Bolivie: la peur des représailles dans les deux camps

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Le 10 novembre, Evo Morales démissionnait après des semaines de manifestations contestant sa réélection lors d’un scrutin contesté. Aujourd’hui, la Bolivie est plus divisée que jamais entre les partisans et les détracteurs de l’ex-président.

 Depuis sa démission, l’ancien président vit en exil et le pays est divisé entre ses partisans et ses détracteurs. Les premiers réclament le retour d’Evo Morales et qualifient de coup d’État la proclamation de Jeanine Añez, présidente par intérim. Les seconds aspirent à un retour au calme et soulignent qu’il ne s’agit que d’un gouvernement provisoire avant de nouvelles élections. Les deux camps vivent aujourd’hui dans la peur réciproque d’actes de représailles.

Les partisans d’Evo Morales sèment la terreur

À Satelito, un quartier d’El Alto, sur les hauteurs de La Paz, une grande partie de la population avait manifesté contre Evo Morales. Quand ce dernier a démissionné, des groupes favorables à l’ancien président ont commencé à lancer des opérations punitives.

 Susy Titnaya est la responsable du marché d’El Alto, sur lequel elle vend des œufs de cailles avec sa fille. Elle ne cache pas sa peur : « Ils nous ont terrorisés. Chaque nuit, ils ne nous laissent pas dormir. Il a fallu qu’on intervienne pour qu’ils ne brûlent pas le marché, à 2, 3 heures du matin. On n’a pas baissé les bras ! On a creusé des tranchées, et on n’a pas dormi. »

Dans plusieurs quartiers, les riverains s’organisent ainsi et veillent en groupes toutes les nuits pour empêcher les pillages et le vandalisme.

Nous ne pouvons pas nous affronter entre boliviens

Les wiphalas fleurissent sur les voitures, les commerces et les maisons. Ce drapeau multicolore, signe de ralliement des peuples indigènes, a été élevé au rang de symbole national par Evo Morales il y a 10 ans. Il est aujourd’hui brandi par les manifestants qui réclament son retour. Alors, beaucoup choisissent de l’afficher pour éviter les problèmes.

Une vieille dame en transporte une vingtaine sur son dos. Une vendeuse explique que les wiphalas se vendent plutôt bien ; deux drapeaux se vendent à environ 1,50 euro. « On doit les mettre sur nos maisons pour que ça nous protège, qu’il ne nous arrive rien », explique une habitante du quartier.




Menaces et violences permanentes

Andrea Barrientos, élue sénatrice de l’opposition à Cochabamba le 20 octobre, ne dort plus chez elle depuis plusieurs jours, de peur de représailles. « On ne peut pas dormir chez nous, dit-elle, en raison des menaces d’enlèvement, ou d’incendie de notre maison. Ce ne sont pas des menaces qui viennent directement de la main d’Evo Morales. Ce sont des menaces à travers des hommes de main, des gros bras. On a reçu des menaces de tous les types : ça va du viol aux menaces de mort. Moi, on a menacé de tuer mes chiens ! »

Les partisans d’Evo Morales sont aussi victimes de ce déchainement de violence. À Cochabamba, des hommes masqués, à moto, ont semé la terreur la semaine dernière dans les quartiers connus pour avoir massivement voté pour lui.

« Ils nous ont dit qu’ils cherchaient des dirigeants du MAS, le parti d’Evo Morales. Et puis, il y a ici des bâtiments construits par le gouvernement, des logements sociaux. Là-haut sur la colline, et là derrière, ils en ont brûlé deux. Ils ont essayé de brûler l’école de mes enfants, mais on a réussi à éteindre le feu. Je ne vais peut-être pas pouvoir oublier, parce que c’était affreux. Cette peur m’empêche de dormir », raconte une habitante d’un quartier ayant majoritairement voté pour l’ex-président.

La brutalité des partisans et des détracteurs

Plusieurs élus du MAS se disent eux aussi persécutés. Benita Suarez est une élue de Santa Cruz. Depuis plusieurs jours, elle dort sur un canapé dans une salle de la Chambre des députés, avec d’autres élus qui n’osent plus rentrer chez eux. Mme Suarez explique que pour le simple fait d’être du parti, les maisons de certains de ses collègues ont été brûlées. « Moi, j’ai une maison, un foyer, un mari, un fils à Santa Cruz et notre famille a été menacée. »

La députée s’inquiète des déclarations du nouveau ministre de l’Intérieur, qui promet de poursuivre, avec la plus grande fermeté, ceux qui seront jugés coupables de sédition. Un avertissement pris très au sérieux par Andrès Huanca. Ce dernier est membre d’un mouvement de jeunes affilié au parti d’Evo Morales.

« Ma mère a peur de ce qu’il pourrait m’arriver ces jours-ci. Pour se protéger, on essaye d’utiliser les moyens de communication de façon plus sûre. On est sortis de tous les groupes WhatsApp dans lesquels on se connectait entre sympathisants de gauche ou proches du parti MAS, parce qu’on sait qu’ils peuvent contrôler nos portables », précise-t-il.

Dans les deux camps, il y a des méthodes radicales et violentes qui sont indéniables

Andrea Barrientos, sénatrice de la coalition Communidad ciudadana de Carlos Mesa, le rival

Même si le ministre de la Présidence a assuré qu’il n’y aurait pas de persécution politique, une atmosphère de suspicion, de méfiance réciproque s’est installée entre les deux camps en Bolivie. D’autres ministres, comme celui du Gouvernement (Intérieur), ont eu des propos plus virulents.