays, je ne pouvais rien apporter au changement, mais bien en étant dans la sphère du pouvoir avec tout le risque que cela comporte.

Ne dit on pas qu’il est mieux d’approcher son ennemi pour mieux le connaître ? Mais devrons nous toujours parler d’animosité si tous rêvons de l’essor de notre cher et unique pays ? Parfois j’en émets des doutes malgré l’opulence et le désir de conserver coûte que coûte le pouvoir de nos partenaires. C’est la politique en fin de compte !

Je suppose que le pays a pris de la peine à me former afin que je lui sois utile un jour, et je l’ai été pendant toute ma vie et je ne vois pas de raison que je ne le fasse pas maintenant, bien que dans des conditions contraire à votre entendement. Mais, je ne pense qu’au Congo, et rien qu’à ce pays que nous aimons tous.

Certes, ma contribution est insignifiante dans ce gouvernement, mais autant que faire ce peu, j’essaie de faire voir au Chef de l’État la nécessité d’être plus patriotique et moins amoureux du Boukoutage, phénomène qui mine le pouvoir à tous les niveaux.

Ma rencontre avec le chef de l’État à Paris a été l’élément déclencheur de mon retour au pays et de mon entrée au gouvernement. J’ignore encore si j’ai été naïf, mais j’avais cru comprendre qu’il était animé par la volonté de voir tous les fils du Congo participer à son émancipation.




Et bien  que parfois la réalité nous montre autre chose, mais je reste confiant quant à l’évolution positive dans un futur proche, et vous prie de me comprendre et si possible d’œuvrer aussi à l’unité nationale, bien que dans votre statut d’opposants.

Nos divergences d’opinions ne doivent pas faire de nous des ennemis dans la vie, mais des adversaires politiques. Contrairement à ce que vous pensez de moi, parfois il m’arrive de m’endetter pour payer les frais de mes missions officielles, le ministre des finances refusant de me débloquer les fonds. Mais j’ai choisi cette voie et il m’est presque impossible de reculer, donc je ne pense qu’à l’avenir sans oublier toutes les souffrances que nous avons endurées durant l’exil.

Seul Dieu sait ce que je vis et ce que je pense pour la Nation. Le changement, j’en rêve toujours avec la même ardeur de l’exil. Chaque fois, quand je suis sur le tarmac de l’aéroport de Maya Maya, pour accompagner ou accueillir le chef de l’État, je doute parfois de sa volonté de changer les choses. Tenez, l’autre jour tout le gouvernement y était à 23h, sous la pluie l’accueillir. Quand j’imagine que de l’autre côté du fleuve le président Kabila voyage et rentre en toute discrétion sans perturber, ni le trafic aérien, ni le trafic routier, je me dis ce chef adore se faire aduler.

Mais, bon !ce sont les réalités avec lesquelles nous travaillons, et le moindre reproche est synonyme de conspiration. Mes valeurs républicaines je les garde jalousement, c’est pourquoi je ne néglige jamais mes morts pour aller me recueillir devant celles du Chef de l’État à Oyo contrairement à d’autres membres du gouvernement dont nombreux n’ont de la dignité que devant leurs parents et amis.

Car, je ne comprends toujours pas comment un ministre qui sert la République peut se ridiculiser jusqu’à ce point. Ne pas se recueillir sur la tombe de son propre père au profit de celle du père du Chef de l’État relève selon moi de l’incompréhensible.

Seul l’avenir nous dira si ma présence dans le gouvernement de la République aura été une grave erreur ou pas ! Mais, je suis conscient que je porte et je porterai toujours en moi les valeurs républicaines et que le Congo passe avant tout.